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CHAPITRE IV

MARCHE VERS l’üNITÉ ADMINISTRATIVE

Césars gaulois et illyriens. — La civilisation romaine s’étend dans la Gaule, Hle de Bretagne et l’Illyrie. — Empire gaulois : Postume, Victorinus; Victoria, la mère des camps. — Probus, Carus, Numérien. — Dioclétien ; ses institutions politiques et administratives; l’Italie assimilée aux provinces. — Constantin fait du christianisme la seconde religion de l'État. — Ses lois ; Curies, corporations, colonat, noblesse provinciale, aristocratie de fonctions. — Unité administrative do monde romain.

Une nouvelle série d’empereurs s’ouvre avec le principat d’Aurélien, celle des césars nés en Gaule ou en Jllyrie , presque tous soldats de fortune, hommes rigides et pratiques, qui portèrent sur le trône les habitudes de discipline et d’ordre qui les distinguaient dans les camps. L’Orient avait soufflé sur Rome les idées de droit universel et d’unité politique : l’unité administrative lui vint de l’Occident.

Tandis que les provinces d’Afrique et d’Asie tenaient le sceptre du moude romain, la Gaule, l’île de Bretagne et l’Illyrie pénétraient de plus en plus dans les idées, les mœurs, la vie sociale de la communauté : dernières conquêtes de Rome, elles furent aussi les dernières à s’assimiler.

En nommant la Gaule, je n’entends parler ici que des provinces chevelues soumises par les armes de Jules César; car la Province narbonnaise, conquise antérieurement, avait déjà fourni à l'Empire un glorieux contingent d’hommes de guerre et d’écrivains et même un grand empereur. De ce foyer intellectuel la civilisation avait rayonné de proche en proche vers le centre et le nord de la Transalpine, d’où elle avait gagné, à l’ouest, l’île de Bretagne; à l’est, la vallée du Danube, qui renfermait un autre foyer de vie romaine dans les colonies de la Dacie. Lorsque Trêves , par suite de la fréquence des guerres germaniques, fut devenue la résidence habituelle des empereurs et comme une seconde capitale de l’Empire, la vallée du Rhin, animée par la présence des césars et de leur cour, offrit l’aspect d’une zone littéraire en même temps que militaire : Cologne, Mayence, Strasbourg, eurent leurs gymnases, leurs orateurs, leurs solennités de la parole; et les écoles de Trêves rivalisèrent avec celles de Toulouse et de Bordeaux, et même avec les établissements mœniens d’Àutun.

Le progrès des idées politiques suivait celui des études et du langage. Une révolution dont la Gaule fut le théâtre vers le milieu du troisième siècle , prouva qu’à cette époque déjà l’assimilation était presque achevée.

En 260, l’empereur Valérien ayant été vaincu et

fait prisonnire par les Perses, l’Empire romain tomba dans une sorte de délire : les provinces, l’une après l’autre, se séparèrent de l’Italie, et la grande société des peuples civilisés menaça de se dissoudre. La Gaule fut une des premières à proclamer son indépendance. Elle se constitua en État particulier, sous le gouvernement de Postume ; et l’ile de Bretagne ainsi que l’Espagne, ses annexes ordinaires, s’étant jointes à elle daus ce mouvement, le nouvel État présenta une force égale, sinon supérieure à celle dii reste de l’Occident. Quand il s’agit de lui donner une forme et un nom, que firent les nations transalpines? imaginèrent-elles un retour vers le passé, un gouvernement celtique sous les anciens chefs de tribus, ou une administration sacerdotale sous les descendants des druides? Nullement : l’autonomie gauloise consista à garder la forme et le nom du gouvernement romain ; Je nouvel État fut appelé Empire des Gaules. Les lois romaines restèrent en vigueur; les pouvoirs politiques se composèrent, comme à Rome, d’un sénat de notables et d’un empereur à qui furent décernés les droits, les titres, les honneurs des césars. L’empereur des Gaules, en vertu de sénatus-consultes rendus à Trêves ou à Cologne, fut revêtu de la puissance tribunitienne, du proconsulat perpétuel, du pontificat suprême et du généralat. Il porta le manteau de pourpre, s'assit sur une chaise curule, mania

la hache des sacrifices et le bâton augurai, et prit sur ses monnaies les titres de pieux, heureux, invincible enfin il s’associa son fils pour collègue : rien ne devait manquer à sa ressemblance avec les césars.

Une révolte militaire emporta Postume*, après sept ans d’un règne prospère pendant lequel il rendit l’empire gaulois également redoutable aux Italiens et Germains. Les grandes qualités ne manquèrent point non plus à ses deux successeurs, Ælianus et Victorinus; mais le dernier, à la fleur de l’âge, trouva une juste mort sous l’épée d’un homme dont il avait outragé la femme. Malgré la passion effrénée qui amena son châtiment, Yictorinus fut regardé par ses contemporains comme un prince éminent, l’égal de Trajan en bravoure, d’Antonin en clémence, de Vespasien en sage économie, de Pertinax en probité, de Sévère dans l’art plus difficile alors que jamais de gouverner le soldat 1 2 3 . L’historien Trébellius Pollion,

1. Plus, feux, mviCTus. Voyez, pour tous ces détails, les médailles de Postume et de ses successeurs. Mionnet, II ; Eckel, d. h., VII, et les inscriptions citées par Orelli, I, 1015, 1016, seqq.

2. Treb. Poil., Tri g. Tyr., 184, seqq. — Aurel. Vict. Caes., 33. — Eutrop., IX.

3. Victorino qui Gallias post Junium Posthumium relit, neminem existimo præferendum, non in virtute Trajanum, non Antoninum in cleraentia, non in gravitate Nervam, non in gubemaudo ærario Vespasiamtm, non in censura totius vitæ acseveritate militari Pertiuacem Tel Seyerum. Treb. Poil., Trig. Tyr., 187.

embrassant toute cette période de l'empire gaulois juge ainsi les césars transalpins. « Je crois, nous ditil, qu’ils ont été suscités par la providence des dieux pour empêcher que le sol de notre empire ne devint une portion de la Germanie, tandis que Gallien, ce monstre de luxure, restait assoupi dans sa mollesse. Sans ces hommes-là, c’en était fait de la sainte et antique suprématie du nom . romain 1 . »

Les Italiens eux-mêmes ne virent donc dans l’empire transalpin qu’un démembrement passager de leur propre empire : un État gaulois vis-à-vis de l’Italie dont il repoussait le gouvernement, mais toujours romain vis-à-vis des barbares. En effet plusieurs médailles de Postume portent le type et l’inscription de Rome éternelle 2 ; une autre lui donne le titre à’ Hercule romain 3 .

Il se produisit cependant, au milieu des faits romains de cette révolution, une singularité qu’on ne peut attribuer qu’à un reste du vieil esprit gaulois. Après le meurtre de Victorinus , les légions rhénanes, divisées et incertaines sur le choix d’un successeur, déposèrent leur autorité entre les mains d’une femme, Victoria , 1

1. Quos omncs datos divinitus credo, ne quum ilia pestis inaudita luxuria impediretur, in aliis possidendi romanum solura daretur factiltas : venerabile hoc romani nominis finitum esset imperium. Treb. Poil., Trig. Tyr ., 186.

2. Romæ æternæ. Rome assise tenant le palladium. Mionnet, II, 64.

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