UNE LECTURE 'D'ESC II Y LE
et farouche, ce sujet a plusieurs fois été mis au théâtre sous des titres différents, et par Racine sous celui des Frères ennemis. Seulement, dans Eschyle, le premier personnage, celui qui anime toute la tragédie, sur qui porte tout l'intérêt, c'est la ville de Thèbes. On ne voit Polynice que mort, et Étéocle ne songe pas un moment à luimême : pilote assis au timon, comme il le dit au commencement de la pièce, il répond de la vie de tous ceux qui sont sur le navire. Aucun des sept chefs coalisés ne paraît, si ce n'est dans le récit, qui vaut, du reste, une action. Les préparatifs d'un combat, une lamentation funèbre sur deux frères qui se sont percés l'un l'autre, voilà tous les événements de la tragédie ; mais ce qui la remplit d'un bout à l'autre, c'est la terreur et la pitié, ainsi que parlaient les anciens critiques, c'est le destin de cette ville que menacent l'incendie et le pillage.
Eschyle en quelques traits grandioses, dont le dessin de Michel-Ange peut seul donner l'idée, a tracé une composition qui semble plutôt due à un Titan qu'à un mortel, tant elle dépasse les limites du génie humain. On y sent une force inéluctable. Le poëte vous tient sur sa main colos-
sale comme ces statuettes suppliantes que portaient les dieux.
Chose étonnante, cette Iragédie sublime est en même temps vivante, familière, actuelle pour ainsi dire ; ce siège de Thèbes nous ramenait au siège de Paris, que nous aurions voulu oublier un instant : l'humanité est toujours la même. Les Sept contre Thèbes parurent au théâtre sous l'archontat de Théagénidès dans la lxxxvii6 olympiade, c'est-à-dire 468 ans avant Jésus-Christ, et l'on croirait la pièce écrite d'hier, si jamais des modernes pouvaient atteindre à une telle beauté et à une telle puissance.
Un chœur de femmes personnifie le peuple de Thèbes, Etéoclela défense, et un éclaireur représente l'armée assiégeante par des rapports d'une poésie incomparable qui sonnent comme des appels de clairons et dont les mots semblent secouer des panaches, pour nous servir de l'expression d'Aristophane.
La pièce s'ouvre par un discours d'Étéocle, qui comprend toute la responsabililé qui pèse sur lui et se montre aussi grand tacticien que habile politique. Il envoie aux remparts les hommes que l'âge a mûris déjà el aux portes ceux dont la