Hencuu Rouano. Mionnet, II, 69. — Eckel, VII
mère de l’empereur assassiné. Le peuple et le sénat en firent autant, et Victoria devint, sous le nom de mère des camps 1 2 , une sorte de grande électrice à qui fut dévolue la désignation des empereurs. Elle en désigna successivement deux, dont l’un fut tué par les soldats, sans que la souveraineté de Victoria en parût affectée. C’était, à n’en point douter, une réminiscence du pouvoir dont avaient joui anciennement les druidesses en Gaule et les ali-runes en Germanie* , mais la Velléda de l’empire transalpin n’exerça ce pouvoir que sous une forme romaine ; on lui frappa à Trêves des médailles où on lui donnait le titre d’empereur et d’auguste 3 , et quand elle mourut , elle reçut l’apothéose des mères et femmes des Césars 4 . Sur ces entrefaites, les affaires de Rome s’étant pacifiées, la Gaule sentit
1 . Mater castrorum appellata est... Treb. Poil., Ttig. Tyr., 188, 187, 200.
2. Voir mon Histoire des Gaulois, cinquième édit., liv. IV, c. 1, et liv. IX, c. 3 — Allrune, dans l’orthographe latine, Aliorumna, Aurinia, qui sait tout. On sait quelle était la puissance des runes dans les croyances Scandinaves.
3. Imp. VicToniit Aug. vel Victorina. Eckel, VII, 454- — Mionnet, II, 76. — Cusi sunt ejus numi ærei, aurei et argentei quorum hodie que forma extat apud Treviros. Treb. Poil., Trig. Tyr., 200.
4. Imp., dans la médaille citée plus haut, ne peut signifier imperatrix, comme quelques numismates l’ont avancé. Ce mot n’est point latin dans l'acception qu'ils lui donnent, et d’ailleurs quand il pourrait signifier femme d’empereur, il ne serait point applicable à Victoria. Les historiens disent positivement qu’on lui offrit l’empire, et qu’elle le refusa. Les soldats, dans leur enthousiasme pour elle, purent bien l’appeler empereur, comme les Hongrois appelaient roi Marie- Thérèse.
le besoin de rentrer dans la grande unité romaine ; et Tétricus, le dernier des tyrans transalpins, déposa ses insignes aux mains d’Aurélien 1 . On voit par les traits saillants de cette révolution que la Gaule était déjà trop romaine pour pouvoir être autre chose, ‘ même quand elle l’eût voulu. Il semble au reste que sa courte séparation eut pour conséquence de la rattacher plus étroitement à la famille des peuples romains , en développant chez elle une vitalité qui lui valut bientôt le premier rang dans la patrie commune.
Quand on étudie l’histoire de l’Empire pendant la seconde moitié du troisième siècle, on est étonné du grand nombre de Gaulois et d’Illyriens qui remplissent les charges publiques. Ils sont partout : dans le gouvernement des provinces, comme dans le sénat, comme dans l’armée, et partout ils figurent avec éclat. Auréolus, le plus considérable des trente tyrans après Postume , était Illyrien ; Claude l’était également, ainsi qu’Aurélien et Probus 2 , ce rude césar, si honnête, si brave, si tôt enlevé pour le malheur du monde. Sous la main de ces vaillants provinciaux, les soins de l’administration se mêlaient à ceux de la guerre : on sait que Probus fit replanter de vignes, par ses soldats, les coteaux de la Gaule et
1. Treb. Poli., Tng. Tyr., 199. — Vopisc., Aurel, 220. — Eutrop., ix, 13. — Aurel. Vict, Cœs., 35. — Oros., vil, 23.