‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 58 sur 83 · DU DIVORCE · texte numérisé non relu

DU DIVORCE

On divorçait pour un oui, pour un non ; on divorçait au moindre prétexte ; on divorçait même sans prétexte ; on divorçait comme on aurait été cueillir du lilas au pré Saint-Gervais ou manger des cerises à Montmorency. * * *

Il y avait surtout dans la loi un article qui était la providence des époux libertins et des femmes débauchées, celui qui permettait de divorcer pour cause d'incompatibilité d'humeur. Un mari avait une maîtresse et s'ennuyait de sa femme ; la femme avait un amant et ne demandait pas mieux que de se débarrasser de son mari : ils s'en faisaient mu-

tuellement confidence, partaient ensemble pour la municipalité, prévenaient le maire qu'ils ne pouvaient plus se souffrir, et ce jour-là, ou l'un des jours suivants, le divorce était prononcé /^z^r cause d' ijiconipatibilité d'huineur. Et les enfants, que devenaient-ils ? Qu'importe ? on était délivré l'un de l'autre, l'essentiel était fait. Il n'était pas rare de trouver des gens -qui, grâce à la facilité donnée par cet article d'incompatibilité, en étaient au bout de cinq ou six mois à leur cinquième ou sixième mariage. Cela donnait même quelque fois lieu à des traits assez piquants. Il arriva une fois, par exemple, que quatre époux divorcés qui mettaient en action les Troqueurs ^® de la Fontaine, c'est-à-dire qui épousaient en même temps l'un la femme de l'autre ; et ce quatuor était de si bonne intelligence, que la double noce se fit à frais communs, à l'Arc-en-ciel, boulevard de l'Hôpital. Le trait qui suit, et qui fut rapporté dans la plupart des journaux du temps, est peut-être encore plus piquant. Un sellier de la rue Tiquetonne, après avoir divorcé d'avec sa femme, était devenu officier municipal. Un jour qu'il était de service pour les mariages, il vit arriver sa ci-devant femme pour

en contracter un nouveau : cela lui semblait déjà assez drôle ; mais quel ne fut pas son ébahissement quand il reconnut dans le futur l'abbé Hervier, prêtre habitué de Saint-Eustache, qui leur avait autrefois donné la bénédiction nuptiale ! Il les maria toutefois, sans rien perdre de sa gravité municipale.

Duval, Souveni7's Thermidoriens^ vol. I., pages 60, 61, abrégées.

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