‹ Tableaux de siege Paris 18701871 Theophile GautierChapitre 8 sur 23 · UNE LECTURE D'ESCHYLE · texte numérisé non relu

UNE LECTURE D'ESCHYLE

jeunesse verdoyante pleine de sève est dans toute la fleur de son courage. « Le devoir commande, nous avons à sauver la cité, les autels des dieux de la patrie et leurs honneurs menacés, et nos enfants, et cette terre notre mère, celte tendre nourrice, celle qui porta tout le faix de notre enfance depuis que, naissant à peine, nous rampions sur son sol favorable, et qui nous éleva pour être des habitants fidèles, de belliqueux défenseurs au jour de la nécessité... On annonce que les Achéens ont résolu, la nuit dernière, l’assaut décisif et que la ville a tout à craindre. Vous tous, courez au créneaux, aux portes des remparts; prenez vos armes, revêtez vos cuirasses ; allez, et fermes sur les plates-formes des tours, formes aux avenues des portes, ne perdez rien de voire audace, ne tremblez pas en face delà multitude des assiégeants. Le ciel est pour nous. J’ai dépêché des espions, des éclaireurs vers l’armée des ennemis. Je l’espère, leur voyage n’aura pas etc inutile : instruit par leurs rapports, je serai prêt contre toute surprise. » Ne croirait-on pas lire une de ces blanches affiches gouvernementales appliquées ces jours derniers aux murs de Paris?

L’éciflireur revient et raconte qu’il a vu les sept chefs plonger leur main dans le sang d’un taureau égorgé et jurer avec d’horribles imprécations de mourir ou de vaincre; ensuite, ils ont chargé un char de souvenirs destinés à leurs parents, s’ils périssaient : boucles de cheveux, agrafes et bracelets. Leurs yeux étaient mouülés de larmes, mais leur résolution n’était pas amollie; Les points d’attaque ont été tirés au sort... Ils semblaient des lions s’animant au combat. « Choisis les soldats les plus braves, poste-les aux avenues de la ville. Ilàle-toi, car déjà l’arinée des Achéens ébranle sa masse entière :

la poudre s’élève ; une blanche écume dégoutte de la' bouclie des coursiers et colore la plaine. Sois pour nous un prévoyant pilote. Mets la ville à l’abri avant que Mars souffle la tempête; déjà mugissent au pied de nos murailles les vagues de l’armée assaillante. Saisis promptement l’instant favorable pour la défense. Moi, pendant le reste du jour, je tiendrai fidèlement l’œil ouvert sur l’ennemi. Tu sauras par d’exacts rapports leurs mouvements dans la plaine et lu seras à l’abri du danger. »

En apprenant que l’ennemi approche, les

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