‹ Tableaux de la nature (volume 2)Chapitre 5 sur 26 · LES DÉSERTS · texte numérisé non relu

LES DÉSERTS

Au pied de la chaîne de montagnes de granit qoi résista à Faction violente des eaux 9 quand au premier âge de notre planète , leur irruption forma le golfe du Mexique y conamence une vaste plaine qui s'étend à perte de vue. Lorsque l'on a laissé derrière soi les vallées de Caracas et le lac de Tacarigua ' parsemé d'îl^ ^ et

dont les eaux reflètent limage des bananiers dont il est entouré ; lorsque l'on a quitté les campagnes ornées par la tendre verdure de la canne à sucre de Taïti , ou les bosquets ombragés par Fépais feuillage des cacaotiers , la vue se porte au sud sur des steppes ou déserts qui s^élèvent insensiblement y et terminent Thorizon dans un lointain sans bornes.

En quittant ces lieux où la nature prodigue la vie organique , le voyageur frappé d'étonnement entre dans un désert dé-*

' nué de végétation. Pas une colline , pas un rocher ne s'élève comme une île au milieu de ce vide immense. La terre pré-

• sente seulement çà et là des couches horizontales fracturées , qui souvent couvrent un espace de deux cents lieues carrées et sont sensiblement plus élevées que tout ce

qui les euvironne. Les naturels du pays les appellent des bancs * et semblent par cette expression deviner l'ancien état des choses, lorsque ces élévations formaient des écueils de la grande mer intérieure dont les steppes étaient le fond.

Encore aujourd'hui une illusion nocturne nous retrace souvent ces grands traits du monde primitif. Quand à leur lerer et à leur coucher les astres brillans éclairent le bord de la plaine , ou quand leur image tremblante paraît doublée ' dans la couche la plus basse des vapeurs onduleuses , on croit y voir l'océan sans bornes. Ainsi que l'océan, \es steppes remplissent l'esprit du sentiment de l'infini. Mais l'aspect de la mer est embciUi par le perpétuel roulement des vagues écumeuses ; tandis que semblable à la pierre nue ^ ,

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enveloppe d'une planète désolée, le désert dans sa vaste étendue , ne présente que le silence et la mort.

Dans toutes les zones ^ la nature offi-e de ces plaines immenses ; dans chaque zone elles ont un caractère particulier et une physionomie déterminée par leur élévation au-dessus du niveau de la mer, et par la différence du sol et du climat.

Dans le nord de TEurope on peut considérer comme des steppes ces bruyères qui sont couvertes d'une seule espèce de plantes dont la végétation étouffe celle des autres , et qui s'étend depuis la pointe de Jatland jusqu'à l'embouchure de l'Escaut. Mais ces steppes peu étendues et parsemées de collines ne peuvent se comparer aux llanos et aux pampas de l'Amérique

méridionale , ni aux sav anœs du Mbsouri ^ et du fleinve Mine de Cuivre , où errent le bison au poil floconneux , et le pe«* tit bœuf nausquè.

Les plaines de l'intérieur de l'Afrique développent un aspect plus grand et plus imposaaat» Cpmme la vaste étendue du grand océan, ce n'est qu'à une époque encore récente qu'on é^lest hasardé à les parcourir* Ces plaines font partie d'une mer de sable qui, à l'est ^ sépare des régions fertiles , ou qui les entoure entière** ment comme des îles ; tel on voit le désert voisin des mon|s basaltiques d'Haroutch^^ où l'oasis de Siouah, riche en dattiers^ recèle les ruines du temple f Ammon , indices yénéiables d'une ancienne civilisation. Aucune rosée ^ aucune pluie ne vient humecter cette surÊice déserte y ni déve-

lopper le germe de la vie des plantes dans le sein brûlant de la terre ; car de tonte sa superficie s'élèvent des colonnes d'air embrasé qui dissolvent les vapeurs , et engloutissent les nuées à leur rapide passage.

Partout où le désert s'approche' de Pocéan atlantique ^ comme entre Ouady- Noim et le cap Blanc , l'air humide de la mer se précipite comme en torrens dans l'intérieur du pays pour remplir le vide occasioné par les courans d'air perpendiculaires. Quand, au milieu de ces parages que rend semblables à des prairies le varec dont la surface des eaux est couverte^ le navigateur qui dirige sa route vers l'embouchure de la Gambie , se voit tout à coup abandonné par le vent alisé de l'est ^^ il devine le voisinage de ces sables où se ré*

fléchit la chaleur dans une étendue sans bornes.

De légers troupeaux d'autruches et de gazelles aux pieds légers, des hordes de lions et de panthères altérées remplissent cet espace immense de leurs combats trop inégaux. Quelques groupes d'îles y riches en sources , et nouvellement découvertes dana cette mer de sable ^ voient leurs rives verdoyantes fréquentées par les essaims nomades des Tibbous et des Touariks ', mais le reste du désert de l'Afrique ne peut être considéré comme habitable. Les peuples civilisés qui l'avoisinent, ne se hasardent à y pénétrer qu'à certaines époques périodiques. C'est en suivant des routes fixées depuis des milliers d'années d'une manière invariable par des relations de commerce , que la longue caravane

lO CONSIDÉRATIONS

marche de Tafilet à Timbouctou ou de M ourzouk à Bornou : entreprises hardies dont la possibilité repose sur l'existence du chameau , le navire du désert *, comme l'appellent Les anciennes chroniques de l'orient.

Ces plaines d'Afrique occupent un espace près de trois fois égal à celui de la mer Méditerranée. Elles sont situées sous le tropique et dans son voisinage^ et cette position détermine leur caractère. Au contraire , dans la partie orientale de l'ancien continent , le même phénomène géologique est particulier à la zone tempérée.

C'est sur le dos des montagnes centrales de l'Asie y entre le mont d'Or ou Altaï et Le Tsoung-ling ^""^ depuis la grande muraille de la Chine jusqu'au-delà du Thian-

Ghan ou des MontsrCélestes et vers le lac d'Aral , que s'étendent , dans une longueur de plus de deux mille lieues , les steppes les plus élevées et les plus vastes du monde. Quelques - unes sont des plaines couvertes d'herbes ; d'autres se parent de plantes salines , toujours vertes , grasses et articulées. Un grand nombre brillent au l(Hn d'eflElorescences muriatiques qui se cristallisent en forme de lichens et qui couvrent le sol glaiseux.de taches éparses semblables à de la neige . nouvellement tombée.

Ces steppes tartares et mongoles , interrompues par diverses chaînes de mon*tagnes, séparent, des peuples encore grossiers du nord de l'Asie , la race des hommes andenuement civilisés , qui , depuis un temps immémorial , habitent

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le Tibet et rHindoustan. Elles ont exercé aussi de l'influence sur les diverses destinées de Fespèce humaine. Elles ont refoulé la population vers le sud, et bien plus que l'Himalaya , bien plus que les cimes glacées de Sirinagor et de Gorka y intercepté les rapports des nations dans le nord i elles ont opposé des barrières insurmontables à l'introduction de mœurs plus douces, et au génie créateur des arts.

Mais ce n'est pas seulement sous ces rapports que l'histoire doit considérer les plaines de l'intérieur de l'Asie. Elles ont plus d'une fois répandu sur toute la terre le malheur et la dévastation. Les peuples pasteurs qui les habitent , tels que les Avars , les Mongols , les Alains et les Ouzes , ont ébranlé le monde. Si dans les temps anciens la première culture de l'es-

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prit, comme la lumière vivifiante du soseil , a dirigé sa marche d'orient en occident 'y à une époque plus récente la barbarie et la grossièreté des mœurs , suivant la même direction , ont menacé de voiler l'Europe d'un nuage épais. Une race de pasteurs basanés *% de race Touki-ouiché ou Turque , les Hiongnoux y habitait sous des tentes de peaux la steppe élevée de Gobi. Une partie de la race ^ long - temps formidable à la puissance chinoise , fut repoussée au sud vers l'Asie intérieure. Ce choc des peuples se propagea sans discontinuer jusqu'à l'Oural dans l'ancien pays des Finois : de là s'élancèrent les Huns , les Khasars , les Avars y et résultèrent des mélanges nombreux de peuples asiatiques : les armées des Huns se montrèrent d'abord sur le Volga , puis en Pannonie , aux bords de

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la Loire , et enfin sur les rives du Pô , dévastant ces belles campagpaes si richement plantées , où, deptds le temps d'Anténor , le travail de l'homme entassait monûmens sur monumens. Ainsi des déserts de la Mongolie s'échappa avec furie un soufiBie mortel qui vint étouffer sur le sol cisalpin ta fleur délicate des arts , cultivée avec tant de soins pendant une longue suite de siècles.

Quittons les steppes salines de l'Asie , les bruyères de l'Europe ornées en été de fleurs rougeâtres abondantes en miel , et les déserts de l'Afrique dénués de plantes. Retournons aux plaines de l'Amérique méridionale , dont j'ai commencé à ébaucher le tableau.

L'intérêt que ce tableau peut inspirer

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à Pobaervateiir , est putement celui qu'il tient de la nature. On n'y rencontre point d'oasis qui rappelle le souvenir d'anciens habitans 9 point de pierres taillées '* ^ point d'arbre fruitier devenu sauvage^ qui attestent les travaux de générations étein«tes. Ce coin du monde , oomme s'il était étranger aux destinées du genre humain^ et qu'il n'existât que pour le présent y est le théâtre de la vie libre des animaux et des plantes.

La steppe s'étend depuis la chaîne cAtière des montagnes de Caracas, jusqu'aux forêts de la Guyane; depuis les monts neigeux de Meiida ^ sur la pente desquels le lac de natiron d'Urao est un objet de la superstitit>n religieuse des indigènes ^jus*qu'au grand Delta que l'Orénoquç foime à son embouchure» Elle se prolonge au sud-

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ouest comme un bras de mer '', an - delà des rives du Meta et du Yichada , jus* qu'aux sources non visitées du Guaviare y ou même jusiju'à ce groupe de montagnes isolées, qne les gueme« espagnols, par vn jeu de leto active imagination, ajn pelèrent le Paramo de la summa Paz ^ comme s'il était Fheureu:! séjour d'une paix perpétuelle.

Ce désert occupe un espace de plus de 16,000 lieue^ carrées. Le défaut de connaissances géographiques l'a quelquefois fait représenter comme s'étendant sans interruption et conservant la même lai^ur jusqu'au détroit de Magellan j on ne faisait pas attention à la plaine iboisée '^ du fleuve des Amazones , qui est bornée au nord et au sud par les steppes herbeuses de l'Apouré et du Rio de la Plata. Les

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Andes de G)chabaiiiba et le groupe des montagnes du Brésil envoient, entre la province de Chiquitos et le détroit terrestre de Yillabella des dos de montagnes isolées qui- se rapprochent les unes des autres. Une plaine étroite unit les hylœa du fleuve des Amazones aux pampas de Buenos- Ayres. OUes-ci égalent trois fois les llanos de Venezuela en superficie.

Leur étendue est si prodigieuse, qu'au nord elles sont bornées par des bosquets de palmiers , et au sud par des neiges éternelles. Les touyous, oiseaux de la famille des casoars, sont indigènes de ces pampas, ainsi que des hordes de chiens devenus sauvages '^ qui vivent en société dans des antres souterrains , et qui souvent attaquent avec acharnement Thomme pour la défense de qui combattaient les auteurs de leur race.

l8 OOMIDiRÀTIOM

Ainsi que le déiert de Sahara, les ilanos, ou les plaines septeutrionales de l'Amérique du sud , sont situées dans la Eone torride* Deux fois chaque année, leur aspect change totalement ; tantôt nues comme la mer de sable de Libye , tantAt couvertes d'un tapis de Terdure comme les steppes élevées deT l'Aâe moyenne*

Cest un travail satisfaisant ^ et cepen*dant difficile pour U géographie générale, de comparer la constitution phjrsiqne des contrées les plus distantes, et de présen*ter en peu de lignes le résultat de cette comparaison. Des causes multipbées , et en partie encore peu dévek^pées ^^ cour tribuent à diminuer la chaleur et k sèche* resse dans le nouveau monde*

Le peu de largeur de ce continent dé-

SVK LIS 87EFPBS. Ig

coupé de mille manières dans les régions é<i«in0xiales an nord de l'éqnatenr ; scm prolongement vers les pftles glacés ; l'océan dont la surface non interrompue est balayée par les vents aUsés^ l'aplatisse*ment de la côte orientale ; des eouians d'eau très froide , qui se portent depuis le détroit de Magellan jusqu'au Pérou ; de nombreuses chaînes de montagnes rem^^ plies de sources , et dont les sommets couverts de neige fif élèvent bien au -dessus de la région des nuages ; l'abondance de fleuves immenses qui , après des détours multipliés , vont -toujours chercher les côtes les plus k>intaines ; des déserts non sablonneujt et par conséquent moins sus^ ceptibles de s'imprégner de chaleur ; des forêts impénétr^lesqui couvrent les plat-* nés de l'équateur remplies de rivières , et qui y dans les parties du pays les plus éloi-

20 COIfSIDEBATIOirS

gnées de l'océan et des montagnes , donnent naissance à des masses énormes d'eau qu'elles ont aspirées ou qui se forment par l'acte de la végétation ; toutes ces causes produisent , dans les parties basses de l'Amérique , un climat qui contraste singulièrement par sa fraîcheur et son humidité avec celui de l'Afrique. Cest à elles seules qu'il Tant attribuer cette végétation si forte , si abondante , si riche en sucs , et ce feuillage si épais qui forment le caractère particuliei; du nouveau continent.

S'il est vrai que sur l'un des côtés de notre planète l'air est plus humide que sur l'autre , la comparaison de leur état actuel suffit pour résoudre le problème de cette inégalité. Le physicien n'a pas besoin de couvrir du voile de fables géologiques

rexplication de pareils phénomènes , de supposer que ce n'est qu'à des époques différentes qu'a cessé sur notre planète la lutte des élémens portant avec eUe la destruction, ou enfin d'avancer que, semblable à une île marécageuse, séjour des serpens et des crocodiUes , FAmérique n'est sortie du sein des eau^ que long*temps après les autres parties du monde '^.

L'Amérique méridionale a ^ sans doute y une ressemblance frappante avec la péninsule sud-ouest de l'ancien continent, par sa forme , ses contours, et la direction de ses côtes. Mais la structure intérieure du sol , et la position relative des régions contiguès occasionent en Afrique cette aridité étonnante qui , dana un espace immense, s'oppose au développement de la vie organique. Les quatre cinquièmes de

!ia CONSlDBRATrONS

l'Amérique méridionale sont sitaés au-delà de Péquateur , et par consécpient dans un hémisphère qui , à raison de ses grandes masses d'eau , et par une infinité d'autres causes, est plusfrais et plus humide " que notre hémisphère boréal ; et c'est à celleci qu'appartient la partie la plus considérable de l'Afrique.

Les steppes de l'Amérique méridionale ou llanos ont , de l'est à l'ouest , trois foiâ moins d'étendue que les déserts de FAfrique. Les premières sont rafraîchies par les vents alises ; les seconds , placés sous le même parallèle que l'Arabie et la Perse méridionale y ne sont visités que par des courans d'air qui ont passé sur de vastes régions d'où se réfléchit une chaleur brûlante. Déjà le respectable père de l'histoire y Hérodote , dont le mérite a été si

SUE LES STEPFBa. 33

loog- temps méoonnii, vraiment pénétré de ce seatimeat qtti |p»rte à observer \û na-^ tare eu grand ^ a dépeint les déserts du iiord de F Afrique ^ oenx de l'Yémen , da Kerman y du Mekh'ran ( la Gédnme des anciens ) ^ et même ceux du Mouitau dans l'Inde antéxieiire , comme une aeale mer de sable ' ^ cojatinue.

A l'effist du floufflé embrasé des vents de terre ^ se joint encore en Afrique » au-* tant du moins que nous la oonnaissons , le manque da- grandes rivières ^ de forêts et déliantes montagnes exhalant des vapeurs aqueuses et produisant dtt froid* On ne voit des neiges éternelles que sur la partie ooci-^ dentale * <" de l'Atlas , dont la chaîne rétréde , aperçue de profil pat les navigatenrs anciens, leur parut une masse aèrieime et isolée y destinée à soutenir le

ciel. Prolongée à l'est jusqu'au Dakoul, où fut cette dominatrioe des mers , Garthage dont les ruines même ont disparu , et , formant , à peu de distance des côtes , une chaîne , barrière de laGétuIie, cette montagne arrête le vent frais du nord , et les vapeurs tpi'il a balayées à la surface de la Méditerranée. ^

Cest probablement aussi au- dessus de la limite inférieure des neiges , que s'élèvent les monts de la lune*' ou al komri, dont on rapporte sans raison que de l'est à l'ouest ils forment une chaîne entre les plaines élevées de l'Abyssinie ( le Quito de l'Afrique) , et les sources du Sénégal. Lia cordillère de Lupata même , qui longe la côte orientale d'Afrique à Mosambiqueet au Monomotapa, comme les Andes serrent au Pérou la côte occi-

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dentale de l'Amérique « est couverte de glaces étemelles daus le pays de Manica riche en or. Mais ces montagnes abondantes en sources, sont très éloignées de l'immense désert «pii s'étend depuis la pente méridionale de l'Atlas jusqu'au Niger, dont les eaux coulent vers l'Orient.

Ces causes réunies d'aridité et de chaleur n'auraient peut - être pas été suffi* santés pour changer le plateau de l'A* frique en une afireuse mer de sable , si quelque grande révolution de la nature , par exemple,^ une irruption de l'Océan n'avait pas enlevé jadis à cette surface les plantes et la terre végétale qui la couvraient. Quelle fut l'époque de cette ca* tàstrophe ? Quelle force détermina cette irruption ? c'est ce qui est profondément caché dans la nuit des temps. Peut - être

a6 COKSIDÉRÀTtOMS

fut-elle un efiFet da remous " , de ce courant impétueux qui pousse les eaux échauffées du golfe de Mexique au-delà du banc de Terre-KeuYe , jusque sur les c6tes de notre continent , et qui charrie les cocos des Antilles sur les rives de llrlande et de la Norvège. Encore aujourd'hui, au moins un des bras de ce courant se dirige des ÀQores aasud-est> et va frapper , avec une violence souvent funeste aux navigateurs, la côte occidentale de l'Afrique, bordée de monticules sablonneux. Tous les rivages de la mer ( et je citerai entre autres ceux de la c6te du Pérou , entre G)quimbo et Amotapè ) prouvent combien , dans les régions de la zone torride, où sous un ciel d'airain ni les lécidées ni aucun autre UcJien *' ne peurei^ végéter , il s'écoule des siècles, et peut-être des milliers d'années avant qve te sable mouvant puisse

offrir aux racines des plantes un point d'appui assuré.

Ces considérations expliquent comment^ malgré leur ressemblance extérieure de forme , l'Afrique et l'Amérique ofiBrent des différences si tranchées d^ns leur tempé^ rature relative , et dans le caractère de leur végétation. Quoique la steppe ^e l'A-^ mériqoe méridionale soit courerle d'une l^père ooncfae de terre v^étale, quoi** qu'elle soit aj^rosée périodiquement par des ondées de plaies , et ornée de graminées d'une végétation magnifique ^ elle n'a cependant pu engager les peuples voisins à abandonner les belles vallées de Garacas y les bords de la mer, ni le bassin immense de l'Orénoque , pour venir errer dans une solitude privée d'arbres et de sources. Aussi , a l'arrivée des premiers

a8 CONSIDÉRATIOIIS

colons européens et africains , la trouya-' t-on presque inhabitée.

Les Uanos sont , à la vérité , propres à la nourriture du bétail ; mais l'éducation des animaux qui donnent du lait *^ était inconnue aux habitans primitifs du nouveau continei(t. Aucun des peuples américains ne cherchait à mettre à profit les avantages que sous ce rapport leur offrait la nature. Dans les savannes du Canada occidental , à Quivira et autour des ruines colossales du château des Aztèques , cette Palmyre de l'Amérique , qui s'élève solitairement dans le désert auprès des rives du Gyla , on voit paître deux races indi^ gènes d'animaux à cornes. Le mou£9on aux longues cornes, souche primitive de notre mouton , erre sur les rochers calcaires , arides et pelés de la Californie. Le»

SUH LES STEPPES. 39

vigognes, les alpacas et les lamas, tous ressemblans an chamean, appartiennent à la péninsule méridionale. Mais ces animaux utiles ont , à l'exception du lama , conservé, depuis des siècles, leur antique liberté. L'usage du lait et du fromage est , ainsi que la possession et la culture des plantes céréales *^ un des traits distinctifs qui caractérisent les peuples de l'ancien monde.

Si quelques-uns ont passé par le nord de l'Asie sur la côte occidentale d'Amérique , et , craignant une température moins froide *', ont longé les sommets élevés des Andes pour aller au sud , cette migration a eu lieu par des routes où ces voyageurs ne pouvaient transporter avec eux ni leurs troupeaux , ni leurs céréales. Peut-être lorsque l'empire des

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Hiongnoux long-temps ébranlé s^écroula , la marche de cette tribu puissante occa<aiona-t-elle une migration de peuples du nord^est de la Chine et de la Cjorée^ et alors des Asiatiques policés passèrent-ils dans le nouveau continent? Si ces nouveaux venus avaient été des habitans des steppes, où l'agriculture est inconnue , cette hypothèse hardie, et peu favorisée jusq[u'à présent parla comparaison des langues, pourrait au moins expliquer ce manque surprenant des plantes céréales proprement dites, qui est particulier au nouveau continent j peut-être une colonie de prêtres, battue par la tempête , aborda-t*elle aux côtes de la Californie? événement qui pvo* duisit des idées mystiques relativement à k navigation , et dont l'histoire delà popula* tkm dnJap(m*^, au temps de Djindi-Hoang* ti nous fiournit un exemple mémorable.

SUR LBS STCPKS. 3l

La vie pastorale , cet intermédiaire bien&iaant qui attache les hordes nom^des de chasseurs à un sol abondant en

herbes , et qai les prépare à l'agriculture , n'était pas moins inconnue aux habitans pnmiti& de l'Amérique» C'est dans cette igoorance qu'on doit chercher la cause du défaut de population des steppes de l'Amérique méridioiiale. Aussi est-ce avec plus de liberté que l'énergie de la nature f(y est développée dans une si grande variété de formes oarganiques. Elle n'y a connu de bornes que odles qu'elle s'ert données, ainsi que dans la vie qu'elle prodigue aux végétaux au sein des fiiréts de l'Orénoque y où Vi^menea et le laurier à tige i^antesque ne redoutent pe« la nviin destructrice de l'hcHnme, mais seulement les cireonvolulÂons vigoureuses des plantes grimpantes qui les étou&nt.

32 COMSIDÉRATIOMS

Les agoutis, les petits cerfs mouchetés , les tatous cuirassés qui , semblables aux rats, se glissent dans la retraite souterraine du lièvre e£Erayé , des troupeaux de cabiais indolens , des chinches agréablement rayés par bandes , mais dont l'odeur empeste l'air , le grand lion sans crinière, les jaguars mouchetés , nommés tigres dans ces contrées , et assez robustes pour traîner au haut d'une colline le jeune taureau qu'ils ont tué , tou» ces animaux et une multitude d'autres *' parcourent la plaine dénuée d'arbres.

Habitable en quelque sorte pour eux seuls, elle n'aurait pu fixer aucune des hordes nomades qui, de mâme que les Hindoux , préfèrent la nourriture végétale , si des palmiers en éventail , les mau^ ritia, n'y étaient pas dispersés çà et là.

Elles sont justement célèbres les qualités Jnenfaisantes de cet arbre de vie'^. Seul il nourrit, à Vembouchure de l'Orénoque^la nation indomptée des Guaranis, qui tendent avec art d'un tronc à Tautre des nattes tissues avec la nen^ure des feuilles du mauritia , et , dans la saison des pluies , quand le Delta est inondé, semblables à des singes , vivent au sommet des arbres.

Ces habitations suspendues sont en partie couvertes avec de la glaise. Les femmes allument sur cette couche humide le feu nécessaire aux besoins du ménage ; et le voyageur qui , pendant la nuit , navigue sur le fleuve, aperçoit de longues files de flammes à une grande hauteur en l'air , et absolument séparées de la terre. Les Guaranis doivent leur indépendance physique , et peut-être aussi leur indépen- 1. 3

34 CONSIDéBATlONS

dance morale, au sol mouvant, touriieax et à moitié liquide qu'ils foulent d'un pied léger, et à leur séjour sur les arbres; république aérienne, où l'enthousiasme religieux ne conduira jamais un ^/^£/& américain '*•

Le mauritia ne procure pas seulement aux guaranis une habitation sûre , il leur fournit aussi des mets variés. Avant que la tendre enveloppe des fleurs paraisse sur l'individu mâle , et seulement à ce période delà végétation, la moelle du tronc recèle une farine analogue au sagou. Gomme la farine contenue dans la racine du manioc, elle forme en se séchant des disques minces de la nature du pain. De la sève fermentée de cet arbre , les Guaranis font un vin de palmier doux et enivrant. Les fruits encore frais, recouverts d'écaillés comme les cônes du pin, donnent, ainsi.

que le bananier et la plupart des firaitsde la aone torride , une nourriture variée , suivant qu'on en fait usage après l'entier développement de leur principe sucré, qu auparavant lorsqu'ils ne contiennent encore qu'une pulpe abondante. Ainsi nous trouvons , au degré le plus bas de la civilisation humaine , l'existence d'une peuplade enchaînée à une seule espèce d'arbre , semblable A celle de ces insectes qui ne subsistent qUe par certaines parties d'une fleur.

Depuis la découverte du nouveau continent , la plaine est devenue moins inha* bitable. Pour faciliter les relations entre la côte et la Guyane y on a bâti quelques villes'* sur le bord des rivières de la steppe, et ou a commencé à élever des bestiaux dans tontes les parties de cet es-

pace immense. On rencontre , à des journées de distance les unes des autres , des huttes isolées construites en claies de roseaux attachées avec des courroies et couvertes de peaux de bœuf. Entre ces habitations grossières, on voit errer dans la steppe des troupeaux innombrables de bœufs, de chevaux, et de mulets devenus sauvages. L'accroissement prodigieux de ces animaux de Tancien monde, est d'autant plus surprenant que les dangers, qu'ils ont à combattre sous cette zone sont plus nombreux.

Lorsque , par l'effet vertical des rayons du soleil qu'aucun nuage n'arrête, l'herbe brûlée tombe en poussière , le sol endurci se crevasse , comme s'il était ébranlé par de violens*trcmblemcns de terre. Alors , si des vents opposés viennent à se hem^ter

à sa surface, et si leur choc se termine par produire un mouvement circulaire , la plaine oSre un sfiectacle extraordinaire. Pareil à une vapeur, le sable s'élève au milieu du tourbillon raréfié et peut-être chargé d'électricité, tel qu'une nuée en forme d'entonnoir '% qui avec sa pointe glisse sur la terre, et semblable à la trombe bruyante redoutée du navigateur expérimenté. Le ciel qui parait abaissé ne jette qu'un demi-jour trouble et livide sur ^a plaine désolée. L'horizon se rapproche tout à coup. 11 resserre le désert et le cœur de l'homme. Suspendu dans l'atmosphère qu'il voile d'un nuage épais , le sable embrasé et poudreux augmente la chaleur étouffante de l'air'*. Au lieu de fraîcheur, le vent d'est apporte une ardeur nouvelle en chariant les émanatiems brûlantes d'un terrain long-temps échauffé.

38 CONglDÉAATIOKS

Les flaques d'eau que protégeait le palmier dont le soleil a fané la verdure , disparaissent peu à peu. Djf même que dan» les glaces du nord les animaux s'engourdissent, de même ici le crocodile et le boa, profondément enfoncés dans la glaise desséchée , s'endorment sans mouvement.

Partout l'aridité annonce la mort , et partout elle poursuit le voyageur altéré, déçu par le jeu des rayons de lumière réfractés, qui lui présentent le fantôme d'une surface ondulée ^^. Enveloppés de nuages de poussière , tourmentés par la faim et par une soif surdente , de toutes parts errent les bestiaux et les chevaux. Ceux-là , faisant entendre des mugissemens sourds, ceux-ci , le cou tendu dans une direction contraire à celle du vent^ aspirent fortement l'air pour découvrir , par la moiteur de son courant, le voisinage d'une

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flaque d'eda non entièrement érapoi^.

Les mulets plus circonspects et plus rur ses cherchent à apaiser leur soif d'une autre manière. Un végétal de forme sphé^ rjque, et portant de nombreuses cannelures, le metocactns ''^^ renferme, sous son enveloppe hérissée, une moelle très aqueuse. Le mulet , à l'aide de ses pieds de devant écarte les piquans, approche ses lèvres avec précautions , et se hasarde à boire le suc rafraîchissant. Mais ce n'est pas toujiours sans danger qu'il peut puiser à cette source v^étale vivante» On voit souvent des animaux dont le sabot est estropié par les piquans du cactus.

A la chaleur brûlante du jour succède la firajcheur d'une nuit qui égale le jour en durée ; mais Içs bestiaux et les chevaux

ne peuvent même alors jouir du repos.

Pendant leur sommeil , des chauve-souris monstrueuses se cramponnent sur leur dos comme des vampires , leur sucent le sang et leur occasionent des plaies purulentes , où s'établissent les hippobosques , les mos^ quites , et une foule d'autres insectes à aiguillon. Telle est l'ejdstence douloureuse de ces animaux y dès que' l'ardeur du soleil a fait disparaître l'eau de la surface de la terre.

Quand , après une longue sécheresse , s'approche enfin la saison bienfaisante des pluies , soudain la scène change '^ dans le désert. Le bleu foncé du ciel , jusqu'alors sans nuage , prend une teinte plus claire. A peine reconnaît-on pendant la nuit l'espace obcur de la Croix, constellation du pôle austral. La légère phosphorescence

SUR LES STEPPES. ^l

des nuées de Magellan perd son éclat. Les étoiles verticales de TAigle et du Serpentaire brillent d'une lumière tremblante , qui ne ressemble plus à celle des planètes . Il s'élève dans le sud des nuages isolés qui paraissent des montagnes éloignées.

Les vapeurs s'étendent comme un brouillard sur tout l'horizon. Les coups de tonnerre annoncent dans le lointain la pluie viyiGiante.

A peine la surface de la terre est-^Ue humectée, que le désert couvert de vapeurs se revêt de killingiay de paspon lum aux panicules nombreuses , et d'une infinité de graminées. A la lumière , la sensitive herbacée développe ses feuilles endormies, et salue le soleil levant, comme les plantes aquatiques en ouvrant leurs fleurs délicates, et les oiseaux par leurs

chants harmonieux. Les chevaux et les bestiaux bondissent dans la plaine. Le jagBBT agréablement moucheté se cache dans l'herbe haute et toufiiie ; par un saut léger, à la manière des chats, il ^élance comme le tigre d'Asie , pour saisir les animaux au passage.

Quelquefois, si l'on en croit les récits des naturels , on voit sur le bord des marais la glaise humide s'élever en forme de mottes '^ f puis on entend un bruit violent comme celui de l'explosion de petits vol- Gins vaseux : la terre soulevée est lancée en l'air. Celui à qui ee phénoiiiè&eest con* nu y fuit dè& qu'il s'annonce; car un mona^ trufiux serpent aquatique , ou un crocordile cuirassé sort de son tombeau aux premières ondées de pluie et se réveille de sa mort apparente.

Les rivièrea qui hornent la plaine au aud y FAraca y l'Apomé , et le Payara , se gonflent pc^u à peu. Alors la nature con"traint à mener la vie des amphibies y ces méçies animaux qui, duns la première moitié de l'année, monmient de soif su un sol aride et poudreux. Une partie du désert ]Nrésente Vimag^e d'une yaste mer intëirieiure^^. Les jnmens se retirent avec Içmrs poulains sur les bancs éleTés qui, sii^mblablesà des îles, sortent de la s«r£ace des eaux. Chaque jo«r l'espace non inondé se s4tréc^t* Les ajmtaux preA3és lea uA4 contre le^ autnes et privés de pâturage > n^ent Ipng-tempa çà et là^ et trouvent une ^o^rriture chétive dans les panii:^!^ £l^mie$ des. graminées qui s'élèvent an^ is^fio^ dfnûe eajn brunâtre et en Ibrment^^tion. i^uiCQup de jeuuf^ chevaux, se noient y beaucoup sont surpris par le cro«

44 coNsminATiOHS

codile qui , de sa qaeae armée d'une crête deutclée , leur fracasse les os , puis les dfr* Tore. Souvent on Toit des chevaux et des bœufs qui échappés à la voracité de ce féroce reptile y portent sur leurs cuisses les marques de ses dents pointues.

Ce spectacle rappellç inyolontairement à l'observateur attentif la facilité de se plier à tout , dont la nature prévoyante a doué certains animaux et certains végétaux. Le bœuf et le cheval, ainâ que les plantes céréales , ont suivi l'hommQ par toute la terre , depuis le Gange jusqu'au Rio de la Plata, depuis la côte d'Afrique jus-* qu'aux plaines de l'Anlisana plus élevées que le pic de Ténériffe**. Ici, c'est le bouleau habitant du nord, là, le dattier, qui mettent le bœuf fatigué à l'abri des rayons du soleil. La même espèce d'animaux qui,

SUR LBS STBPPES. 4^

dans l'est <fe l'Europe , combat les ours et les loups, est sous uu autre parallèle exposée aux attaques du tigre et du crocodile.

Ce ne sont pas seulement les crocodiles et les jaguars qui, dans l'Amérique méridionale, dressent des embûches au cheval • Cet ammal a aussi parini les poissons un ennemi dangereux. Les eaux marécageuses de Béra et de Rastro^"" sont remplies d'anguilles électriques , dont le corps gluant , parsemé de taches jaunâtres , envoie de toutes parts et spontanément une commotion violente. Ces gymnotes ont cinq à six pie As de. long ^ ils sont assez forts pour tuer les animaux les plus robustes , lorsqu'ils font agir à la fois et dans une direction convenable leurs organes , armés d'un appareil de nerfs multipliés. A Uritnctt ou a été obligé de changer le

chemin de la steppe^ parce que le nombro de ces anguilles s'était tellement accru dans une petite rivièf e , que tous les ans beaucoup de chevaux frappés d'engourdissement se nojraient en la passant à gué. Tous les poissons fuient l'approche de celte redoutable anguille. Elle surprend même l'homme qui , placé sur le haut du rivage, pèche a l'hameçon ; la ligne mouillée lui communique souvent la commotion fatale.

Ici , le feu électrique se dégage même du fond des eaux.

La pèche des gymnotes procure un spectacle pittoresque. Dans un marais que les Indiens enceignent étroitement > on fait courir des mulets et des chevaux , jusqu'à ce que le bruit extraordinaire ex* cite à Tattaque ces poissons courageu±.

On les voit nager comme des serpens sur

la supesrficie des eanx , et se presser, adroi-temeut sous le ventre des chevaux. Plusieurs de ceux-ci succombent à la violence des coups invisibles; d'autres haletans , la crinière hérissée, les yeux hagards , étincekm et exprimant l'angoisae , cherchçnt à éviter Torage qui les menace ; mais les Indiens , armés de Jbiys bambous , les repoussent au milieu de l'eaiu

Peu à peu Fimpétuosité de ce combat inégal diminue. Les gymnotes fatigués se dispersent comme des nuées déchargées d'électricité ; ils ont besoin d'un long re-« pos et d'une nourriture abondante pour réparer ce qu'jb ont dissipé de force galvanique. Leurs coups de plus en plus fai-* blés donnent des commotions moins sensibles. Effrayés par le bruit du piétinement des chevaux , ils s'approchent craintifs do

Ijord du marais j là on les frappe avec des harpons ; puis on les entraine dans la steppe au moyen de bâtons secs et non conducteurs du fluide.

Tel est le combat surprenant des chevaux et des poissons. Ce qui forme l'arme vivante et invisible de ces habitans de l'eau ; ce qui , développé par le contact de parties humides ^' et hétérogènes , circule dans les organes des animaux et des plantes ; ce qui dans les orages embrase la voûte du ciel j ce qui lie le fer au fer , et détermine la marche tranquille et rétrograde de l'aiguille aimantée, découle d'une même source , comme les ci&deurs variées du rayon réfracté : tout se réunit dans une force unique et éternelle qui anime la lîature , et règle les mouvemens des corps célestes.

SUR LES STEVPBS. 49

Je pourrais terminer ici le tableau physique du désert que j'ai tenté d'esquisser. Mais de même que sur l'océan notre imagination aime 4 s'occuper de l'image des côtes éloignées, de même, avant que le désert échappe à notre vue, jetons un coup d'œil rapide sur les régions qui l'environnent.

Le désert du nord de l'Afrique sépare deux races d'hommes, qui originairement appartiennent 1k la même partie du monde, et dont la lutte toujours subsistante paraît être aussi, ancienne que la fable d'OsirL^et de Typhon *'. Au nord de l'Atlas vivent des hommes à cheveux longs et non crépus, ayant le teint jaunâtre et les traits des habitans duGiucase.i^u sud du Sénégal et du côté du Soudan, on trouve des peuplades de nègres parvenues à différens degrés 1. i

5o CONSIDBRATIORS

de civilisation. Dans l'Asie moyenne , les steppes de la Mongolie sont la ligne de démarcation entre la barbarie de la Sibérie, et l'antiqne civilisation de THindoostan.

Les plaines de l'Amérique sont aussi la borne où s'arrête le domaine de la demicivilisation européenne ^'. Au nord, entre la chaîne des montagnes de Venezuela et la merdes Antilies, on rencontre, pressés les uns contre les autres, des villes industrieuses , des villages^harmans , et des champs soigneusement cultivés. Le goût des arts , la culture des sciences et l'amo!)r de la liberté civile y sont même développés depuis long-temps.

Au sud , la steppe est entourée par une solitude sauvage et eflFrayante. Des forêts âgées de milliers d'années^ et d'une épais-

SUE LES 8TEFPE6. 5i

fleur impénétable , remplissent la contrée humide aituée entre rOrénoqae et le flenTe des Amazones* Des masses immenses de granit , conieBr de plomb ^^ , rétrécissent le lit des rivières écameoses. Les montagnes et les forêts retentissent iacessamment dn firacas des cataractes , di^ rugissement des jaguars , et des hurlemens sourds ^ du singe barbu qui annonce la {4uie.

Dans les endroits oà les eaux plus basses laissent un banc à découvert , un crocodile est étendu sans mouvement comme un rocher et la gueule béante. Son corps écailleux est souvent couvert d'oiseaux *•.

Le boa à peau tigrée, la queue attachée à un tronc d'arbre , et le corps roulé sur lui-même , sûr de sa proie , se tient en em-

buflcade sur la rive. 11 se déploie avec promptitude pour saisir au paasage le jeune taureau ou quelque animal plus faible ; après Tavoir enveloppé d'une humeur visqueuse, il le fait entrer avec effort dans son goskr dilaté ^^.

Au milieu de cette nature grande et sauvage vivent des peuples de races et de civilisation diverses. Quelques-uns , séparés par des langages dont la dissemblance est étonnante, sont nomades, entièrement étrangers à l'agriculture , se nourrissent de fourmis , de gomme et de terre ^^ , et sont le rebut de l'espèce humaine ; tels sont les Otomaques et les Jaronrès. D'autres, comme les Maquiritains et les Makos, ont des demeures fixes , vivent des fruits qu'ils ont cultivés, ont de l'intelligence et des mœurs plus douces. De vastes espaces

SDR LES STEJPJ^ES. 53

entre le Cassiqniarè et l'Atabapo ne sont habités que par des singes réunis en so* ciété et par dditapirs. Des figures gravées sur des rochers ^^ prouvent que jadis cette solitude a été le séjour d'un peuple parvenu à un certain degré de civiUsatioii ^ de même que r la forme des langues qui appartiennent aux mouumens les plufirdurahles des hommes , elles s^estent les vicissitudes qu'éprouve le sort des peuples.

Dans la steppe , c'est le tigre et le. crocodile qui combattent le cheval et le taureau ; sur ses bords garnis de forêts , et dans les régions sauvages de la Guyane , c'est Uhomme qui est perpétuellement' armé contre l'homme. Là , avec une avidité féroce , des peuplades entières boivent le sang de leurs ennenfis ; d'autres les égorgent non armés eu apparence , mais pré-

54 coNârràRATiovs

parés au meurtre ^ par le poison dont est enduit Tongle de lenr pouce. Aussi les hordes les plus faibles, lonMpi'elles entrent dans la région des sables , effacent soigneusement avec leurs mains la trace de leurs pas timides.

Ainsi l'homme se prépare à lui - même une vie yi^guiète et orageuse , soit que sa grossièreté tienne encore à celle des animaux y soit que Téclat apparent de la civilisation lui assigne le degré le plus élevé« Le voyageur qui parcourt le globe , l'historien qui s'enfonce dans la nuit des âges y rencontrent sans cesse le tableau uniforme et désolant des dissensions de l'espèce humaine.

Cest pourquoi celui qui , au milieu des discordes des peuples , cherche à reposer

Sun LES STEPPES. 55

son esprit, porte volontiers aea regards sur la vie paisible des plantes et étudie les ressorts mystérieux qui meuvent l'univers ; ou bien , se livrant à cette noble impulsion dont le coeur de l'homme fut toujours animé , par un pressentiment secret il porte la vue vers les astres qui , obéissant aux lois immuables de l'harmonie, poursuivent leur carrière éternelle.

ÉOLAIRCISSEMENS

BT

ADDITIONS

ÉCLAIRCISSEMENS

ET

ADDITIONS

^ Le lac de Tacarigua , p. 3.

LoBSQUB l'on pénètre dans rintérieur du cootineot de l'Amérique méridionale, depiu3 la. côte de Caracas ou de Venezuela, flîtuée souB le dixième parallèle nord, jnaqu'ai^n Ërontièros septentrionales dn Biér* sU, 90na la ligne , on traverse d'abord une chaîne de montagpies très hante dirigée de l'ouest à l'est ; ensuite la grande stqppe déserte «t dénuée 4l'arbres ( ou les plaines appelées Ilanos ), qui s'étendent depuis

6o CONSIDÉKATIONS

le pied des montagnes côtières jusque sur la rive gauche de rOrénoque } enfin la ligne montagneuse qui occasione les cataractes d'Aturès et deMaypurè. Cette chaîne, que je nomme Sierra de la Parime , file entre les sources du Rio Esquibo et du Rio Branco vers les Guyanes française , nederlandaise et anglaise. Elle est le siège de la singulière fable de TEl Dorado ; et confine au sud avec la plaine boisée où le Rio Négro et FAmazone ont formé leur lit. Celui qui voudra approfondir davantage ces rapports géographiques , pourra jeter un coup d'œil sur la grande carte de la Cruz Olmedilla , qui a produit toutes celles que Ton a publiées postérieurement, et qui oependq^nt, d'après mes observations astronomiques pour déterminer la position des lieux , doit sabir des changcmcns essentiels.

SUR LES STEPPES. 6l

La chaîne côtière de Venezuela , considérée SOUS le rapport géographique , appartient à la ch^ne des Andes du Pérou. Celle-ci se partage au nœud des sources du Rio - Magdalena , au sud de Popoyan ( 1* 55' à 2** ao' lat. N. ) , en trois chaînes , dont la plus orientale file vers les mon- «gne.ndge««.dcM»da.C«d.ra«re.

s'abaissent vers le Paramo de las Rosas , dans la contrée montueuse de Quibor et de Tocuyo , qui unit la chaîne côtière de Venezuela à la cordillère de Cundina- ^ marca. La chaîne côtière y seniUahle à un mur, se prolonge sans interruption de Porto - Cabello au cap Paria ; sa hauteur moyenne est à peine de 750 toises. Cependant quelques sommets isolés , tels que celui que l'on nomme Silla de Caracas ou Cerro de Avila , orné de hefaria y s'élèvent à i3i6 toises au-dessus du niveau

02 COHSIDÉRATIONS

de la mer. Le rivage de Caracas porte partout des traces de dévastation. On reconnaît partout l'effet de l'action du grand courant qui se dirige d'orient en occident , et qui , après avoir morcelé les îles Caraïbes , a creusé le golfe des Antilles. Les langues de terre d'Araya et de Chuparipari j et surtout la c6te entre Cumana et Nueva Barcelona , offrent au géologue un aspect très remarquable. Les îles de Boracha , de Caracas et de Chimanas sortent de la mer comme des tours, et attestent la redoutable puissance des flots destructeurs sur la chaîne de montagnes décharnée. Peut-être la mer des Antilles fut - elle jadis , comme la Méditerranée , un lac qui soudainement se réunit à rOcéan. Les îles de Cuba , de Haïti et de la Jamaïque renferment encore les restes des hautes montagnes de schiste mi-

caoé qui bornaient cette mer dans le nord. Cest une chose frappante que y dans les points où ces trois îles sont le plus rapprochées les unes des antres , se trouvent les cimes les plus élevées. On pourrait supposer que le principal noyau de cettq chaîne de montagnes était situé ebtre le cap Tiburon et la pointe Morant. .iLes montagnes de cuivre (montanas de cohre)^ près de Saint -Yago de Cuba, n'ont pas encore été mesurées ; mais elles sont vraisemblablement plus élevées que les montagnes bleues de la Jamaï^e ( ii38 toises) , dont la hauteur surpasse celle du passage du Saint*Gothard ( io65 toises )• J'ai développé mes conjectures sur la forme du lit de rOcéan atlantique , et sur l'ancienne jonction des continent , dans un mémoire composé à Cumaoa y intitulé :

Fragment d'un tableau géologique de

V Amérique méridionak , et inséré dans le Journal de physique de messidor an 9.

La partie septentrionale et cultivée de la province de Caracas est un pays de montagnes. La chaîne le long de la côte est partagée , comme les Alpes de la Suisse , en iriiusieurs rangées ou chaînons qui renferment des vallées allongées. La plus célèbre est la vallée d'Aragua , qui produit en abondance de l'indigo , du sucre , du coton, et, ce qui est plus surprenant, le froment européen. L'extrémité méridionale de cette vallée est bornée par le beau lac de Yalenda , dont l'ancien nom indien est Tacarigua. Le constraste qu'offrent ses deux rives lui donnent une ressemblance étonnante avec le lac de Genève. A la vérité , les montagnes désertes de Guigne et de Guiripa ont un caractère

moins sévère que les Alpes de la Savoie ; mais le côté opposé, couvert de forêts de bananiers , de mimosa et de triplaris , surpasse en beauté pittoresque les vignobles du pays de Yaud. Le lac a à peu près dix lieues de longueur ; il est rempli de petites îles qui prennent de Taccroissement , parce que la quantité des eaux affluentes n'égale pas celle des eaux qui s'évaporent. Depuis quelques années , des bancs de jsable sont presque devenus des îles : on leur donne le nom de ias aparecidas j qui^est très convenable, car il signifie îles nouvellement vues. Dans l'île de Cura ^ on cultive l'espèce remarquable de solanum dont les fruits sont bons à manger, et que M. Wildenow a décrit sous le nom de solanimi Humboldti {Hort. BeroL Fasc. 11). L'élévation du lac au-dessus du niveau de la mer est à peu près de :i3o toi- 1. 5

66 CONSIBÉRATIONS

ses. 11 offre les scènes les plus belles et les plus agi'éables que j'aie Vues dans aucun des pays que j'ai parcourus. Eh nous y baignant , M. Bonpland et moi , nous étions souvent effrayés par l'aspect du bava y espèce non décrite de lézard tenant dti crocodile (Dragonne?) » long de trois à quatre pied.,d-.n.fig««horrib...„^,uioefai.

pas de mal à l'homme. Nous avons trouvé dans le lac de Yalencia un typha entièrement identique avec l'espèce européenne appelée angustifolia y fait singulier et très important pour la géographie des plantes. Dans les vallées d'Aragua voisines du lac, on cultive les deu:;: variétés de caxme à su* cre, la conmiune appelée caâa creolia, et la canne de Taïti , nouvellement apportée des îles du grand Océan. Celle-ci est d'un vert plus tendre et plus agréable ; de sorte qu'à iine grande distance on distingue facile-

SUR LKS STEPPES. 67

ffnezrtnn cfaahip planté en cannes de Taïti. Cook et Forster ont les premiers fâït connaître ce végétal ; mais on voit dans le Traité de Forstef dur les plantes da grand Océan utiles poar la nonrritare^ qu'ils n'ont pas assez connu la valeur de cette précieuse production. Bougainvillc* introduisit à risle de France , d'où elle passa àCayenne, et depuis 1792* à Saint -t)omingue ou Haïti y à la Martinique et aux ' autres petites Antilles. L^intrépide el infortuné capitaine Bligh t'apporta de Taïti avec l'arbre à pain à la Jamaïque. De la Triùité, île si proche du continent, la nouvelle canne est arrivée sur la côte de Caracas , pms sur ôelle du grand Océan j elle eat devenue pour ce pays un objet plus important que l'arbre à pain , qui ne fera pas renoncer à un végétal aussi bienfaisant et aussi abondant en substance ntltritive

c[ae le bananier. La canne de Taïti contient plus de suc , et , sur une surface égale de terrain , elle donne un tiers de plus de produit que la canne commune , dont la tige est plus mince , dont les articulations sont plus rapprochées , et que Ton suppose venif; de Torient de l'Asie. Dans les îles Antilles , où Ton commençait à éprouver une grande disette d% combustibles , puis- . qu'à Cuba oft' chauffe les chaudières à sucre avec du bois d'oranger , la nouvelle canne est d'autant plus intéressante que sa tige e;xprimée (bagasse) , est très compacte et très ligneuse. Si son introduction dans les Antilles n'était pas arrivée à la même époque où commença la guerre sanglante des nègres à Saint-Dominque , le prix du sucre aurait à cette époque atteint en Europe un taux encore plus élevé que celui où l'avaient porté la destruction des sucre-

SUR 1.ES STEPPES. 6g

ries et da commerce. Une question importante se présente ; la canne de Taïti , arrachée à son sol datai, ne dégénérera-t-elle pas insensiblement, et ne devicndra-t-elle pas entièrement semblable à la canne commune? L'expérience a décidé contre cette dégénération. Dans l'île de Cuba, une cavalleria ou superficie de 349969 toises carrées , rend 870 quintaux de sucre lorsqu'elle est plantée en canne de Taïti. Celleci pioduit la moitié des :26i,795 caisses de sucre ou des 47^88,730 arobes de sucre qu'exporta 111e de Cuba en 1822. Il est assez singulier que ce végétal intéressant des îles du grand Océan soit précisément cultivé dans la partie des colonies espagnoles les plus éloignées de cette mer. On va en vingt-cinq jours du Pérou à Taïti , et cependant à l'époque de mon voyage , la canne à sucre de cette île était encore

incounue an Pérou et au Chili. Les faabitans de l'île de Pâques , qui éprouvent une grande disette d'eau douce, boivent le jus de la canne à sucre , et , ce qui est un phénomène très remarquable en physiologie, l'eau de la mer. La canne d'un vert clair et à tige épaisse , est généralement cultivée dans les îles des Amis , de la Société et de Sandwich .

Indépendamment des deux espècoi de canqedpnt nous venons de parler^ on en cul* ti ve encore en Amérique une troisième, qui est rougeàtre, etquivicutde la côte d'Afrique : on la nomme caiîade Guinea, elle con* 'tientunpeuplusdesucque la commune^ on assure que celui qu'elle rend présente plus d'avantages pour la £sibrication du rhum.

X^\8 la province de Caracas, le vert

SUR LES STEl^PfiS. 7t

clair de la canne de Taïti contraste agréablement avec l'ombre épaisse des cacaotiers. Peu d'arbres des tropiques ont un feuillage aussi touffu que le théobroma cacao. Cette belle plante aime les vallées chaudes et humides. L'extrême fertilité du sol et rinsalubrité de l'air sont , dans l'Amérique et dans l'Asie méridionales, deux!* circonstances inséparables. On observe que plus la culture d'un pays augmente , que plus les forêts diminuent , et que plus le climat et le sol deviennent secs , moins aussi les plantations de cacao réussissent. Elles deviennent moins nombreuses dans la province de Caracas, tandis qu'elles augmeq^ent rapidement dans les provinces plua orientales de Nueva Barcelona et de Cumana , et surtout dans la . contrée boisée et humide située entre Cariaco et le golfe Triste.

73 CONSIOÉRÀTIOMS

* Des bancs , p. 5.

Les llanos de Caracas sont couvertes de grès de formation ancienne , qui partout s'étend en couches presque horizontales.

Lorsqu'en sortant des vallées d'Aragua jon descend le chaînon le plus méridional des montagnes côtières de Guigue et de Villa de Cura, pour aller à Parapara, on rencontre successivement le gneiss et le mica-chiste , une roche de transition de schiste argileux et de calcaire noir, de la serpentine et de la diahase , en morceaux sphériques isolés j enfin , sur le hord de la grande plaine , de petites collines d'amygdaloïde à augite , et de porphyre phoitolithique. Ces collines entre Parapara et Ortiz me paraissent être produites par des éruptions volcaniques sur l'ancienne côte

maritime des llanos. Plus au nord s'élè* vent les rochers célèbres de formes grotesques , cayemenx et nommés Morros de San- Juan, qui forment une espèce de Mur du diable. Ib sont de texture cristalline comme de la dolomie * , élevée perpendiculairement. Ainsi on doit moins les considérer comme des lies de l'ancien golfe , que comme une partie de la chaîne côtière. J'appelle les llanos un golfe , parce que si l'on fait attention à leur peu d'élévation au-dessus du niveau actuel de la mer, à leur forme appropriée an mouvementée rotation du courant , enfin à l'applatissement de la côte orientale vers l'embou-

* On peut consulter les Mémoires remarquables de M. Léopold de Buch^ sur la dolomie constdérce comme espèce de rocbe ( 182a et i823 ), el ma Relation h'uitorique, T. II, p. i4o (4^).

cfaure de l'Orcnoquc , ou ne peut révoquer en doute que jadis la mer n*ait rempli tout le bassin situé entre la chaîne entière et la Sierra de la Parime, et à l'ouest n'ait battu le pied des montagnes de Merida et de Pamplona. De plus , la pente ou l'abaissement des llanos est dirigée de l'ouest à l'est. Leur élévation a Calabozo , à cent lieues de la mer , est à peine de trente toises. Leur superficie est tellement parallèle à rhorizon , que dans les espaces de plus de trente lieues carrées , on ne trouve pas un point qui paraisse élevé d'un pied au-dessus d'un autre point. Si on ajoute le manque total d'arbustes , et même dans la Mesà de Pavones le dé&ut de palmiers isolés , on peut se faire une idée du singulier aspect qu'offre cette surface plane , déserte et semblable à celle de la mer. Aussi loin que s'étend la vue , elle ne peut se re-

sun LES STippBs. 75

poser sur aucua objet élevé de quelques pouces. L'état des couches inférieures de Tâir , le jeu de la réfraction de la lumière, et les bornes de Thorizon toujours indéter* minées et mobiles comme les vagues , empêchent seules qu'on ne prenne hauteur p{ir UQ instrument de réflexion sur le bord de la plaine , comme à l'horison de la mer. Cette disposition parfaitement horizontale de l'ancien lit de la mer, rend FexistenGe de ces bancs plus surpreùante. Ce sont des couches horizontales fracturées^ qui s'élèvent à deux ou tix>is pieds au-dessus de la roche qui les entoure, et qui s'étendent uniformément dans une longueur de 10 à 12 lieues. Us donnent naissance aux petites rivières de la steppe. En revenai^t du Rio-Negro, lorsque nous traversions les Uanos de B^rcelona , nous rencontrâmes de fréquentes traces d'ébou*

76 COrfSfDÉRATlONS

lemens de terre. Au lieu des bancs élevésf^ nous TÎmes des couches gypseuses isolées , plus profondes de 3 à 4 toises que la roche voisine. Plus loin à Touest, près de la jonction du Gaura avec TOrénoque, un grand espace couvert de bois , auprès de la mission de san Pedro d' Alcantara , s'enfonça lors du tremblement de terre de 1790. Il s'y forma un lac. qui a plus de trois cents toises de diamètre. Les arbres élevés, tels que* les desmanthus, les hymenea et les uçaria, conservèrent longtemps sous l'eau leurs ieuilles et leur verdure.

' Leur imaj^e tretnIUante parait doablée , p. 5.

L'aspect lointain des steppes surprend d'autant plus , que dans l'épaisseur des forêts on a été plus habitué à un horizon

resserré , et à la vue d'une nature richement parée. Ce sera pour moi une impression ineffaçable que celle que me firent éprouver les Uanos, lorsque, à notre retour de l'Orénoque supérieur , nous les revîmes pour la première fois dans un grand éloignement , du haut d'une montagne vis-à-vis l'embouchure du Rio- Apuré , au Hato du* Gapucino. Le soleil venait de se coucher. La steppe nous parut bombée comme un hémisphère. Les astres qui se levaient se refléchissaient dans la couche la plus basse de l'air. Car, lorsque la plaine a été extraordinairement échauffée par l'effet des rayons perpendiculaires du soleil, le jeu de la réfraction de la chaleur et du courant d'air qui s'élève , dure même pendant la nuit.

78 CONÎÎIDÉRATIONS

^ Semblable à la pierre noc * p. 5.

De^ espaces immenses dans lesquels des roches dnres et plaies se montrent seules à la vue, donnent aux déserts de l'Afrique et* de l'Asie un caractôrc patlietilier. Darïs le Chamo, qui sépare la Mongolie de la Chine , ces bancs de rothers se iiomment Tsi. Dans les plaine» boisées de FÔi^éno que , ils sont entourés de la végétation la plils riche ( Relation historique, T. Il,

^ Aux savanes «lu Missouri , p. 7.

Nos idées sur la géographie physique et la géognosie de l'Amérique septentrionale, ont récemment été rectifiées sur plusieurs points par les voyages hardis du major Long et les travaux excellens de son compagnon M. Edwin James. Tous les

reuseigncmefns recueillis ont démontré clairement ce que je pouvais seulement exposer comme une présomption sur les chaînes de montagnes et les plaines du nord danÀ mon Ouvrage sur la Nouvelle- Espagne. En histoire naturelle , comme dans les recherches historiques , lea toits reste&t long -temps isolés , jusqu'à ce que Ton réussisse , par des travaux péniblea , à les réunir et à 'les coordoinner. La côte orientale des Etats - Unis de l'Amérique septentrionalle se dirige dû 9Qd - ouest au nord-est , de même qu'au-delà de Féqim^ teur y la côte du Brésil y depuis le Rio de la Plata jusqu'à Olinda. Dans ces deux pays , à une différence peu considérable de la côte maritime , s'élèvent deux files de montagnes plus parallèles entre elles que la chaîne des Andes , situées plus à l'ouest y que les cordillères du Chili et du

. 8o CONSrDtllATIONS

Pérou , ou que les monts Rocky du Mexiqae^ du système septentrional. Le système de montagnes de l'Amérique méridionale, celui du Brésil y forme un groupe isolé , dont les cimes les plus haute3, Tltacolumi et ritambè n'ont pas plus de 900 toises de hauteur absolue. Les dos de montagnes les plus proches de la îner sont seuls dirigés régulièrement du sud-sud-ouest au nord-nord - est ; le groupe s'élargit dans l'ouest en même temps que son élévation diminue considérablement. Les chaînes de collines des Paréciss'approcheqt des rives del'Itènés et du Guaporé, de même que les montagnes d'Aguapèhy et de San- Fernando, au sud de Yillabella , s'avancent près des hautes chaînes des Andes de Cochabamba et de Santa-Gruz de la Sierra. 11 n'existe pas de liaison entre le système de montagnes de la côte de l'océan atlan-

SUR LES STEPI^ES. 8l

tique et celui de la côte du grand océan ; rabaissement du terrain dans la province de Ghiquitos y langue de terre dirigée du nord au sud, et qui s'ouvre également dans les plaines du fleure des Amazones et dans celles du Rio de la Plata , sépare le Brésil occidental du Haut-Pérou oriental. Là y comme en Pologne et en Russie , an dos de montagne souvent insensible, et nommé en langue slave Ouvalliy forme la ligne de séparation des eaux entre le Pilcomayo et le Madèïra y entre l'Agnapèhy et le Guaporé, entre le Paraguay et le Rio-Tapuyos. Le seuil s'étend de Chayanta et de Pomamàmba ( 19** — ao* lat. S. ) vers le sud-«est, traverse l'abaissement de la province de Ghiquitos devenue de nouveau inconnue depuis l'expulsion des jésuites , et forme, en se dirigeant au nord • est où des montagnes isolées s'élèvent , la ligne L 6

83 CONSIDÉHATIOmS

de partage des eaux aux sources du Baurés et à Villabella(i5"— 17** lat. S.). Cette ligne de partage , si importante pour la couununication des peuples et pour les progrès de leur culture intellectuelle , répond) dans l'hémisplière septentrionale de l'Amérique du Sud à une seconde qui sépare le bassin de FOrenoque de celui du ^io - Negro et du fleuve des Amazones. On pourrait considérer ces élévations dans les plaines, ou ces seuils, à des sytèmes de montagnes non développés et destinés à unir ensemble deux groupes qui semblent isolés ; par exemple la Sierra de Parime , et les monts du Brésil à la chaîne des Andes de Timana et de G)chabamba. Ces rapports, négligés auparavant, servent de base à la division que j'ai faite de l'Amérique méridionale en trois abaissemens ou bassins, ceux du Bas-Qrénoque, du fleuve

StR LES STEPPES. 83

des Amazonf^s , et du Rio de la Plata ; abaissemens dont , ainsi que nous l'avons observé plus haut, les steppes ou les sava nés sont les extrémités , et dont la partie moyenne entre la Sierra-Parime et le grou« pe des montagnes du Brésil , doit être regardée comme uneplaine boisée ou ffylœa.

Si l'on veut décrire *avec un aussi petit nombre de traits l'aspect physique de VAtnériqae septentionale , que l'on jette les regards sur la chaîne des Andes d'abord si étroite , puis augmentant en hauteul* et en largeur, en se dirigeant du sud - est au nord-ouest , de l'isthme de Panama , à travers le Veragua et le Guatemala , puis danslaNouvelle^-Espagnc. Ce dos de montagnes, siège d'une ancienne civilisation, oppose également une barrière au courant général de la mer entre les tropî-

84 CQNSIDÉHATIONS

ques, et a une prompte communication de l'Europe et de l'Afrique occidentale avec la Chine. Depuis le parallèle du 17* degré de latitude nord , depuis le célèbre isthme de Gnasacualco , il s'éloigne de la côte du grand océan en s'avançant du sud au nord , et devient une cordillère de

l'intérieur. Dans le Mexique septentrional et le Canada occidental , la Sierra de las GruUas compose une partie des monts Rocky. De son revers occidental coulent la Columbia et le Rio -Colorado de Californie ; de l'oriental , le Rio- Roxo de Natchitoches , de la Rivière canadienne , de l'Arkansà, et de la Platte ou peu pro-

fonde , qu'un géographe ignorant a transformée récemment en Rio de la Plata ou rivière d'arorent. Entre les sources de ces rivières (37° 20' à 4o» i3') s'élèvent trois pics énormes de granit pauvre en

mica , et riche en diabase , nommés les pics Spanish (espagnol), James et Long *. Leur hauteur dépasse celle de toutes les cimes de la chaîne des Andes qui, depuis le parallèle du 18* et du 19* degrés, ou du groupe d'Orizaba (3771 T. ) , et de Popocatepetl (2771 T.), à Santa- Fé et à Taos dans le Nouveau-Mexique , n'atteint nulle part à la limite des neiges perpétuelles. Le pic James (38" 38' latit. N.^ 107** 52' longit. O.) a, dit-on , 1978 toises d'élévation absolue ; mais sur cette^quan^ tité, on n'a mesuré trigonométriquement que i333 toises ; les 4^3 autres sont , en l'absence de toute mesure barométrique , déduites d'estimations incertaines de la

* Mémoire géographique de Tanner ( 1833 ), p. 16. Melish et James donnent simplement au Pio Long , le nom de Pic le plqs ëievë ou Big^hom.

pente des rivières *. Depuis le 4o* degré de latitude , les monts Rocky tournent au nord-ouest , et s'abaissent vera le fleuve Mackenzie qui a son embouchure dans la mer polaire par 68** de latitude nord et 1 5o* ikJ de longitude occidentale.

Depuis les rochers granitiques de Diego- Ramirez et le cap de Horn jusqu'à cette

* Gomme il n'est presque pas possible d'entreprendre une mesure trîgoDomëtriqae à la surface de la mer, les délermiuatLons des hauteurs inaccessibles sont toujours en partie trîgonomdtriqaes^ eu partie barométriques. L'estimation de la pente des rivières , de leur vitesse et de la longueur de leur çQura sont si trompeuses que la plaine au pied des monts Rocky , près du point nomme dans le texte sommet de la montagne, a été estimée tantôt à 8ooo, tantôt à 3ooo pieds d'élévatioa (^ Longes, JExpédition, T. Il, p. 36, 56a ^ 58a. Appendix, p. XXXVII ). C'est de même par une suite duman*

mer polaire , les cordillères des Andes ont une longueur de 2800 à 3ooo lieues ma-* rines ; elles ne sont pas la chaîne de montagnes la plus élevée , mais elles sont la plus longue de notre planète ; elles ont peittêtre été soulevée» à travers une crevasse qni , dirigée du nord au sud ^ presque d'un pôle à un aixtre, parcourt la moitié de la terre : sa longueur égale la dktaBCe dea colonnes d'Hercule au cafp Glacé sur la

que de baromètre que la hauteur yeriiaUe de l'Himalaya est restée si long-temps incertaine : maisaujourd'hui la culture des sciences a fait de si grands progrès dans^ les Indes orientales, que le major Gérard s'étant éleré sur le Tarhigaug près^ du Setledje au nord de Ghipkè, à une hauteur de 19,4 11 pieds anglais j il lui restait encore quatre baromètres, après en ayoir cassé trois ( Crlticat RBâéatrchea on PhUohgy and Geograpky , i8a4»

çôtc des Tcbonktchi dans le nord-est ào l'Asie,

11 ne faut pas confondre avec les mon^ tagnes centrales de l'Amérique septentrion nale, ou les Andes du Mexique et du Canada , les Alpes maritimes de la Californie et de la Nouvelle - Albion , qui ne sont unies entre elles que par des chaînons transversaux entre le 46* et le 48* degrés de latitude. Ces Alpes maritimes s'étendent du cap San - Lucas à Textrémité méridionale de la Californie , jusque dans l'Amérique russe où le mçnt Saint-Élie , dans le cas où le résultat de' Malaspina

( 279a T. ) serait à préférer à celui de La Pérouse (1980 T.), l'emporte en élévation , même sur les montagnes neigeuses d'Aoahuac. Les chaînes de ces monts neigeux , c'est-à-dire les Andes du Mexique

SUR LES STEPPES. 8g

et du Canada , n'ont aucun volcan brûlant actuellement, au nord du 20* degré de latitude ; mais ici, de même que dans l'Amérique méridionale, on remarque que , lorsque le feu souterrain devient invisible dans une chaîne, il se fait jour dans une autre dont la direction est parallèle. Le volcan de G)Uma , situé , suivant le capitaine Basil Hall , par 19'' 36' de latitude , est le dernier de la cordillère du Mexique* Depuis les côtes de Méchoacan et de Guadalaxara , les crevasses d'éruption semblent ne s'être maintenues ouvertes que vers le nord-ouest. Dans les Alpes maritimes de la Californie , on a vu la Sierra de las Y irgines vomir de la fumée ; et du New -Notfolk à la presqu'île d'Alaska , le littoral et le fond de la mer aont sans cesse ébranlés par les forces souterraines. En 1784 > une île s'éleva près

90 COKSIDÉRATIOVS

d'Ounalachka ; les Russes la nommèrent Gromoi^Syn ( fils àa tonnerre ).

Entre la chaîne des Andes du Mexique, à laquelle appartietnient les monts Stony ou Rocky et les AUeghani, dont la cini:e la plus élevée n'attonl; pas iioo toises au -dessus du nirean de la mer, une plaine immense se prdoi^e de la mer des Antilles à la mer d'Hiidsoa. A l'est du Mississipi , des forêts impénétrables couvrent le sol 3 à Pouest s'étendent des savanes où paissent des troupeaux de bisons ( bos americarms ), et de bœufs jniiBEpàa{bù8ntoschatus). Ces deux animaux , les plus grands du nouveau monde , servent k la nourriture des sau* vagea nomades, Apaches - Llaneroa et jtpache» *- lÀpanos^ Le bison , appelé ci^ , i»lQ par tes Mexicains , n'c»t recherché ipie pour sa langue, mets très délicat.

Il n'est nullemeot une variété de Vurus de l'ancien monde , quoique d'autres espèces ^d'animaux y telles que le renne , l'élan et les hommes trapus des régions polaires , soient communes aux parties septentrio*nales de tous les continens , comme des preuves de leur ancienne unioiL. Les Mexicains donnent , en dialecte aztèque y le nom ^oquic?iquaquave au bœuf européen y ce qui signifie animal cornu , du nB<^ quaquavitl, corne. Les cornes monstrueuses qu'on a trouvées dans de vieux édifices mexicains près de Guemàvaca , au sud - ouest de Mexico y vat paraissent appartenir an bœuf musqué. On peut ap^ privoîser le IMuson canadien ^ ei le rendre propre à l'agricultuxe. Il produit avec k loBoai d'Europe ^ mais oa ne sait pas encoœ si cette race mélangée est féconde et peut se propager. La nourriture

ga CONSIDÊRATtONS

rite du bison est le tripsacum dactyloïdes, plante graminée appelée buffàlo-gras ( herbe au bison ) , dans la Caroline dir nord , et une espèce de trèfle voisine da trifolium repens , que M. Barton a distinguée par le nom de trifolium bisonicum ( buffaîo cloifer ) , trèfle du bison.

^ Voisin des monts basaltiques «l*Haroutch, p. 7.

Auprès des lacs de Natron d'Egypte , qui du temps de Strabon n'étaient pas encore di^visés en six réservoirs , s'élève au nord de Libbak une chaîne de collines escarpées ; elles se dirigent d'orient en occi** dent , au-delà du Fezzan , où elles paroissent se réunir à l'Atlas. Elles séparent dans le nord- est de l'Afrique, comme l'Atlas dans le nord-ouest , la Libye d'Hé* rodote habitée et voisine de la mer , du

pays des Berbères ouBiledulgerid , fécond en animaux. Sar les confins de FEgypte moyenne , toute la région , an snd du trentième parallèle , est une mer de sable , où Ton trouve éparses des oasis, ou îles riches en sources et en végétaux. Le nombre de ces oasis dont les anciens ne connaissaient que trois et que Strabon compare aux taches de la peau de la panthère , a considérablement augmenté^ grâces auxdécou* vertes des voyageurs modernes *. La troisième oasis des anciens , nommée aujourd'hui Syouah , était le nome ammonique , Ëtat gouverné par la caste des prêtres , et lieu de repos pour les caravanes ; elle renfermait le temple de l'Ammon cornu** et

« I util I .1 .,1 ■ Il ■ ■ !■■ I 1,

* Gainaud. Voyage à roasia de Thèbes , p. 54.

^ Diodore distingue le temple situé dans le fort^ da4emple de la forêt ^ près du puits du Soleils

94 COMStDÉRilTtOMS

le puits du soleil , dont l'eau devenait plus fraîche à certaines époques périodiques.

Les ruines d'Ummibida (Omm-Beydah) appartiennent incontestablement au cara'-vanseFaïl fortifié du temple d'Ammon , et par conséquent aux plus anciens monnmens de la première civilisation humaine qui soient parvenus jusqu'à nous.

Le mot oasis est ^yptien , et a la même signification qu'Auasis et Hyasis *• Abulfeda appelle l'oasis al-ouahat Sons les derniers empereurs romains , on envoyait les malfaiteurs dans les oasis. On les

{ Diocl. édît. Wessel. p. 689. ) Caillaud, Voyagea Syouah, p. i4. Ideler dans les Fundgmhen des Orients, T. iv, p. 369 — 4ii.

* Strabon J. XVII, p. ii4o.ed. AlgieloTceii. — Hei^odoie , 1. III, p. 307. éd. Wessel.

SUR LES STEPPE!;. qS

exilait dans ces îles de la mer de sable , de même que les Anglais et les Espagnols les déportent aujourd'hui à la Nouvelle- Hollande et aux îles Malouines. Il est plus facile de s'échapper par Focéan ^ que par le désert qui entoure les oasis. Leur fertilité diminue par l'empiétement * progressif des sables.

Les petites montagnes d'Haroutch sont composées de collines de basalte de forme grotesque. Cette chaîne est le mons aterdt Pline. Elle a été examinée récemment par mon malheureux ami Ritchie , dans son

* L'oaTrage parfait de M. Ritter sur la Géographie de l* Afrique (^ i8aa. T. I, p. 98^, 993 , en allemand ) , et l'excellente carte d^ Afrique, de Berghaus \ sur laquelle cet auteur a représente d'une manière ingénieuse et qui lui est particulière , les inégalités du terrain.

prolongement occidental où elle s'appelle montagne de Soudah. Cette éruption du basalte y dans un calcaire tertiaire , cefte suite de collines qui sont élevées en forme de murs sur des couches , me parait analogue aux éruptions basaltiques du Yicentin. La nature répète le même phénomène dans les régions les plus distantes* Hornemann trouva dans les formations calcaires les plus récentes du Haroutch blanc (Haroudje al abiad) , une quantité prodigieuse de têtes de poissons pétrifiées^ Ritchieet Lyon ont observé que le basalte des monts Soudah était de même que celui du mont Berico , mêlé intimement en plusieurs endroits, de calcaire carbonate, phénomène qui vraisemblablement a une liaison avec le passage à travers les couches de calcaire. La carte de Lyon indique même de la dolomie dans le voisinage.

Les minéralogistes modernes ont rencontré en Egypte de la syenite et de la diabase primitive, mais point de basalte. Les anciens auraient-ils donc tiré des montagnes de Touest de ce pays , le véritable basalte qui leur a servi à faire ces vases que l'on trouve encore aujourd'hui? Y aurait-il aussi dans ces régions de la pierre obsidienne , ou bien faut-il chercher le basalte et la pierre obsidienne près de la mer rouge? La ligne d'éruptions basaltiques du Haroutch, sur le bord du désert d'^Afrique, rap * pelle aux géographes les amygdaloïdes huileuses à augites, la phonolithe et la diabase porphyroïde que l'on ne découvre que sur les confins septentrionaux et occidentaux des steppes de Venezuela et d'Arkansas*,

^Humboldt. Relation historique , T. U^ p. i42 Long's. Expédition to the Rocky màuntaine j T. ll> p. 91 et 4o5.

gS CONStlDillATIOIfS

pour ainsi dire sur l'anoienne chaîne du rivage.

f Se Toyant loul à eo«p abandoan^ par U vent «lîsé de

Tejt , peg. 8.

Un phénomène remarquable y mais généralement connu des navigateurs , c'est que y dans les parages voisins de la cdte d'Afrique , entre les îles Canaries et du Gap-Yerd, et particulièrement entre le cap Bojador et Tembouchure du Sénégal y le vent d'ouest se fait sentir au lieu du vent d'est ou alise, qui est général entre les tropiques. La vaste étendue du désert de Sahara est la cause de ce vent. L'air se raréfie au-dessus de cette surface de sable échauffé , et s'élèye en direction perpendiculaire. L'air de la mer se précipite vers la terre pour remplir cet espace raréfié , et produit ainsi , le long de cette

partie de la cote occidentale d'Afrique , un^ yent d'ouest contraire anxnaTires destinés pour l'Amérique. Les marins , sans voir le continent) éprouvent l'efifet du sable qui réfléchit la chaleur rayonnante» La même cause produit le changement des brises de terre et de mer , qui , sur toutes les côtes y sou£Bent alternativement à des inatans déterminés du jour et de la nuit.

Près des iles du Gap-Yerd, la mer est couverte d'une quantité prodigieuse de varec ( fujcus natani). On voit d'autres ama9 de cette plante marine dans des pairages plus au nord-<mest , presque sous le méridien des iles Açores Cuervo et Flores^ entre les ^3* et 35* parallèles nord. Les anciens oonnaisa^ent ces parages , semblables à des prairies. <c Des

lOO CONSIDÉKATIONS

ce navires phéniciens , dit Aiistote * y « poussés par le vent d'est , arrivèrent , ce après une navigation de trente jours y oc dans un endroit où la mer était couverte dc de roseaux et de varec( djsuovxou ^uxo< )»• Quelques personnes pensaient que cette abondance de varec était un phénomène qui prouvait Fancienne existence de l'Atlantide engloutie. Il paraît que du temps

* Âristot. de Mirabilibus ^ p. i iS/. éd. de Duval. Paris.

Dans ce passage important ^ il est question non des tles du Cap-Yerd, mais d'un parage peu profond , situe vers le 54« ou 36« parallèle. « Le Tarée, dit Aristote^ est mis à dëcouyert par le reflux 9 et leflax le recouvre » Ces bas -fonds ont-ils disparu par quelque rëvolution volcanique, ou bien sont-ce les rochers vus au nord de Madère par le capitaine Yphonne? Vojes aussi la Géographie d'EdrUi, p. \5j ëd. de Paris^»

SUR LES STEPPES. lOl

de Qiristophe Colomb ces faits étaient oubliés ; car ses compagnons furent saisis d'e£Broi en voyant si abondante en plantes cette partie de la mer que les Portugais appelaient mar de Sargasse. Les parages couverts de varec aux eilvirons des îles du Gap-Verd sont décrits dans le périple deScylax^. ce La mer, au-delà de Cerne, <c n'est plus navigable à cause de son peu « de profondeur , des marécages et des « varecsu Le varec a une coudée d'épaisoc seur ; son extrémité supérieure est c< pointue et piquante. » Si Cerne , comme le suppose le célèbre antiquaire M. Idier , est Arguin, ce passage du périple de Scylax a rapport aux îles du Cap-Verd.

* Ed. de Gronovius. p. ia6.

103 COlfSIDÉRATlOKS

* Les esssins nomades desTîbbousel des Tonarîks, p. 9.

Ces deux peuples habitent le désert en^ tre le Bomou, le Fezzan et la basse Egypte* Cest Homemann qui, le premier, lésa fait ooDHaitre. Lyon a ensuite donné de pins amples détails sur ces peaples. Les Tibbos on Tibbons errent dans Test, et les Tonariks dans Fouest de la grande mer de sable. L^agililé des premiers leur a fait donner le surnom d'oiseaux. On distingue deux races de Tonariks j celle d'Aghadès et celle de Tagazi. Ils parlent la même langue que les Berbères, et appartiennent incontestablement aux habitans primitifs de la Libye. Ils ofirentun phénomène physiologique bien remarquable j car quelques-unes de leurs tribus sont, suivant la nature du climat, blanches, jaunâtres, ou

sua LES STEPPES. lo3

presque noires ; mais sans avoir les che-* veux crépus ni les traits nègres.

9 La navire du déaeitt, p. lo.

Dans les poésies orientales , le chameau est appelé le navire de terre ou du désert. — Voyez le Voyage de Chardin , T. Il , P* 19^-

^ entre TÂltaï et leTscang-ling , p. 10.

L'énorme groupe de montagnes où , suivant Fexpression commune , le plateau des montagnes de l'Asie qni renferme la petite Boukcharie, le Turkestan, laDsonngarie, le Tibet , le Tangout et le pays des Mong^ Ralka et Œlet^ efit situé entre le 3o* et le 5o^ degré de latitude uord. On se fait une idée Ëiusse de cette partie de l'Asie intérieure qui , pour l'étendue > et

lo4 CONSIDÉRATIONS

même à pea près pour la forme , peut être comparée à la Nouvelle-Hollande, en se la représentant comme une seule massé compacte de montagnes , comme une élévation convexe sur laquelle se développe sans interruption , ainsi que sur les plateaux de Quito et de Mexico y une surface d'environ 160,000 lieues carrées , à une hauteur de 7,000 à 9,000 pieds audessus du niveau de la mer. Déjà, dans mes Recherches sur les montagnes de F Inde septentrionale , j'ai dit que , dans ce sens , il n'existe pas de plateau compacte de montagnes dans l'Asie intérieure. Sans doute, les contrées immenses qui s'étendent entre l'Himalaya et l'Altaï , quand même on les

considérerait comme des plateaux et non comme de simples pentes de montagnes ,

surpassent en hauteur le fameux plateau

de la province de Pastos, situé sur le dos

SUR LES STEPPES. lOJ

de la chaîne des Andes ; mais la géographie des plantes , la vigne et le coton cultivés avec saccès au nord des chaînes de Tsoung-ling et de Koaen-lun , par exemple dans le pays de Hami , entre 36 et ^2 degrés de latitade y et le degré de chaleu* que cette culture exige y démontrent suffisamment que des abaissemens considérables coupent cette masse des montagnes de l'Asie.

M. Jules Klaproth a , par des recherches aussi pénibles qu'instructives y commencé à répandre du jour^sur la situation de ces chaînes de montagnes* Depuis , on voit disparaître des cartes les noms vagues de Moustag et de Moussart (proprement Moussour, mont de glace), qui ne sont réellement que des noms communs y et on voit paraître ces montagnes comme les

représentent les écrivains mantchons et chinois , passionnés pour la géographie et la statistique. Les chaînes sont réellement entrelacées comme nn réseau dans le groupe immense des montagnes de l'Asie intérieure ; des changemens de direction brusques et presque à angle droit , tels qu'on ne les retrouve que dans la partie occidentale de nos Alpes d'Europe , y sont fréquens; néanmoins on reconnaît, dans cet entrelacement multiplié des groupes, quatre grandes lignes que l'on peut représenter comme dirigées de l'est à l'ouest , et de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest* Ce sont :

1* Les monts Himalaya , nommés Hindou-Kouh dans l'ouest; où ils s'abaissent , vers Herat, et dans le Khoraçan; ensuite ils so relèvent dans le Dcmavend, au sud de

la mer Caspienne , et dans l'Aderbaïdjan.

a"" Les monts Tscfung-ling : le Monstag et le Monsart de plusieurs cartes ( ^& de lat.), nommés à l'ouest Kotienrlun ; ibsfètendent au nord du Tibet et du Katsi, au sud de Kfaotan , du lac Lop et du Tourfan.

S"" Les Thian chan , ou Monts Célestes (43* lat.), entre le Tourfan , ou le système intérieur des rivières du lac Lop et le pays des Dsoungars , ou le lac Saïsan. Au norà-est, les Thiàn chan (Alak, Mou* sart et Bogdo des Cartes), se rattadbent aux monts Nomkhoun , au sud-est , aux montagnes du Tangout. Entre ces deux branches, les monts Nomkhoun et les montagnes du TatigoUt , se trouve le bassin de Kjbamil ou Harni , remarquable par

sa chaleur. A cette chaîne des Thian chan appartient le Bogdo oola (montagne Sainte) terminé par trois cimes, couvertes de neiges perpétuelles, et d'après lequel Pallas a donné le nom de Bogdo à toute la chaîne.

4* Le grand et le petit Altaï ( 4? à Sa* delat.), qui s'embranchent avec le Taagnou et le Thian chan , et à l'est se prolonge par l'In-chàn , chaîne très haute qui sépare le désert (Ghamo ou Gobi) du bassin du fleuve Amour.

On ne sait pas encore quelle est la plus haute de ces chaînes de montagnes; car même dans l'Himalaya , partie de llmaus sur l'étendue duquel les anciens ont bâti les systèmes les plus singuliers , les plus hautes cimes n'ont peut-être pas été encore mesurées. Des ambassadeurs anglais

SUK LES STEPPES. lOQ

se sont fait porter en litière à travers l'Inde septentrionale jusqu'au Tibet ; iLsyenaient de Calcutta où l'on peut aisément se procurer des baromètres, et cependant ils ne nous ont rien appris sur l'élévation des plateaux du Tibet. Nous devons donc recevoir avec d'autant plus de reconnaissance les excellentes mesures trigonométriques et barométriques faites depuis vingt ans par des voyageurs anglais tels que MM. G>lebrooke, Webb, Hodgson, Herbert, Gérard et Blake. Il est maintenant hors de doute que diverses cimes de l'Himalaya ont au moins 49O00 pieds français de hauteur de plus que le Chimboraço. On a cru d'après une mesure d'angles exécutée à une grande distance , que le pic Ghamalari , près duquel Tumer passa en allant à Techou-Loumbou, et le pic Dhevalaghiri, au sud deMoustoung, a la source du €k)u-

1 ] O CONSIDÉRATIOnS

dock y ont 4)3go toises * au-dessus du niTeau de la mer* La dëtermioatioii de la hauteur du Dheyalaghiri , donnée par Webb, a même été confirmée par Blake ; toutefois , dans la table des grandes chaînes de montagnes, que l'on trouvera plus bas, j'ai accordé^ pour l'Himalaya, la préférence an Djavahir, 3o* aa' i^' lat., mesuré avec une grande exactitude par Herbert et Hodgson.

* Journal of the royal instUute , 181 1» T. 11^

SUR LBS STEPPES.

Fins

Haatenr 1

CHAINES DE HONTAOHBS.

liauU* cioie*.

moyenne H deccrèle».

toi»e».

loUe».

Himalaya ( entre ht. N. 3oo i^

et 3io 53', et entre long £. de

Paru, 750 a3' et77«3y).

And«« ( entre lat. N. 5« et S. ao ).

Alpes de la Saîsse*.

Pyrénées •«.

Les passages de l'Himalaya , qui con-

* Ludwig von Welden. Z/ber den monts Rosa (i8a4)^p. 39. Monte Rosa 3370 toises, mont Cerrin st5og 'y Finster Aahorn 2206.

** La plus haute cime des Pjrënées est, ainsi qa'on l'a reconnu récemment, le pic d'Anethou ou Malahita, partie orientale de la Malaâetta. D a 4o toises de plus que le Mont-Perda. (Vidal eit Reboal dans les Armales de Chimie et de Physique, T. V,p. 234 ; Charpentier^ Eeecù sur la conatitation géognoetique des Pyrénées (i823), p. 539,

lia CONSIDÉRATIONS

duiâent de THindonstan dans la Tartarie chinoise , ou plutôt dans le Tibet occiden* tal, ont de 2,400 à 2,700 toises d'élévation. Dans la chaîne des Andes , j'ai trouvé le passage d'Assuay, entre Quito et Cuenca, à la Ladera deCadIud, élevé de 2,428 toises. Une grande partie des plaines hautes de l'intérieur de l'Asie serait couverte de neiges et de glaces perpétuelles, si l'action de la chaleur rayonnante , et la forte chaleur du soleil propre au climat continen tal de l'est n'élevait d'une manière surprenante , peut-être à 2,5o'o toises au-dessus du niveau de la mer , les limites des neiges perpétuelles sur la pente septentrionale de l'Himalaya. On dit qu'on y a trouvé, même à a, 334 toises, des pâturages et des champs cultivés , tandis que sur la pente méridionale de la chaîne , la limite des neiges perpétuelles descend jus-

SUR LES STEPPES. Il3

qu'à i^goo toises. Sans cette distribution remarqpable de la chaleur dans les couches supérieures de Fair , les hautes plaines du Tibet occidental ne pourraient être habitées par des millions d'hommes ^.

** Unis race de pasteurs basanés, les Hiougnou , p. i3.

Les Hiong nou, que De Guignes et plusieurs autres auteurs croient être les Huns, habitaient l'immense contrée de la Tartane qui confine à l'est à Uo-leang-ho , le territoire actuel des Mantchous, au sud à la muraille de la Chine , à l'ouest à U-siun, et au nord au pays des Eleuths. Les Huns septentrionaux , pasteurs grossiers qui ne

* Humboldt , Prenùer Mémoire sur les MontOr^ gnes de PInde, dans les Annales de Chimie, T. IIT^ p. 297. Second Mémoire, T. XIX, p. 5i. Klaprolh, Aeia Poly^tta, p. 147, 2o5^ a 10. Quarterly re-^ view, n» 44 (i8ao), p. 4i5-43o.

1 14 COMSIDÉRATIOiyS

connaissaient pa« l'agriculture, étaient d'un bma foncé ; les HioBg non ou Haïatelah plus méridionaux, sont les nations des Euthalites ou Nephtalites , dont il est souvent fait mention dans les écrivains byzantins ; ils habitaient sur les côtes orientales de la mer Caspienne , et avaient le visage assez blanc. Us exerçaient l'agriculture et demeuraient dans des villes. On

les appelle souvent Huns blancs , et dUerbelot dit que ce sont des Indo-Sc3rthes. Sur Pounou, chef ou tanju des Huns, et sur Fextréme sécheresse et la famine qui eurent lieu l'an 46 après J.-G. , et qui occasionèrent la migration d'une partie de la nation , vers le Nord , voyez De Guignes, Hist. des Huns y T. 1, ch. 3, p* i3, ia3, 223, 447*

Toutes ces notions sur les Hiongnoa^

SUR LSS STEPPES. I]5

tirées 4n même ouvrage , ont été récemment soiuoises par M. Klaproth à an exa- ' men sévère. U résulte du travail 4e ce savant que les Hiongnoa appartiennent aux nombreuses tribus turques des monts Altaï et Taugnou qui se sont répandues* si loin* Dans le troisième siècle avant l'ère chrétienne, le nomdeHiongnon était ladénomination conmiune donnée aux Ti ou Turcs y dans le nord et le nord-ouest de la Chine. Les Hiongnou méridionaux se soumirent aux Chinois, et , conjointement avec eux, détruisirent le* royaume des Hiongnou du nord. Ceux-ci furent forcés de fuir à Fouest, fuite qui semble avoir donné la première impulsion à la migration des peuples de l'Asie centrale *. Les

* Klaproth, jisia Pofyglotta, p. ai i .— Tableaux historiques de l*jâsie, p. 109.

Il6 CONSIDÉRATIOMS

Hqds , que l'on a long- temps confondus avec les Hiongnon, de même que les Onigonr arec les Ougours et les Oungres , appartiennent, suivant M. Klaproth, à laÊemille Onralienne connue sous le nom de Finoisj famillequise mêla fréquemment avec les Germains , les Turcs et les Samoïèdes.

*• Poiai depterref taillées, p. i5.

Sur les bords de TOrénoque, près de Gaicara , où la contrée boisée confine à la plaine , nou^ avons effectivement trouvé des figures du soleil et d'animaux gravées sur les rochers ; mais dans les llanos , on n'a pas découvert de vestige de ces monumens grossiers d'anciens habitans. On doit regretter de n'avoir obtenu aucun rensei-

* -^«wi Polygloua, p. iSJ-iSg.

StJlL LES STEPPES. II7

gnement satisfaisant sur un monument qu'on avait envoyé en France au comte de Maurepas , et qui ^ selon le récit de Kalm * , avait été trouvé par M. de Verandrier dans les savanes du Canada , à 900 lieues à l'ouest de Montréal , dans une expédition aux côtes du grand Océan. Ce voyageur rencontra au milieu de la plaine des masses prodigieuses de pierre ,. élevées par la noain des hommes ; sur l'^ne d'elles on vit quelque chose qu'on prit pour une inscription tartare^^. Comment un monument aussi intéressant n'a-t^il pas été exa« miné? Devait-on y voir réellement des

* Voyage de Kalm,— T. lU.— p.4i6 de la irad action allemande.

** Archœologia or missellaneous tracts published hy the society ofantiquariana ofijondon, T. YUI^ p. 3o4.

Il8 CONSIDÉRATtOMS

lettres, oa bien un tableau historique, comme ce qu'on a appelé l'inscription phénicienne trouvée sur les rives du Taunton-river, dont 0>urt de Gebelîn * a donné la gravure et l'explication ? Je pense que très probablement des peuples civilisés ont jadis parcouru cette plaine ; des tertres tumulaires de forme pyramidale et des remparts d'une longueur extraordiiiaire , que l'on trouve entre les monts Rocky et les Alleghani semblent donner la preuve de la marche de ces peuples**. Verandrier

* Court de Gebelio, MojuU primitif, T. Y II, p« ^7*^9» et 561-667.

NotaAl appelle constamment la riTiëre/ottTw/o/».

^ J'ai rassemble récemment beaucoup de faits qui ont rapport à ces traces de civilisation ancienne des peuples de l'Âmërique septentrionale ^ c'étaient peut-être des Aztèques. Relalion JUatorique, T. III, p. 1 55. •

SDE LES STEPPES. lig

fut expédié par le chevalier de Beaoharncis y gouverûeur-général da Canada , à peu prés vers l'an 1746. Plusieurs jésuites de Québec assurèrent à Ralm qu'ils avaient tenu l'inscription dans leurs mains^ elle était gravée sur une petite tablette que l'on avait trouvée fixée dans un pilier sculpté* J'ai engagé plusieurs de mes amis en France à faire des recherches pour découvrir ce monument , dans le cas où il aurait existé dans la collection de M. de Bfaurepas. M. de Yerandrier prétendait aussi avt>ir découvert, dans les savanes du Canada occidental , durant des journées entières, de longues traces de sillons de <^iTEe ; d'autres voyageurs avant lui disaient avx)ir remarqué la même chose.

Mais la charrue était un instrument entièrement inconnu au£ habitans primitifs de l'Âm^que ; de plus le manque de bes*

1 aO CO N 8IDÉRATIOKS

tiaox et le vaste espace qae ces sillons oc-* capent dans la savane , me font conjecta* rér que c'est par le mouvement d'ane grande masse d'eaa que la surface du sol a pris l'aspect singulier d'un champ labouré«

>' Gomme an bras de mer , p* i6

La grande steppe, qui s'étend de l'est à l'ouest, depuis l'embouchure de l'Orénoque, jusqu'aux montagnes de Mérida couvertes de neige , tourne au sud sous le huitième parallèle, et remplit l'espace situé entre la pente ^orientale des monts élevés de Nueva-^Granada , et les rives de l'Orénoque qui , dans cet endroit , coule au nord. Cette partie des Uanos , arrosée par le Meta, le Yichada, le Zama et le Guaviare , unit le bassin de l'Amazone avec celui de l'Orénoque* Dans les colonies espagnoles, on appelle paramo toutes les

SVR LES STEraES. 1^1

montagnes qui s'élèvent depuis i^Soo jusqu'à :i,aoo toises au-dessus du niveau de la mer , et dont le climat est dur et inhospitalier. Chaque jour voit tomber de la neige et de la grêle y durant des heures entières , sur le haut àesparamos. Les arbres 7 sont rabougris et étendus en éventail ; mais leurs branches noueuses sont ornées d'un feuillage frais et toujours vert ; la plupart ont un aspect qui rappelle celui du laurier et du myrthe. Uescalloma tu^ haTy XescaUonia myrUlldides, les freziera et notre myrtus microphylla * , peuvent donner une idée de cette physionomie de plantes. Au sud de Santa-Fe de Bogota, on trouve le fsuneux paramo de la summa Fqz, groupe isolé de montagnes où , sni-

^ H umboldt ^ et Bon p la nd ^ Plantes équinoxiales, T. I, p. 19.

123 GQNSnyÉRATIOlf S

vant la tradition des indigènes 9 il y a de grands trésors cachés. De ce paramo sort un ruisseau qui, dans le rayin d'Ycononzo, roule en écumant sous «n pont natm«l très remarquable.

>* On M Ikimt pas attentioik toi cbalnoiu , p. i6«

L'espace immense qui s'étend de la côte orientale de l'Amérique du Sud jusqu'à la pente orientale des Andes, est létréci par deux niasses de montagnes qui séparent les unes des autres les trois plaines ou bassins de l'Orénoque inférieur , de l'Amasone et du Rio de la Plata. La plus septentrional^ de ces deux masses , le groupe de la Pa-*rime est situé vis à vis des Andes de Cundinamarca, qui s'étendent beaucoup à l'est ; et entre 68 et 70 degrés de longitude , atteint une grande hauteur. La chaîne étroite de

SUR LBS 8TB»BS« 133

Pàcarayma la réànit aux collines granitiques de la Gniane française. La carte dé la G>lumbia , que j'ai tracée d'après des observations astronomiques , représente fidèlement cette jonction. Les Caraïbes qui, des missions de Carony, se rendent aux plaines du Rio Branco , et jusqu'à celles des frontières du Brésil , franchissent dans ce voyage les dos^ de Pacarayma et de Quitniropaca. La seconde masse de miontagnes qui sépare le bassin de l'Amazone de celui du Rio de la Plata est le grooipe du BrésiL. Dans la ptovinoe de Ghiquitos , à l'ouest de la ligne des collines de Parexis^ il <ae rapproche du conttefinrt .des Andes de Santa-Gnus de la Siierra^ Le gtoupie de la Panme^ qui prodtiit les gl'andes cataractes de rOréncquC) ni le groupe des montagnes du Br^l ne âe rattachant immédiatement à la chaîne des Andes , il en

résulte que les plaines de Yenezuella tiennent immédiatement à celles de la Patagonie ( Esquisse dun tableau géognos^ tique de r Amérique méridionale, dans le T. m de ma Relation historique ^ p. 188-224).

^ ï^ti hordes de chteas devenus saavac^es, p. 17.

Dans les savannes ou Pampas de Buenos-Ayres , les chiens d'Europe sont deve* nus sauvages. Ils vivent en société dans des trous où leurs petits se cachent. Si la société devient trop nombreuse, quelques familles la quittent et fondent une nouvelle colonie. Le chien d'Europe , devenu sauvage , aboie aussi fort que le chien indigène de l'Amérique. Garcillasso rapporte qu'avant l'arrivée des Espagnols, les Péruviens avaient l'espèce de chien

SDR LES STEPPES. m5

appelée perros gotques^ Il donne an chien indigène le nom à^allco. Poor distingner ces deux animanxdans la langue des Qqnichuas , on appelle le dernier run allco , chien indien. Ce run allco parait n'être qn'une simple variété du chien de berger. Il est plus petit , a le poil long avec des taches blanches et brunes., et les oreilles droites et pointues. Il aboie beaucoup y mais il ne mord que très rarement. L'inca Pachacutec, dans une de ses guerres religieuses , ayant vaincu les Indiens de Xauxa et de Huanca , et les ayant conver-* tis par violence au culte du soleil , trouva établi chez eux le culte des chiens. Les prêtres faisaient une sorte de cor avec le crâne du chien. Les fidèles mangeaient en substance la divinité du chien *. Lors des

* Commentarios reaies, T. I^ p, io4.

120 OO1ISI0ÉBATION8

éclipses de lune , les chiens du Pérou jouaient leur rôle : on les battait jusqu'à ce que Téclipse fÙt' finie. Le seul chien muet y mais entièrement muet , était le techichi du Mexique^ variété du chien commun appelé chichi. Peut-être le mot techichi Tient-il du mot radical de la langue asstèque techicMaliztUj attendre ou guet* ter l'ennemi. Les habitans, ainsi que les Tatares , se nourrissaient de ce chien muet. Cet aliment était si nécessaire aux Espagnols mêmes,- avant l'introduction des bestiaux, que peu à peu toute la race en fut détruite *. BuGfon confond le techichi avec le coupara de la Guyane^^. Ce dernier est identique avec Vursus cancrivorua y ou l'aguara - guazu mangeur de

* Clayigero. Storia diMsssico , T. I, p, 7$. ** Buffon , T, XV, p. i53.

SUR LES STEPKS. 127

moules, d^ la côte des Patagons K Linné , au oontxaire , confond le chien muet ayec Fitzcuinte-potzoli y espèce de chien encore asse? imparfsdtenient décrite , et qui se dis^ tingue par une queue courte, une tète très petite et une grosse bosse sur le dos. Ce qui m'a extrêmement surpris en Amérique , et surtout à Qaito et au Pérou , c'est le grand nombre de chiens noirs sans poil que Bu£fon appelle chiens turcs ^^# Cette variété y est très commune ; mais , en généca^ , très méprisée et très maltraitée» Ces chiens existaient -s^s dans le Nouveau- Monde avant sii découverte par les Euro-* péens? Les Portutfais les y ont-ils apportés d^^ , ^^ d W prod^ de cette contrée? ou bien est-ce Tinfluence

* Âzara sur les quadrupèdes du Paraguay , T. I, p. 3t5. ,

** Canis uEgyptius, Lionan.

ia8 COff^IDÉRATIOHS

du clintiat qui a créé cette yarîété dans le nouveau continent ? Cette dernière conjecture est à peu près invraisemblable ; car tous les chiens d'Europe se propagent très bien en Amérique, et si Ton n'y trouve pas d'aussi jolis chiens y cela tient au peu de soin qu'on en prend , et peut-être aussi à ce qu'on n'y a pas introduit les plus belles variétés , telles que les levrettes et les danois mouchetés. Dans les colonies espagnoles , on regarde le chien sans poil comme venant de la Chine ) on l'appelle perro chinesco ou chino^ et on croit que la race en a été apportée de Canton ou de Manille. Un animal indigène du Mexique était le loup appelé xaloitzcuintli , très grand y entièrement dénué de poils , et ressemblant au chien. M. Barton * trouve

^ Smîih's Barton's Fragments oftke natural his^ tory of Pensylvania , T. 1 , p. 54.

une ressemblance frappante entre tous les noms qui , dans l'ancien et le nouveau continent, désignent le chien. Le mot latin canis a une analogie complète avec le me^ kannèàes Onanaumih, nation canadienne, et avec le hannang des Samoyèdes asiatiques. Il y ayait aussi des chiens euro^ péens devenus sauvages dans les îles de Cuba et de Saint-Domingue , quand elles furent conquises par les Espagnols *.

Dans les savanes entre le Meta, FArauca et l'Apuré , on a mangé , jusque dans le seizième siècle , des chiens çiuets {perros mudos) ; les indigènes les nommaient ma^ jos ou curies , suivant Alphonse de Herrera qui , en i535 , fit une expédition à rOrénoque. M. Giseke , voyageur très

* Garcilasso, T. p. 326,

1 3o GOlfSIDtRATIOirS

instruit , a trouvé la même variété de chien au Grœnland. Les chiens des Eskimaux vivent constamment en plein air; ils se creusent y pour la nuit , des trous dans la peige, et hurlent comme les loups. Au Mexique , on châtrait les chiens afin qu'ib devinssent pluâ gras et plus savoureux.

Sur les limites de la province de Durango^ et plus au nord sur les rives du lac de FEs* clave , les indigènes chargent leurs tentes de peau de bison sur de grands chiens ^ lorsqu'au changement de saison ils se transportent d'un lieu à un autre. Tous ces traits rappellent la vie des peuples de l'Asie orientale. ( Humbpldt, Essai po* * litique sur la Nouvelle -^Espagne , T. 11^ pag. 4^ 9 Relation historique , 'T* Il > p. 625).

SU& LES STEPPES* . l3l

i<> Des cMues moltSpUcea et en partie encore peu développées , p. i8.

JTai essayé de rassembler dans no ta-^ . blean les nombreo^es causes de Fhamiditè et du moindre degré de chaleur de FAmérique* On comprend bien qu'il n'est ici cpestion que de la constitution hygrosco" pique de Pair en général , ainsi que de la température de tout 19 nouveau continent. Quelques contrées , par exemple l'île de la Marguerite , les côtes de Cumana et de Coro, sont aussi chaudes et aussi arides qu'aucune partie de l'Afrique. Le maximum de la chaleur, Ursque l'on prend un grand nombre d'années se trouve presque égal y sous tous les parallèles du monde, sur les bords de la Neva, du Sénégal , du Gange et de l'Orénoque , c'est-à-dire qu'il est toujours entre le 3o" et

l3a CONSIDERATIONS

le 32" degré de Réanmur. Il ne s'élève pas plus haut , si Ton fait les oLserrations à rombre , loin de tout corps solide qui réfléchit la chaleur y et non dans un air rempli d'une poussière échauffée , ou de grains de sable , ni avec un thermomètre à l'esprit de vin qui absorbe la lumière. La température moyenne des régions du tropique ou du climat des palmiers, est entre 21 et a a degrés 7 de Héaumur , et l'on ne remarque pas de différence entre les observations recueillies au Sénégal , à Pondichéri et à Surinam^.

La grande fraîcheur , l'on pourrait mé-* me dire le froid qui règne presque toute l'année le long de la côte du Pérou sous le

Humbol Ji , Mémoire sur les lignes isothermes (1817), p. 54.

SUR LES STEPPES. l33

tropique, et qui fait baisser le thermomètre à 10 degrés, n'est nullement, comme j'espère pouvoir le démontrer , un effet du voisinage des montagnes couvertes de neige j mais est due plutôt à ce brouillard (guara) qui voile le disque du soleil , et à ce courant très froid d'eau de mer qui se porte avec impétuosité vers le nord , depuis le détroit de Magellan jusqu'au cap de Farina. Sur la côte de Lima , la tem-pèrature du grand Océan est à la^'yS; tandis que, sous le même parallèle, mais hors du courant, elle est à 2i<>. Il est singulier qu'un fait aussi surprenant n'ait paa encore été renoiarqué.

■7 L* Amérique. est sortie plus tard de TenTcloppe aquat^ue

da chaos, p. ai.

Un naturaUfite très ingénieux, M* Smith;

l34 COUSIDÊRATIONS

Barton ^, a déjà dit avec beaucoup de jus**

tease : <c Je ne puis considérer que comme

« puérile et nullement prouvée par l'évi- « dence naturelle , la supposition qu'une a grande partie de rAmérique est sortie <c du sein des eaux plus tard que les au-^ <c très continens. d Qu'on me permette de citer aussi un passage d'un mémoire que j'ai composé sur les peuples primitifs de l'Amérique **. « Des écrivains justement cabres ont trop souvent répété que l'Amérique est , dans toute l^étendue du mot, un continent nouveau* Cette richesse de végétation, cette masse de fleuves immenses, ces grands volcans toujours en fermentation , annoncent , disent-ils , que

* Fragmenta oftha naturcd history ofPensyha^ nia, T. I, p. 4.

*♦ Burlinêr Monatschrift, T. XV, p. 190.

SUR LES STEPPES. l35

la terre , sans cesse tremMante et non entièrement séchée, y est moins éloignée de l'état primitif du chaos que dans l'an* cien continent. Long-temps avant mon voyage, des idées semblables m'ont para aussi peu philosophiques qu'opposées aux lois de laP physique généralement con-

nues. Ces images de jeunesse et de désordre , ainsi que d'une sécheresse et d'un manque progressif de vigueur de la tetre viellissante , ne peuvent naître que chea ceux qui s'amusent à saisir des contrastes entre les deux hémi^^ères , et n'embrassent pas d'un coup-d'œil général la constitution de notre planète. Dira-t-on que la partie sud de l'Italie est un pays plus nouveau que la Lombardie^ parce qu'elle est presque continuellement trou^ blée par des tremblemens de terre et des éruptions volcaniques? I^aillturs, que nos

l36 CONSIDÉRATIONS

votcans et nos tremblemens de terre actuels sont de petits phénomènes auprès de ces révolutions de la nature que le géologue doit supposer , avoir eu lieu aux jours de la dissolution et du refroidissement des masses qui ont formé les montagnes, quand la terre était encore à l'état de chaos! Des causes différentes doivent , dans des climats éloignés , faire varier les effets de l'énergie de la nature. Dans le Nouveau-Monde, les volcans, au nombre de cinquante-quatre, ont dû peut-être brûler plus long-temps , parce que la chaîne des montagnes élevées où ils sont situés est plus près de la mer , et parce que ce voisinage et la neige éternelle qui les couvre paraissent modifier d'une manière encore peu appréciée l'énergie du feu souterrain. Les tremblemens de terre et les éruptions y agissent

SUR LES STEPPES. iSj

périodiquement. Présentement le désordre physique et la tranquillité politique régnent dans le nouveau continent , tandis que , dans l'ancien , les discordes des peuples forcent à chercher du rçpos au sein de la nature. Peut-être viendra-t-il un temps où une partie du monde prendra la place de Uautre'dans ce singulier contraste entre rénergiephysiqueetrénergie morale*. Les volcans se reposent pendant des siècles , avant de se rallumer de nouveau. L'opinion suivant laquelle, dans les régions plus anciennes, il doit régner une certaine paix dans la nature, n'est fondée que sur un jeu

de notre imagination. Un côté de notre planète ne peut pas être plus vieux ou plus jeune que l'autre. Les îles produites par des volcans , telles que les Açores , ou for-

* EcriLdansrauloainede i8o5.

l38 CONSIDÉRATIONS

mées peu à peu par les môUowpieB du co^ rail y comme plusiears îles du grand Océan , sont, en général, plus récentes que les masses de granit de la chaîne du centre de l'Europe. Un^^oontrée peu étendue, comme la Bohême et plusieurs vallées de la lune , entourées circulairement par des mon* tagnes, peut rester long^temps couverte d*eau par suite d'inondations partielles , et f<»iner un lac. Après qu'il se serait entièment écoulé, on pourrait, par métaphore, donner le nom de terrain de nouvelle origine à celui-ci où les végétaux s'établiraient par degrés. Mais une enveloppe aquatique, telle que le géologue se la représente à l'époque de la formation des montagnes secondaires , ne peut , d'après les lois de Thjrdrostatique, se supposer que comme existant à la fois dans toutes les parties du monde et dans tous les climats. La mer

SDE I.CS STEPPES. iS^

ne peut pas séjoiicner sur les plaines im^ mensesde l'Orénoque et de TAmazoïie, sans ravager en même temps les pays situés autour de la mer Baltique. L'enchain^ment et l'identité des couches secondaires près de Caracas , dans la Thuringe et la basse Egypte, prouvent , conune je le dé* veloppe dans mon Tableau géologique de l'Amérique méridionale , que cette grande opération de la nature s'est faite a la même époque sur toute la terre. »

^* Est pliu frais et plus bamide , p. 3:1.

Le Qiili , Buenos* Ayres , la partie mé* ridionale du Brésil et le Pérou , tiennent , du peu de l'argeur du continent qui va en se rétrécissant vers le sud y un climat semblable à celui d'une île, c'est-à-dire des étés frais , et des hivers doux. Ces avan-

l4o CONSIDÉRATIONS

tages de rhémisphère austral se font sentir jusqu'au 40** parallèle sud ; mais au-delà ce n'est plus qu'un désert inhospitalier. Le détroit de Magellan est situé par les 5^ et 54* parallèles ; toutefois dans les mois de décembre et de janvier , où le soleil est dix-huit heures sur l'horizon , le thermo* mètre ne s'y élève qu'à quatre degrés. Le soleil éclaire tous les jours la plaine , et la plus grande chaleur que M. Ghurruca y ait observée en décembre 1788, c'est-àdire en été, n'allait pas au-delà de neuf degrés. Le cap Pilar , dont les rochers escarpés n'oDt que 218 toises de haut, et qui forme au sud l'extrémité de la chaîne des Andes , a presque le même degré de latitude que Berlin ^.

* Relacion del viage al estrecho de Magellanes^ a[>|)enJice 1793, p, '/G,

SUR LES STEPPES* l4t

^9 D'une seale ner de sable contînae , p. 33.

Si l'on peut considérer ces bniyères toujours pressées en groupes , qui se prolongent depuis l'embouchure de l'Escaut jusqu'à l'Elbe , et depuis la pointe de Jutland jusqu'aux montagnes du Harz , comme une phalange continue de plantes, on peut suivre, aussi comme une mér ces sables qui s'étendent à travers l'Afrique et l'Asie, depuis le cap Blanc jusqu'au-delà de llndus , dans une étendue de plus de quatorze cents lieues. Ainsi qu'un bras de mer desséché , la région sablonneuse d'Hérodote , appelée par les Arabes désert du Sahara , traverse l'Afrique entière , entre le i8* et le 25^ parallèle boréal • Sa plus grande largeur du nord au sud est entre Maroc et le cours moyen du Niger. Cest au contraire

14^ CONSIDÉlUTlOIld

entre Tripoli et Cacbena que le désert est le pins étroit , et qu'il est le plus fréquemment coupé par des cantons riches en sources. La vallée du Nil est à l'est la li mite du désert de Libye.

Aunlelà de l'isthme de Suez y au-delà des rochers de porphyre , de syènite et de diabase dumont^ Sinaï^ commence le pUr teau désert de Nedjed y qui occupe toute la

* Les moines de cette mottUgne montrent en* core aujourd'hui aux étranger» les tables de la loi de Moïse. M. Rosier, qui a fait partie de Texpcdilion française en Egypte , possède des morceaux de ces tables , qui sont de syënite abondante en amphibole* Cette syënite parait être posëe sm* ce qu'on appelle du porphyre ampbiboiique. Plus ûTant dans la plaine , on trouve du schiste argileux de transition de la grauwacke , et un conglomcret très ancien dans lequel sont enchâssées des masses de granit r t <le porphyre. Cette bréclie cUit très es-

SUR LES STBPPKS. l43

partie intérieure de l'Arabie, et qui est borné à Fonest et au sad par les pays fer* tiles et plus henreax de llledjaas et de rHadramaut , situés le long des côtes. L'Eu* pbrate termine à l'est les déserts d'Arabie et de Syrie. Des sables immenses coupent tonte la Perse *y depuis la mer Caspienne jusqu'à celle des Indes, et comprennent aussi les déserts du Kerman , du Seïstan , du Beloutcbistan et du Mekran , abondans en sel et en kali. L'Indua sépare le dernier

^MB

tîméeparles sculpteurs anciens. Notre digne compatriote Burkhardt a aussi examiné le porphyre trappéen duSinaï; mais sa description géognostique est confuse et vague..

* La lavgue persane a divers mots pour «liatiiit* guer la nature des plaines : Decht signifie plaine en général (llano), par opposition aux plaines des montagnes \ mergran, pelouse ; besabun, désert , plaine aride et nue.

i44 CONSIDÉRATIONS

désert de celui de Moultan j arrosé par llndns. La surface occupée par toutes ces mers de sable , depuis la côte occidentale de TAfrique, jusqu'à Djesselmir et Djôdpour, dans l'Inde, me paraît être de plus de ii3yOoo lieues carrées , en faisant abstraction des cantons fertiles ou oasis.

*o La partie ocâdentale de TAtlai, p. 33.

La question relative à la position de l'Atlas des anciens , a souvent été agitée de nos jours. En faisant cette recherche , on confond les anciennes traditions phéniciennes, avec ce que. les Grecs et les Romains ont débité sur TAtlas à une époque moins reculée. M. Ideler, qni réunit la connaissance approfondie des langues à celle de l'astronomie et des mathématiques, a le premier débrouillé ces notions

conflues- J'espère qu'on me permettra d'insérer ici ce qu'un savant aussi éclairé m'a communiqué sur ce sujet important.

« Dès le premier âge du monde, les Phéniciens se hasardèrent à passer le détroit de Gibraltar. Ils fondèrent, sur les côtes de l'Océan Atlantique , en Espagne, Gades et Tartessus ; en Mauritanie Lixus et plusieurs autres villes. De ces établisse* mens ils naviguaient au nord jusqu'aux îles Cassitérides, d'où ils tiraient de Pétain, et jusqu'aux côtes de Prusse où ils trouvaient de l'ambre. Dans le sud ils s'avançaient au-delà de Madère jusqu'aux îles duCap- Verd. Ils fréquentaient surtout l'Archipel des Canaries. Là, ils fiirent surpris à la vue du pic de Ténériffe, dont la hauteur déjà très considérable paraît encore plus grande, parce qu'il s'élance immédiate-

l46 CONSIDÉRATIOIIS

ment de la surface de la mer. Les colonies qu'ils envoyèrent en Grèce, et surtout celle qui, conduite par Gadmus, aborda en Béotie , portèrent dans ces contrées la connaissance de cette montagne élevée au-dessus de la région des nuages. Elles y firent connaître les îles fortunées que ce pic domine , et qu'embellissent des fruits de toutes sortes , enti^autres des pommes d'or (oranges). Cette tradition se propagea en Grèce par les chants des poètes, et arriva jusqu'au temps d'Homère. Son Atlas connaît. les profondeurs de la mer ; il porte les grandes colonnes qui séparent la terre du ciel *• Les Champs- Elysées ** sont dépeints comme une terre

* Odyssée, 1. 1, v. 52.

** Iliade, I. IV, v. 56i. Le mot esl d'origine

phéoicieDDe , et signifie séjour de joie^

enchanteresse située dans Fouest* Hésiode parle de FAtlas à peu près de la même ma« nière , et dit qu'il est voisin des nymphes Hespérides '^^ Il nomme île des bienheureux les Champs-Elysées , qu'il place aux extrémités de la terre, à l'occident *** Des poètes moins anciens ont embelli et orné les fables d'Atlas^ des Hespérides , de leurs pommes d'or , et des îles des bienheureux qui sont le séjour des hommes justes après leur mort. Ils ont aussi réuni les expéditions de Mélicertes, dieu du commerce chez les Tyriens , et celles de l'Hercule grec. Ce ne fut que très tard que les Grecs commencèrent à rivaliser dans la navigation avec les Carthaginois et les Phé-

* Théogonie j 1. V, v. 617.

** Opéra et Vies, v. 167.

l48 COECSIDÉltATIONS

niciens. Us visitèrent à la vérité les côtes de la mer atlantique , mais il ne paraît pas qvi'ûs s'y soient avancés bien loin. Il est douteux qu'ils aient vu le pic de TénériSe et les lies Canaries ; car ils pensaient qu'il fallaitchercher, sur la côte occidentale de l'Afrique j l'Atlas que leurs poètes et leurs traditions leur avoient représenté comme une montagne très élevée , et située à l'extrémité occidentale de la terre. Cest aussi là que le transposèrent Strabon, Ptolémée et les autres géographes. Mais, comme on ne trouve dans le nord-ouest de l'Afrique aucune montagne d'une hauteur remarquable y on fut très embarrassé pour connaître la véritable position de l'Atlas. On le chercha tantôt sur la côte , tantôt dans l'intérieur du pays , tantôt dans le voisinage de la mer Méditerranée , tantôt plus au sud. Au premier siècle de notre

SUR LES STEPPES. l49

ère y époqae à laquelle les Romains portèrent leurs armes dans l'intérieur de la Mauritanie et de la Numidie , on prit l'ha* bitude de donner le.ppm d'Atlas à la chaîne de montagnes qui , au nord de l'Afrique , s'étend de l'esf à l'ouest dans une direction à peu près parallèle à celle des c6tes de la Méditerranée. Cependant y Pline et Solin sentaient bien que les descriptions de l'Atlas , faites par les poètes grecs et romains, ne convenaient pas à cette chaîne de montagnes. Ils pensèrent donc qu'il fallait placer dans la terre inconnue du milieu de l'Afrique ce pic dont ils faisaient un tableau si agréable d'après les traditions poétiques. Mais l'Atlas d'Homère et d'Hésiode ne peut être que le pic de Ténériffe^ tandis que c'est dans le nord de l'Afrique qu'il faut chercher l'Atlas des géographes grecs ou romains. »

l5o COirSIDÉaA.TIONS

J'ose ajouter quelques remarques a ces éclaircissemens instructifs de M. Ideler. Suivant Pline et Solin , T Atlas s'élève du milieu d'une plaine c^^ble ( e medio arenarum). Des éléphans, que certainement on n'a jamais connus à Ténériffe , paissent sur se:s flancs. Ce qu'aujourd'hui on désigne par le nom d'Atlas est une longue chaîne de montagnes. Ck>mment se fit-il que les Romainscrurentreconnaitre danscettechaîne le pic isolé dont Hérodote avait parlé? La cause n'en serait-elle pas dans cette illuf^ion d'optique d'après laquelle une .chaîne de montagnes , vue de profil dans le sens de sa longueur, paraît un pic rétréci? Etant en mer , j'ai souvent pris des chaînes prolongées pour des montagnes isolées. Selon Hoest, l'Atlas, près de Maroc, est ton* jours couvert de neiges. Par conséquent , sa hauteur, en cet endroit, doit être

SUR LES STEPPES. l5l

de plus de 1,800 toises. Une chose qui me semble également remarqaable y c'est que, suivant Pline, les Barbares ou les anciens Mauritaniens appelaient l'Atlas , Djrris. Aujourd'hui encore , la chaîne de FAtlas porte, chez les Arabes, le nom de Varan , mot qui a les mêmes consonnes que Dyris. Homius * croit , au contraire, reconnaître le mot Dyrisdans Aya-Dyrma^ nom guanche du pic de Ténéri£Fe.

** Les Monts de k Lone «> Al-komri « p. a4*

Les mostagnes de la Lune , de Ptolémée^ ou l'Al«komri d'Aboulfèda, sont représentées sur les cartes de Rennel et d'Arrowsmith comme une chaîne énorme,

^ Homius^ De Originîbus Americanorum ,

non interrompue et parallèle à l'équateur. Leur existence est certaine , mais leur étendue et leur direction sont encore trop problématiques pour les tracer d'une manière aussi positive qu'ont hasardé de le faire les deux géographes auglâiîs. L' Abyssynie est un plateau très élevé coname la province de Quito ; et , s'il faut s'en rapporter aux mesures que Bruce dit avoir prises avec le baromètre j les sources du Nil bleu (vert) sont élevées de i,654 toises au-dessus du niveau de la mer. Un fait digne d attention , c'est que Meroe , cet étal où les hommes furent civilisés à une époque si reculée , n'était pas éloigné de ces pays montueux. Ainsi , en Afrique comme dans le nouveau continent , c'est sur les montagnes ou dans leurs environs qu'habitèrent les premiers peuples civilisés.

SUR LCS STEPPES. l53

** Un eflet de ce icmonj , p, a6«

Dans la partie septentrionale de l'Océan Atlantique , entre l'Europe^, l'^friqae dn nord et le continent du Nouveau-Monde, les eau;x sont poussées par un courant qui, revenant sur lui-même, forme un vérir table remous. Entre les tropiques, le courant général, qu'on pourrait appeler le courant de rotation , suit , comme le vent alise , la direction d'orient en occident. Il accélère la marche des navires qui vo*guent des Canaries à l'Amérique méridionale. Il rend presque impossible la traversée en ligne directe de Carthagèna de Indias à Cumana , traversée dans laquelle il faut vaincre le courant. Le nouveau continent , à partir de l'isthme de Panama jusqu'à la partie septentrionale du

l54 CONSIDéRATIONS

qae , forme une digue qui arrête le mouvement de la mer vers l'occident* Depuis Veragua, le courant est donc forcé de changer sa direction pour suivre celle du nord j et 4^ sc^.pUer à toutes les sinuosités des cdtes de G>sta-rica , de Mosquitos , de Campéche et de Tabasco. Les eaux qui entrent dans le golfe du Mexique par Fou-» rerture qui se trouve entre le cap Catoche et File de Cuba , après avoir éprouvé un grand remous partiel entre la Yera-Gmz ^ Tamiagua, l'embouchure du Rio Brava del norte et la Louisiane, retournent dans FOcéan par le canal de Bahama. Elles y forment ce que les marins appellent le courant du golfe y qui est comme un tor^ rent d'eaux chaudes qui courent avec une grande vitesse et qui s'éloignent insensi^ blement de la oftte de l'Amérique septen** Irionale en suivant unedirectiondiagonale*

S0R LES STEPPES. l55

Lorsque les navires qui viennent d'Europe et sont destinés pour cette edte, ne sont pas sûrs de la longitude où ils se trouvent ; ils peuvent s'orienter dès qu'ils ont atteint le courant du golfe , dont la position a été exactement déterminée par Franklin , Williams et Po-wnall. Depuis le 4i* parallie, ce long courant d'eaux chaudes se dirige vers l'est en diminuant peu à peu de vitesse et en augmentant de laivgeur. Avant d'arriver- aux plus occidentales des Açores , il se partage en deux bras , dont , au moins à certaines époques de l'année, l'un se porte sur l'Islande et la Norvège , et l'autre sur les îles Canaries et les côtes occidentales de l'Afrique. Ce remous de l'Océan atlantique, dont je traite amplement dans le premier volume de mon voyage aux régions équinoxiales, explique clairement pourquoi, malgré les vents

l56 CONSIDÉRATIONS

alises y des troncs de cedrela odorata sont poussés des côtes de rAméricpie méridionale et des Antilles sur celles de Ténériffe* Dans le voisinage du banc de Terre^ Neuve , j'ai fait plusieurs expériences sur la température du courant du golfe. Il charrie avec une grande rapidité les eaux chaudes des parallèles moins élevés , dans des latitudes plus septentrionales. Aussi la température du courant est-elle de deux à trois degrés R. plus élevée que celle des eaux voisines qui en forment les rives et dont le mouvement est nul. Ces phénomè-^ nés sont analogues à ceux que nous avons observés sur la côte du Pérou , et dont il est fait mention dans la note seizième.

■3 Ni les Iccîdées ni aucun autre lichen , p. a6.

Voici les lichens dont la terre, dénuée de

SUR LES STETOES. iS^

végétaux oommence à se couvrir dans les pays du nord : Bacomices roseus, cenomyce rangiferinus , Lecidea nrnscorum, L. io madopJula y quelques autres cryptogames s'y joignent pour préparer la végétation des herbes et des plantes. Entre les tropiques, où les mousses et les lichens ne croissent abondamment que dans les exi»

droits ombragés , quelques plantes grasses , telles que le sesuvium ou le portulacca , suppléent aux lichens terrestres.

^ LVdacadoii des an jmaax qui donnent da lait ,. p. a8*

Deux animaux de l'espèce du bœuf, c'est-à-dire le bizon et le bœuf musqué, dont nous avons déjà parlé , sont indigènes du nord de l'Amérique ; mais les naturels y

Qaeîs^neqae mos , neqae cnltns erat ; nec jnngere taoros norant,

Firg. JEn, vm', 3i6.

1^8 CONSIDERAT lOKâ.

bavaient le sang famant et non le lait de ces animaux. M. Barton a émis une opinion assez probable ^ ; c'est que quelques tribus du Canada occidental élevoient le bizon à cause de sa chair et de sa peau. Il est assez singulier que l'usage du lait de vache y de brebis ou de jument , soit presque inconnnu aux Chinois entourés, au nord et à l'ouest , de peuples pasteurs. On sait qu'au Pérou le llania est un animal domestique : on ne le rencontre nulle part dans son état sauvage primitif; ceux qu'on trouve sur la pente occidentale du Chimborazo sont devenus sauvages lorsque Lican , l'ancienne résidence des dominateurs de Quito , fut détruite et réduite en cendres.

Fragments , T. I , p. 4.

SUR LES STEPPES. iSg

Au sad du Gyla , c[ui se jette avec le Rio Colorado ) dans le golfe de Californie (mar de Cortex), on trouve, dans une steppe solitaire, les ruines du palais des Aztèques , que les Espagnols appellent las casas grandes. Lorsque vers Fan 1160 , les Aztèques , sortant du pays inconnu d'Aztlan, parurent dans l'Anahuak ^, ils se fixèrent pendant quelque temps sur les rives du Gyla. Garces et Font , deux moines franciscains , sont les derniers qui , en 1773, aient visité les casas grandes. Ilar^

^ Un fait (ligne d'attention , suivant la remarque du cëlëbre bbtonen Jean de Millier, c'edt que précisément à la même époque , de grandes cmlgra> gratlons eurent Heu dans le nord de PAsle. L'Irruption des Tartares Nlliehé força les empereurs clûnols de la dynastie de Siim à transporter leur résidence à Llnegan, plus au sud. De Guignes, Introduction à l'Histoire des Huns, p. 83«

l6o COKSlpÉlUTtOGfS

racontent que ces rnines occupent nne étendue de plus d'une lieue carrée. Toute la plaine est en outre couverte de têts de vases de terre peints avec art. Le palais principal , si une maison bâtie en briques non cuites peut mériter ce nom , a quatre cent vingt pieds de long et deux cent soixante de large *.

Le tayé de la Californie , dont le père Yenegas donne la description , paraît différer ^eu du moufflon ** de l'ancien continent. On a aussi vu cet animal dans les Stony-mountains , aux sources de l'Oundjiga ou rivière de la Paix. Le petit rumi-

* Voyez Pouvrage rare imprime à Mexico, îd*iitulë : Cronicaserajlca del OolUgio dePropaganda fede de Queretaro por Fray Domingo Arricivlta.

** Capra Ammon,

SUBLES STEPPES. l6ll

liant du genre de la chèvre ou de l'antilope^ qui est tacheté de 'noir et blanc , et qui se trouve sur les bords du Missouri et de la rivière des Arkansàs y parait être un animal entièrement difiërent du précédent ; il est à souhaiter qu'on en fasse une description exacte.

*' Des plantes c<fréales , p. 39.

Cest certainement un phénomène surprenant que , sur un des côtés de notre planète , il existe des peuples à qui le lait et la farine tirée des graines des graminées ( à épis étroits ) sont entièrement inconnus y tandis que l'autre hémisphère o£Qre presque partout des nations qui cultivent les céréales et élèvent des animaux qui leur donnent du lait* Ainsi la culture de graminées différentes caractérise les deux 1. 11

l63 CONSlDtBATiOMS

parties du monde. Dans le nouveau oon* tinent y nous voyons que y depuis le 4^* parallèle nord jusqu'au 4^* parallèle sud, on ne cultive qu'une espèce de graminée, le maïs. Dans l'ancien continent , au contraire * y nous trouvons partout , et dans les temps les plus reculés dont l'histoire fasse mention, la culture du froment, de l'orge , de l'épeautre et de l'avoine , en un mot de toutes les plantes céréales.

^Ceux qui dans U tradîlion de l'Atlantide croie ut reconnaître dea relations obscures d'un grand pays situe à POuesty ou de l'Amérique^ Terront avec plaisir un passage tiré du troisième livre de Diodore de Sicile, p. i5o, édition de Wesseling. Le géographe y dit expressément : « Les Atlantes n'ont pas connu les fruits de Cérës , parce qu'ils se sont séparés des autres hommes avant que ces fruits eussent été montrés aux mortels. » Les Guanches des tics Canaries cultivaient l'orge dont ils préparaient le gofio.

SUA LB8 STEPPES. l63

Diodore de Sicile^ fait mention du froment sauvage qui croit dan» les campagnes de Leontimu , ainsi qu'en plusieurs autres lieux de la Sicile ; Cérès fut trouvée dans les hautes prairies d'Enna , si abondantes en violettes. M. Sprengel a recueilli plusieurs passages intéressans qui rendent assez vraisemblable Popinion suivant laquelle la plupart des espèces de blé d'Europe sont originaires du nord de la Perse et de l'Inde, où elles croissent spontanément ; le froment d'été vient naturellement dans le pays des Musicans , province du nord de llnde *'^ ; l'orge, appelé par ^Mn^antiquissimum/ru' mentum^ se trouve , suivant Moïse de Chorène***, sur les bords de l'Araxe ou du

* Diod. de Sicile, 1. V, p. 199 «222, éd. Wescel. ** Strabon, I. XV, p. 1017.

*** Geogr. Armen , p. 36o.

l64 CONSIDÉRATIONS

Kour en Géorgie , et suivant Marco Polo , dans le Balachain , contrée de Tlnde septentrionale ^ ; Tépeautre près d'Hamadan. Mais M. Link a montré dans un mémoire rempli de saine critique ** , que les passages des Anciens laissent encore beaucoup de doutes. J^ai autrefois douté de l'existence du blé sauvage en Asie *** , et j'ai cru qu'il n'y était devenu tel qu'après y avoir été cultivé.

Un esclave nègre de Fernand G>rtez fut le premier qui cultiva le froment dans la Nouvelle-Espagne. H en trouva trois grains parmi du riz qu'on avait apporté d'Espa-

* Ramusîo , T. U , p. lo.

** Ahhandungen der BerlinUchen Akcuiemie

*** E*aai sur la Gèogrtqthie des Plantes (1807}, p. 23.

SUR LES &TEPPES. l65

gne pour l'approvisionneineBt de l'armée» Dans le eouvent des Franciscains de Quito ^ on conserve précieusement , comme une relique , le TaiSje <|^^rre qui renfermait le premier froment ^ont Fray Jodoco Rixi de Gante y moine franciscain , natif de Gand, fit des semis dans la ville. On le cultiva d'abord devant le couvent , sur la place appelée plazuella de San-Francisco , après qu'on eût abattu la forêt qui s'étendait de là jusqu'au pied du. volcan du Pichincba. Les moines que je visitais souvent durant mon séjour à Quito y me prièrent de leur expliquer l'inscription tracée sur ce vase de terre y et dont ils supposaient que le sens avait quelque rapport caché avec le froment. Mais je n'y trouvai que cette sentence écrite en vieux dialecte allemand : Que celui qui me vide en buçant n^ oublie pas le seigneur l Cet antique vase allemand

l66 CONSIDÉRATIONS

avait pour moi quelque chose de respectable. Que n'a-t*oii conseryé partout dans

le nouveau continent le nom de ceux qui ,

au lieu de le ravager, l^t cflBrichi les premiers des présens de Cérts !

^ Cnigmiit une tempëratnre moîm (roîdc , p. 39.

Au Mexique et au Pérou, on trouve partout, dans les hautes plaines des montagnes j des traces d'une grande civilisation. Nous avons vu, à une hauteur de 1,600 à 1,800 toises, des ruines de palais et de bains. Des colons du nord pouvaient seuls se plaire dans un pareil climat.

*7 Hypothèse pea fa^orîsëe par la comparaûon det langues , p. 3o.

Dans mon ouvrage sur les monumens

des peuples primitifs de l'Amérique ( Viies des Cordillères et monumens des peuples indigènes de P Amérique ) , j.e crois avoir démontré , par la comparaison du calandner Mexicain à ceux des Tibetaihs et des Japonais, des pyramides orientées arec exactitude et des anciens mythes des quatre âges, ou des révolutions du monde avant la dispersion du genre humain , après une grande inondation , que . les peuples du nouveau continent ont eu , long*temps avant l'arrivée des Espagnols , des relations avec l'Asie orientale* Ce qui , depuis l'impression de mon livre, a été publié en Angleterre sur les sculptures surprenantes de Guatemala *, qui sont en-

* D' ÂntoDi'o del Rio. Description of the ruins disciwered near Palenqiie. (Lotidon, 181 â), p. 9,

l68 CONSIDÉRATIONS

tièrement dans le style des Hindous y donne un nouveau prix à ces analogies. Je re^ garde comme certaine , une communication entre les Américains de l'ouest et les Asiatiques de l'est ; mais on ne peut encore dire par quelle route ni par quelles familles de peuples elle «a eu lieu. Un petit nombre de personnes de la classe instruite ou des prêtres ^ pouvait être suffisant pour produire de grands changemens dans l'Amérique occidentale» Ce que l'on s'est jadis imaginé, qu'une expédition partie de la Chine était allée au nouveau confinent , se rapporte à une navigation à Fou Sang ou au Japon. Mais des Japonais et des Sian-pi de Corée peuvent avoir été jetés par la tempête sur les côtes d'Amérique. Des bonzes et d'autres aventuriers naviguaient sur la mer à l'est de la Chine y pour trouver un préservatif contre la mort.

Ce fut ainsi que sons Thsin chi hoang ti , trois cents couples de jeunes gens des deux sexes furent envoyés au Japon , 20Q ans avant notre ère ^ ; ils s'établirent dans ces îles y au Ueu de retourner dfci (^iine. Le hasard ne peut-il avoir conduit aux lies Aléoutiennes, à Alachka, ou à la Nouvelle- Californie, des expéditions semblables?

Les côtes du continent Américain étant dirigées du nord-ouest au sudrest y l'éloignement paraît trop grand pour que les étran* gers aient pu aborder dans la Zone tempérée , vers le 45* degré , la plus favorable au développement des facultés intellectuelles. Il faut donc supposer que le premier débarquement s'effectua , sous le cUmat inhospitalier de 5^ à 55 degrés de

* Klaproth. Tableaux historiques de l'Asie (1824), p. 79.

latitude nord y et que la civilisation se propagea promptement et graduellement y avec la marche générale des peuples vers le sud *. On a même prétendu au commencement du'-XVP siècle que l'on avait trouvé , sur les côtes de Quivira et de Gibora , l'Eldorado du nord , des débris de navires du Catay , c'est-à-dire du Japon et de la Chine **.

Nous avons encore une connaissance trop imparfaite des dialectes américains pour pouvoir abandonner l'espérance de reconnaître , dans leur multitude prodi* gieuse , un langage qui se^rle également sur les bords de l'Amazone et dans le centre de l'Asie* Une pareille découverte se-

* Pai examiné en dëtail ce problème important dans ma Relation historique, T. III, p. i55 à 160. ** Gomara. Hiêtoria gênerai de Fndias, p. 117.

rait une des plus brillantes que l'on pût faire pour jeter quelque jour sur l'histoire de l'espèce humaine.

*B Une multitude d'autres animaux, p. 37.

Les steppes de Caracas sont remplies de troupeaux de cerfs appelés par Linné cervus mexicanus , qui , étant ^çunes , sont mouchetés et ressemblent aux chevreuils.

Mais, ce qui est très surprenant sous une zone si chaude, nous en ^ avons trouvé des variétés entièrement blanches. Cet animal , sous l'équateur , ne s'élèvç guère sur les Andes qu'à 700 ou 800 toises de hauteur ; mais on trouve jusqu'à 3,000 toises un cerf plus grand , qui souvent est blanc , et que je ne puis guère distinguer de notre cerf d'Europe par un caractère spécifique. Le cabiai ( caina

capybara ) est appelé chiguirè dans la proyince de Guracas. Cet animal a nne existence très malheureuse ; car , dans l'eau , il est poursuivi par le crocodile , et snr terre par le jaguar • Il court si mal , que souvent nous le prenions avec la main. On fume ses extrémités conmie des jambons , mais c'est un mets peu agréable à cause de sa forte odeur de musc. Les animaux puants , si joliment rayés par bandes , sont le chinche, le zorille et le conepate (i^içerra mapiêrito, zorilla et vittata).

*9 Cet arbre de vie , p. 33.

Linné n'a décrit qu'imparfaitement ce

beau palmier, mauritia Jlexuosa^ puisqu'il dit à tort qu'il n'a pas de feuilles. Son tronc à vingt-cinq pieds de haut, mais il n'atteint probablement cette taille que lor^ qu'il est âgé de cent vingt à cent cinquante

' ans. Le mauritia forme , dans les lieux humides , des groupes magnifiques d'un vert frais et brillant à peu près comme nos aulnes. Son ombre conserve aux autres arbres un sol humide , ce qui fisdt dire aux Indiens que le mauritia y par une attraction mystérieuse y réunit l'eau autour de ses racines. Une théorie semblable leur fait penser qu'il ne £siut pas tuer les ser« É ^ pens , parce que , si on détruisait ces reptiles, les flaques d'eau (lagunas) se dessécheraient : c'est ainsi que l'homme g;o8sier de la nature confond la cause et l'effet. Sur le rives du Rio Atabapo y dans l'intérieur de la Guyane, nous avons trouvé une nouvelle espèce de mauritia à tige garnie depiquans; c^esAnotre mauritia aculeata* .

* Humboldl, Bonpland elKuutli. Nova gênera et species, T* 1> p* 3io.

Sp Un stylike américain , p. 34»

Siméon le Sisanite , syrien et fondateur de la secte des Stylites^ passa trente^sept ans en contemplation religieuse sur cinq colonnes successivement. La dernière qu'il habita avait trente-six coudées de haut. Pendant sept cents ans , des hommes imitèrent ce genre de vie : on les appelait sancHcolumnares. En Allemagne , dans le pays de Trêves , on essaya d'établir de pareils cloîtres aériens; mais les évéques s'opposèrent à ces entreprises périlleuses. (Mosheim. Institut. Hist. Ecoles., p. 192.)

'' Quelques villes sur le bord ilcs rivières de U steppe, p. 35

Des familles qui vivent de Téducation des bestiaux et non de l'agriculture, se

sont réunies dans de petites villes, au milien des steppes* Dans les parties civilisées de FEurope , ces villes passeraient à peine pour des villages. Telles sont Galabozo , situé 5 d'après mes observations astromn miques , par S^ 5& i4f' de latitude boréale, et 4 beures 4o' sk/' de longitude occidentale. —Villa del Pao , lat. 8^ 38' i'' , long. 4 h. 37' 47''» — San Sébastian et d'autres.

, '* Comme une nuëe en forme d^entonooir , p* 37.

En Europe, dans les chemins qui se croisent , nous voyons quelque chose qui approche du phénomène singulier de ces trombes de sable. Mais elles sont particulièrement observées dans le désert sablonneux du Pérou , entre Gxjuimbo et Amotapè. Un pareil nuage de poussière peut devenir fatal au voyageur assez

impradent pour ne pas Féviter. Ce qui est digne de remarqae , c'est que ces courans d'air partiels et qui se heurtent , ne^se font sentir que lorsque l'atmosphère est entièrement calme. Par conséquent > l'océan aérien est semblable A la mer ^ où des filets de courans qui entraînent l'eau en clapotant ne sont sensibles que par un calme plat.

99 Augmente la chaleur étoui&nte de Pair, p. 37.

Jai observé à la métairie de Giiadalupe , située dans les llanos d'Apuré , que le thermomètre s'élevait de 27 à ag"" R. aussitôt que le vent chaud du désert commençait à souffler. Au miheu du nuage de poussière , la température était , pendant quelques minutes , à 35"** Le sable sec , dans le village de San Fernando de Apuré , avait 4^** de chaleur.

^ L*lmage décevainle d'une surface ondalee, p. 38.

' Ce«t le phénomène si connu du mirage, nommé en sanscrit soif de la Gabelle ^, Tous les objets paraissent suspendus en l'air , et sont réfléchis ensuite dans ia couche inférieure de l'air. Le désert ressemble à un lac immense , dont la surface est agitée par les vagues. Durant l'expédition des Français en Egypte, cette illusion d'optique a souvent jeté le désespoir dans l'ame du soldat altéré. On observe ce phénomène dans toutes les parties du monde. Les anciens connaissaient aussi le singu-

*Voy. ma Relation hvUorique, T. I, p. agS- 625, T.II,p. i64-i85.

178 C01CSn>ÉRATI0VS

lier effet de la réfraction da rayon de lumière dans le désert de Libye. Je vois qae Diodore dç Sicile ^ a fait mention de ces fantômes surprenans , ou d'une fata morgana , en Afrique ^ et qu'il y a joint des explications encore plus extraordinaires sur la compresâon des parties de l'air. '

> 3< \jt Melocacttts , p. Sg'.

Le cactus melocactus a souvent dix pouces de diamètre et quatorze côtes. 11 y a encore plusieurs nouvelles espèces de cactus non décrites qui se rapprochent beaucoup de celle-ci et de celle que Linné a appelée nobilis dans son Mantissa y

* L. m, p. aig, éd. Wessel — p. i84,ed; Rhod

Sun hts stfippfis. 179

mais il parle de toutes d'une manière bien imparfaite»

^ Soudain la scène change ilans le diteiî^ p. {o.

J'ai essayé de peindre le conmience'ment du temps pluvieux et les symptômes qui rannoncent. La couleur bleu foncé du ciel entre les tropiques est l'effet d'une parfaite dissolution des vapeurs. Le cya-« namètre indique un bleu plus pâle aussitôt que les Tapeui» commencent à se précipiter : la tache noire de la crvix du sud devient d'autant moins visible que la transparence de l'atmosphère diminue.

L'éclat brillant des nubecuta majof^dt minor disparaît aussi. Les étoiles fixes, dont \ la lumière était tranquille comme celle

I des planètes, deviennent scintillantes au

iSe COHSIDÉRATIOMS

ssénith*. Tous ces phénomènes résultent de Taugmentation des vapeurs qui sont suspendues dans Fatmosphère.

V La 'glaise humiilc sVfèec lentement en forme de * mottes, p. 4^.

L'extrême sécheresse produit , dans les animaux et dans les plantes , les mêmes phénomènes que Vahsence de la chaleur.

Pendant la sécheresse^ plusieurs plantes de la zone torride se dépouillent de leur$ feuilles : les crocodiles et d'autres anfphibies se cachent dans la glaise. Ils y res« tent morts en apparence , dé même que dans le nord de l'Afrique , où le &oid les engourdit pendant l'hiver.

* Voyez l'explicalton que M. Ârago a xlonaee de la scinlillatioa dans ma RelcUion historique , T. 11 , p. ^%5^.

suit LES STEPPES. l8l

98 XJne vaste mer intérieure , p. 43«

Ces inondatip^9 n'ont nulle part autant d'étendue que dans les bassins formé» par l'Apure, l'Arachuna Pa^ara, l'Aranca et le Cabuliarè. De grandes embarcations traversent le pays et vont à dix à douze lieues dans l'intérieur des steppes.

% Jii5qa*auz plaines^ de TAntisana , p. 4^. >^J<

La vaste plaine qui entoure le volcan d'Antisana est à rs^'yoo toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer. La pression de l'air y est si faible , que les bœufs sauvages , quand on les poursuit avec des chiens , perdent le sang par les nazeaux -et par la bouche.

i83 caNSiDEiUTioirs

^ Bëra et Rutro , p. 45.

J'ai décrit en détail cette pèche des gymnotes dans mes ObservaiioTis de zoologie et (Tanatomie comptip^^ T. I, p. 83^ et dans ma Belation historique^ T. 11^ p. 173*191. L'expérience fsdte à Paris ^ sans chaîne , sur on gymnote vivant, noos a parfaitement réassi à M. Gay-Lnssac et à moi. La décharge électriipie dépend entièrement de la volonté de TanimaL Nous ne vimes pas de jets de lumière*

^1 Déyeloppé par le oonUct àt* partie* kamides et kélëro-

gènes , p. 49.

Dans tous les corps organiques , des substances hétérogènes sont en contact entre elles. Dans tous , les solides ist les liquides sont unis. Ainsi , partout où il y a corps organisé et vie , il y a prohablement tension électrique ou jeu de la pile de Ydta.

SUB hMS 3TBPFES. l83

** OfyrU cl Typhon ^ p. 49*

Voyez Vexoellent ouvrage de Zoega ( p. S'jS* ) sur les obélisques au sujet de la lutte de ces deux races d'hommes, c'est-À* dire des pasteurs arabes de la basse Egypte et des Éthiopiens civilisés etagri-culteurs , du prince Baby ou Typhon au teint blond y fondateur de Peluse , et du . Bacchus nègre ou Osyris

^ Où s'arrlte la ilcmi-civftlîsfttioa curopëttne ^ p. 5o

Dans la capitainerie générale de Gara- * cas j la civilisation introduite par les Européens ne s^étend pas au-delà de la région étroite entre les montagnes et la mer.

Dans le Mexî^e, la Nouvelle-Grenade, et Quito , elle a au contraire pénétré dans

184 CONSIDBRAtlOKS

rintérieur du pays et jusque sur les Cot^ dillères. Dans cette région élevée, on a trouvé , dès le quinzième siècle y une civilisation ancienne. Partout où les Espagnols ont découvert cette civilisation , ils l'ont suivie , et se sont établis , soit près de la mer , soit à un grand éloignement de ses bords , souvent à mille ou quinze cents toises d'élévation.

^ Des maiies immenses de granit couleur de plomli , p. 4^-

Dans rOrénoque , et surtout au^t cataractes de Maypurès et d'Aturès, mais point dans le Rio*Negro , les blocs de granit et même des fragmens de quartz blanc, dès qu'ils sont touchés par les eaux de ce fleuve , se revêtent d'une enveloppe d'un gris noirâtre, qui ne pénètre pas d'un dixième de ligne dans l'intérieur de la

SUR LES STEPPES. l85

pierre. On; croit voir du basalte ou des fossiles colorés par le graphite. Cette enveloppe paraît contenir da carbone. Je dis qa'elle paraît , car on n'a pas encore examiné assez attentivement ce phénomène. M.' Rosier a découvert quelque chose de pardi sur les rochers de syénite du Nil , entre Syene et Phile. Dans FOrénoque , lorsque ces pierres noirâtres sont humides, elles répandent des vapeurs pernicieuses : on regarde leur voisinage comme une cause de fièvres *.

^5 Les hurlemens sourds ilu singe barbu qui annoncent ta

pluie , p. 5i.

Quelque temps avant que la pluie commence , on entend le cri mélancolique de

Relation historique , T. II, p. 299-3o4.

iS6 coiisid6ra.tiors

plosiears singes , tels que le co^ta ( simia béelzebub ) et l'alouate ( simia seniculas ). On croit entendre au loin le fracas de la tempête. On ne peut rendre . raison de l'intensité du bruit piDduit par d'aussi petits animaux ) qu'en se rappelant . qu'un seul arbre sert quelquefois de demeure à une troupe de soixante ou de quatre-vingts singes. G>nsultez mon Mémoire anatomi* que , dans mon Recueil d'observations de zoologie , pour ce qui concerne le lar3mx

et l'os hyoïde de ces animaux. PL lY ^ n*. 9.

^ SouTcnl couvert d^oiscaoz , p. 5i.

Lescrocodiles sont tellement immobiles, qne j'ai vu des flamands ou phénicoptères se reposer tranquillement sur leur tête. Le reste du corps était couvert d'oiseaux comme un tronc d'arbre.

SUE I*E$ STEPP86. 187

*7 DaDs son goder 4iUtë » p* 5a»

L'humeur visqueuse dont le boa entoure sa victime , accélère la putréfaction. Cette humeur amollit la partie musculaire , et la réduit pour ainsi dire à Tétat de gélatine j de aorte que le serpent fait entrer peu k peu le corps d'un animal dans son gosier dilaté* Cest ce qui à fait donner à ce serpent, par les G^éoles, le nom de iragavena^ do, ou avalenr de cerfs. Ils racontent qu'on a trouvé, dans la gueule des serpens, des ramurea de cerf qu'ils n'avaient pu avaler* Jai vulefaoanagerdansrOrénoque. 11 tient la tète hors de l'eau couune un chien. Sa peau est agréablement mouchetée. Il parvient jusqu'à quarante-cinq pieds de long. Je pense que le boa de FAmérique méridionale est différent du boa constrictor

î8B CONSlDÉRAtlOMS

des Indes-Orientales. Voyez ce que raconte Diodore sur le boa (T Ethiopie *.

M Se nourrÎMeitt àt gomme et de terre , p. 5a.

Cest sur les côtes de Cumana , de Nueva-Barcelona et de Caracas, visitées par les moines franciscains de la Guyane , à leur retour des missions, qu'est répandue la tradition que des peuples habitant les bords de rOrénoque mangent de la terre. Le 6 juin 1800 y lorsqu'en revenant du Rio-Negro nous descendions l'Orénoque, sur lequel nous sommes restés trente-six jours, nous avons passé une journée dans une maison habitée par les Ottomaques qui mangent de la terre. Le village appelé la Concepcion di Uruana , est appuyé d'une manière

* L. III, p. ao4, éd. de Wcsseling.

SUK LES STEPPES. 189

très pittoresque sur le penchant d'un rocher de granit« Je déterminai sa latitude à 7* 8' Z" nord , etsa longitude à 4* 38' 38" à l'ouest de Paris. La terre que les Ottomaques mangent est une glaise grasse et onctueuse , une véoritable argile de potier , d'une teinte jaune-grisàtre , colorée par un peu d'oxide de fer. Ils la choisissent avec ])eaucoup de «soin, et la recueillent dans des bancs particuliers sur les rives de l'Orénoque et du Meta. Ils distinguent au goût une espèce de terre d'une autre , car toutes le& espèces de glaise n'ont pas le même agrément pour leur palais. Ils pé* trissent cette terre en boulettes , de quatre à six pouces de diamètre , et la font cuire à un petit feu , jusqu'à ce que la surface antérieure devienne rougeâtre. Lorsque l'on veut manger cette boulette y on l'humecte de nouveau. Ces Ottomaques sont,

igO COKStDlfcRATtOtVS

pour la plupart , des hommes très farouches , et qui ont la culture en avenion. Les nations de IXhrénoque les moins rapprodièes de ce canton , disent en prorethe lorsqu'elles veulent parier de quelque chose de très sale : « Cest si à^oûtdXït qu'un Ottomaque le mangerait. r> Tant que les eaux de TOrénoque et du Meta sont basses, l'Ottomaque ie nourrit de poissons et de tortues. Lorsque les poissons paraissent à la surface de Peau , il les tué à coups de flèches , avec une adresse que nous avons souvent admirée. Dès que les fleuves éprouvent leur débordement périodique , la pèche cesse , car il est alors aussi difficile de pécher dans les rivières devenues plus profondes, que dans la pteifie mer. Pendant oette inondation , qui dure deux ou trois mois , les Ottomaqnes avalentdes quantités prodigieuses de terrc«

SUR IBS SrPEPPBS» 191

Nous en avons trouve dans lenrs huttes de grandes provisions entassées en pyramides. Qiaqae individu consomme journellement les trois quarts ou les quatre cinquièmes d'une livre de t^rre ; c'est ce que nous a rapporté Fray Ramon Bueno , moine très intelligent, natif de Madrid , et qui a vécu douiEe ans parmi ces.Indiens* Les Ottomaques disent eux-mêmes que , dans la saison des pluies , cette terre est leur foîncipal aliment. D'ailleurs ils mangent de petits poissons , des lézards , ou de la racine de fougère ) lorsqu'ils peuvent s'en procurer. Us sont si friands de cette glaise , qu'ils en mangent tous les jours un peu après le repas pour se régaler , dans la sai^ son mémo de la sécheresse, et lorsqu'ils ont du poisson en abondance. Ces peuples sont d'une couleur cuivrée très foncée. Ib ont les traits du visage laids conune ceuK

Xg2 CONSIDÉRATIONS

des Tartares ; sont gras , mais n Wt pas le ventre gros. Le missionnaire qui réside avec eux , nous assura qu'il n'avait remarqué aucune différence dans la san(é de ces sauvages, pendant tout le temps qu'ils mangeaient de la terre.

Voilà le sipGiple narré des faits. Les lu* diens mangent de grandeis quantités de glaise, sans que leur santé en souffre. Ils regardent cette terre comme un mets nourrissant, c'est-à-dire, qu'ils trouvent que l'usage qu'ils en font les rassasie pour quelque temps. Ils attribuent cette sensation de satiété à la glaise , et non aux autres nourritm*es assez chétives qu'ils peuvent y joindre. Si l'on demande aux Ottomaques quelle est leur provision d'hiver, et l'on appelle hiver, dans la partie chaude de l'Amérique du sud, la saison des pluies , ils

StiR LES STEPI^ES* tgS

montrent les tas de terre amoncelés dans, leurs hottes. Mais ces faits partiels ne décident pas les questions^snivantes : la glaise peat-elle réellement être une substance nutritive? Les terres peuvent-elles s'assimiler à notre nature? ou ne sont-elles cfu^un lest pour l'estomac? Ne servent-elles qu'à tenir ses parois dilatées , et de cette manière contribuent^elles à apaiser la fidm? je ne puis décider toutes ces questions ^. Il est assez siogulier que le Père Gumila ^ d'ailleurs si crédule , et dont l'ouvrage est si dépourvu de saine critique , veuille .absolument nier que les Indiens mangent de la terre **. U prétend que les

* J'ai soumis ceB questions physiologiques à uil nodyel examen. RekUiçn Hiatoriqua, T. II ^ p. 608

** Histoire de l'Orénoque, T. I, p. aSS. !• l3

194 GOIlBIOfillATlOKS

boulettes de glaise sont mêlées de Euiiie de. maïs et de graisse dé crocodile. Mak: le missionnaire Fray Ramolft Btiei», et le frère Fray Juan Gonaàleis, nôtre and et notre compagnon de voyage , qae Ik mer a englonti sur la côte d^ Afrique aTeo line partie de nos coHeêtions, notis ont suasiui^ tons denx que les Ottomaqued n'undtfisenjl) pas la glaise de graisisë de crocodile. Ai Umana, nous n'avons j^tmaisteirtendàpUM 1er de ce mélange de farine^ La tera^e^ qoer nous avons apportée, et qae ftt* T^uçoelib a analjrsée , est pure ^ et sand aucun 1116^ lange. Gumila, en confondant des. .£nt9 étrangers , n'aurait-il pasTOttlu iaive aUn» sion au pain qu'on prépare avec les J^ouss^ allongées d'une espèce d'inga? Ce fruit est mis en terre , afin qu'il fermente plus tôt. — Ce qui d'ailleurs me surprend davantage, c'est que l'usage d'une si grande

SUR LES STEPFES* ig/S

quantité de terre ne cause aucune maladie ans Ottomaqnes. Cette peuplade est-elle habituée à ce mets , depuis un grand nombre de génératâons? Dans toutes, les contrées de la zone lorride , les hcmmies ont un désir étonnant et presque irrésistible de manger de la terre , non pas une terre alcaline ou calcaire , pour nevtraiiiser des sucs acides , mais une glaise très grasse, et dont l'odeur est très forte. On est souvent obligé de lier les en£ins , potir les empêcher de sortir et de manger de la terre quand la pluie a cessé de tomber. Au village de Ba^ico, sur le bord du Rio Magdalèna , les femmes indigènes qui font des pots de terre , mettent en travaillant, ainsi que je Fai vu avec surprise, de gros morceaux de glaise dans leur bouche^ .

* Gîli a fait la même remarque , Saggio di sio^

2q6 considérations

Les autres peuplades de T Amérique ne tardent pas à devenir malades , lopqu'elles cèdent à cette singulière envie de manger de la terre. Dans la mission de San-Borgia, nous vîmes un enfant qui, d'après ce que nous dit sa mère, ne voulait manger que de la terre, et que cette nourriture avait maigri comme un squelette. Pourquoi dans les zones tempérées et froides la manie de manger de la terre est-elle si rare , et n'existe-t-elle que chez les enfans et les femmes grosses? On peut avancer que dans toutes les régions de la Eone torride , cet appétit pour la terre a

fia deU* America, T. II, p. 5 il. En hWer, les loups mangent de la terre et surtout de la glaise. En général, il serait intéressant d'analjser les dé- * jections de tous les hommes et de tous les animaux qui mangent de la terre.

été observé. £n Guinée , les nègres mangent une terre jaunâtre , qu'ils appellent oaouac. Les esclaves qu'on mène en Amérique tâchent de s'y procurer une semblable jouissance ^ mais c'est toujours au détriment de leur santé.

« Une autre cause du mal d'estomac^ «c très générale encore , dit un voyageur c( moderne, c'est queplusieurs de ces nègres <jc venus de la côte de Guinée mangent de €c la tèiTC ; ce n'est point par un goût dé- « pravé , c'esfr-à-dire par une suite seulece ment de leur maladie ; c'est une habite tude contractée chez eux , où ils disent ce qu'ils mangent habituellement, sans en c( être incommodés^ une certaine terre <( dont le goût leur plaît. Ils recherchent; c( chez nous la terre la plus approchante « de celle-là. Celle qu'ils préfèrent ofdi-

1^ CONSIDÉBATIONS

« naireinent est un tuf rouge - jaunâtre a très commun dans nos îles. On en vend ec même secrètement dans nos marchés pn-^ ce blics i sous le nom de caouac. ( M. Thim baut était à la Martinique en i75i;)..« « Ceux qui sont dans cet usage en sont si « friands, qu'il n'y a point de châtiment « qui puisse les empêcher d'en manger^ ». Dans les villages de l'île de Java , entre Sourabaya et Samarang , M. la Billardièi^ vit de petits gâteaux carrés et rougeàtres expoaés en vente. Les natureb les appellent tauaampo. En les examinant de plus près y il reconnut que ces gâteaux étaient de glaise rougeâtre que l'on mangeait *** Les

* Thibaut de Cbanyallon , Voyage à la Martitinique, p. 85

** Voyage à la recherche de la Peyrouse, Vol . XI , p. Saa.

SUR LBS STEPPES. I99

babitans de la nouvelle Calédonie mangent, pour apaiser leur faim, des morceaux gros comme le poing dWe pierre oHaire friable. M. Yauquelin, en l'analysant, y a trouvé une quantité de cuivre assez considérable *. A Popayan et dans plusieurs parties du Pérou , les indigènes achètent au marché de la terre calcaire avec d^autres denrées. Pour en faire usage , ils y mêlent le cocca , c'est-à-dire les feuilles de Very^ throxiïon perm/ianum. Ainsi nous trouvons ce goût de manger de la terre , que la nature semblerait avoir dû réserver aux habitans des régions ingrates du nord , répandu dans toute la zone torride parmi ces races dliommes indolens qui vivent dans les contrées les plus belles et les plus fécondes de la terre.

* Ibid, p. ao5.

aOO CONSIDÉRATIONS

SVR t^ESPÈCE DE TERRE QU'ON MANGE ▲ JAVA

Extrait (Tune lettre de M. LescH£nauz4T ^ Botaniste de Vexpédition des décou^ vertes aux Terres Australes, à M, de Humboldt,

La terre que mangent quelquefois les liabitans de l'île de Java, est une espèce d'argile rougeàtre, un peu ferrugineuse ; on rétend en lames minces , on la fût torréfier sur une plaque de tôle, après l'avoir roulée en petits cornets dans la forme à peu près de l'écorce de canelle du coniraerce ; en cet état elle prend le nom diampo y et se vend dans les marchés publics.

IJampo a un goût de brûlé très fade que lai a donné la torréfaction : il est très absorbant , happe à la langue , et la dessèche ; il n'y a presque que les fenunes qui mangent Vampo y surtout dans le temps de leurs grossesses^ ou lorsqu'elles sont atteintes du mal qu'on nonmae en Europe, appétit déréglé. Plusieurs mangent aussi Vampo pour se Sûre maigrir , parce que le défaut d'embonpoint est une sorte de beauté parmi les Javans. Le désir de rester plus long-temps belles , leur ferme les yeux siqr les suites pernicieuses de cet usage qui , par l'habitude , devient un besoin dont il leur est très difficile de se sevrer. Elles perdent l'appétit et ne prennent pins, qu'avec dégoût , une très petite quantitéde nourriture. Je pense que Vampo n'agit que comme absorbant , en s'empa-

rant du suc gastrique : il dissiumje les

103 COUSIBÉRATIONS

bescnns de l'estomac , sans les satisfaire. Bien loin de nourrir ie corps , il le prive de l'appétit ^ cet avertissement utile que la nature lui a donné pour pourvoir à sa conservation; aussi l'usage habituel de Vcanpo fait dépérir et conduit insensiblement à l'éthisie et à une mort prématurée* il serait très utile pour apaiser momentanément la faim dans une droonstance où l'on serait privé de nourriture , ou bien si l'on n'avait pour la satisfaire que des substances malsaines ou nuimbles.

LESCHENAULT.

Paris , le i5 idaî t8o8.

^ Du 6gorts grtvëes sur des rochers , p. 53.

Dans l'intérieur de l'Amérique méridionale y entre les 2* et 4* parallèles

SUR 'I.ES STEPPES, !2o3

nord, s'étend nue plaine boisée qui est entourée par quatre rivi^'es', UOrénoqae , l'Atapabo , le Rio Hegro et le Cassiqoiarè* On y trouve des rochers de syénite et de granit qui sont j ainsi que ceux de Caï** cara et d'Uraana , couverts de figures sjrmboliques colossales représentant des crocodiles, des jaguars , des ustensiles de ménage et les images du soleil et de la lune. Aujourd'hui ce coin de la terre est inhabité dans une étendue de plus de cinq cents lieues carrées. Les peuplades voisines se composent de nusérables , ravalés au de* gré le plus bas de la civilisation , menant une vie errante , et bien éloignés de pouvoir graver des hiéroglyphes sur les rochers. On peut suivre dans FAmérique méridionale une zone entière de rochers couverts de figures symboliques, depuis le Rupuuury et l'Esseqaibo , jusqu'aux

ao4 COHSIDERÀTrONS

rivci* de rYupara *. Ces vases de granit > ornés d'él^antes arabesc[ue8 , ainsi que ces inasc[ues de terre semblables à ceux des Romains , qu^on a découverts sur la c6te de Mosquitos y chez des Indiens tout-à-fait sau vaches, sont aussi des débris remarquables d'une civilisation éteinte**. J^ai fait graver les premiers dans l'Atlas pittoresque qui accompagne la partie historique de mon voyage. Les antiquaires s'éton* nent de la ressemblance qui existe entre ces bas-reliefs à la grecque et ceux qui ornent le palais de Mitla , près d'Oaxaca dans la Nouvelle-Espagne. Je n'ai pas vu dans les sculptures péruviennes les figureâ

* Voyez ma Relation historique^ T. n^ p. 689 , et l'excellent ouvrage de M. MartîaH, intitulé iif^moire sur la physionomie des végétaux du Brésil (1824) , p. i4.

♦* Jrchœologia, T. V, p. 96 j T. VI, p. 117.

SUR LES . STEPt>ES. ^oS

d'hommes à grands nez , si fréquentes dans les bas-retiefs de Palenquè , dans le pays de Guatemala , et dans les peintures aztèqnes. M. Klaproth se souvient d'avoir observé de ces nez très gros chez les Khalka , horde des Mongols du nord. Les honunes, à gros yeux et au teint blanchâtre , dont Marchand fait mention sous les 54* et 58* degrés de latitude boréale , descendent-ils des Ousoun deFAsieintérieure, qui appartiennent à la race Alano-gothique.

^ Mais prëptrÀ aa meaitre , p. 54-

Les Ottomaques empoisonnent souvent l'ongle de leur pouce avec le curare : la simple impression de cet ongle est mortelle, quand le curare se mêle avec le sang. Nous possédons le végétal vénéneux dont

206 CONSIDÉRATIOUS

le suc sert à préparer le cvrarè , dans la mission de l'Esaoeralda , sur PQrénoque supérieur. Malheureusement nous ne trou- Tàmes pas cette plante en fleur. Diaprés sa physionomie , elle a de l'affinité avec les strychnas *.

* Jieiadonhi8torique,T.n,^. 54; -556.

StTR

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