‹ Tableaux des moeurs du temps dans les différents âges de la vieChapitre 20 sur 31 · IO.\TADE · texte numérisé non relu

IO.\TADE

Je baiserai donc le petit pied avant!

LA CO.MTESrE

Eli bien !.,. eh bien !... vous ne finissez point !

MOXTADE

C'est, je crois, la moindre récompense pour toutes les bonnes choses que je vous dis.

LA COMTESSE

Ces bonnes choses me paraissent un peu vives, et je ne sais pas pourquoi je ne m'en suis point fâchée.

MONTA DE

Je le sais bien, moi : c'est parce qu'elles ne vous persuadent point. Cela glisse sur vous, n'y fait aucune impression. On ne hasarde pas de tout dire quand on sait, comme moi, que rien ne peul vous faire sortir de voire é<pailibre.

LA CO.MTESSE

Oh ! je m'y tiendrai absolumenl, ou je ne pourrai.

MOXTADE

C'est bien dit : il faut, à voire âge, se passer des amiiseiut'Mts les plus doux; il faut savoir se priver de tous les charmes de la vie et n'èlte pas la dujK' de la félicité de son cœur.

192 l'œuvre de crébillon le fils

la comtesse Il faut au moins savoir le contenir, ce cœur, et le réduire à des affections qui puissent être toujours les mêmes, à des plaisirs dont on n'ait point à craindre les revers et les mauvais retours.

Oui, et pour cet effet, il est très sage et très prudent de se sacrifier d'abord toute vive et de passer le printemps de son âge dans les combats, les gènes d'esprit continuelles, quelque ennui d'ailleurs ou quelques peines réelles qu'on y trouve; cela vaut bien mieux que de suivre naturellement les penchants que l'on a, que de se livrer aux douceurs qu'ils donnent lorsqu'on sait qu'elles peuvent finir ou changer.

Il est plus sage assurément de prendre le parti de souffrir d'avance, en se refusant tout, que de s'exposer à s'accorder quelque chose en prévoyant qu'on en pourrait souffrir un jour.

LA COMTESSE

Ne vous moquez pas : cela est peut-être plus sensé que vous ne pensez, et, à ma place, comptez que vous feriez de même; vous souffririez, Montade, puisque vous dites qu'on souffre, et vous en resteriez là.

MONTADE

A votre place, madame? j'en doute! J'aurais un jeune cœur, délicat et capable de sentiment comme tous les cœurs du monde, ou bien, j'aurais un cœur froid et glacé comme le vôtre.

Dans ce dernier cas, je ferais tout comme vous : je passerais les journées sur un sofa ; je ferais plus : je tâcherais d'y dormir, pour m'ennuyer moins.

Mais si je me sentais jeune, leste, fringante, toute pétillante de g"entillesse et d'agréments, je prendrais, je crois.

TABLEAUX DES MŒURS DU TEMPS IqS

plaisir à laisser voir en moi des choses aimables, peut-être même à sentir qu'on les aimerait. Que sais-je?S'il se trouvait quelqu'un dans la foule digne de m'y faire trouver encore plus de g^oùt, je ne m'y opposerais point. Où tout cela me mènerait-ilV à exciter, dans le cœur d'un autre, des mouvements qui le raviraient; à en recevoir moimême peut-être les contre-coups, qui ne me plairaient pas moins ; à me savoir gré de valoir tout le bonheur d'un homme, lors(pie je n'aurais d'autre peine à prendre pour cela que de me donner du plaisir.

LA COMTESSE

Ah ! Montade, que dites- vous?

MONTADE

Je dis, madame, ce que je ferais, ce que toutes les femmes ont fait, ce que vous ferez, vous, qui parlez, un beau jour, parce que, tôt ou tard, il en faut venir là ou périr de langueur et d'ennui, parce que la nature a fait lous les cœurs semblables sur ce point et que vous serez inquiétée du vôtre jusqu'à ce qu'il soit placé.

LA COMTESSE

Quand tout cela serait vrai, l'opinion (pie j'ai des hommes généralement est si mauvaise que le plus grand malheur des femmes est encore, je crois, d'avoir de la faiblesse pour eux.

MONTADE

Ah ! je ne prétends pas vous faire ici leur éloge ; je les connais : ils ont des vices qui me les font haïr moi-même; mais tous ne sont pas sur le même modèle ; e(, grâce au ciel, il se trouve encore de la probité et delà vertu parmi eux ; il est encore des cœurs et des âmes que la corruption n'a pas gagnés.

LA COMTESSE

Eh ! comment les connaître et les distinguer?

ig4 l'œuvre de crébillox le fils

MONTA I)i:

Par dos épreuves très long"vies, par l't'tutle ciu'on en fait : les lumières de l'esprit servent à cela et sont de bons g-uides.

Et toutes ces épreuves-là n'empêchent pas qu'on s'y trompe. Il n'en coûte guère aux hommes de paraître tout ce qu'ils ne sont pas, même long-temps. Ils ont un but quand ils s'attachent à nous. Ils y veulent venir; ils imaginent, ils emploient tous les moyens qui peuvent les y mener; ils nous suivent, ils nous flattent de mille manières ; ils se prêtent à nos fantaisies, ils approuvent nos g-oùts, ils assièg"ent tontes nos faiblesses. Si le malheur veut qu'ils en triomphent, tout est fait pour eux; on ne les reconnaît plus : c'étaient des esclaves fidèles et soumis ; ils deviennent des maîtres jaloux ou volai; es, quelquefois le tout ensemble ; des tyrans, enfin, qui ne semblentplus tenir à nous que pour nous punir du crime de les avoir aimés !

MOXTADE

Madame, je ne prétends point justifier les hommes ; mais prenons g-arde à tout : les revers que vous leur trouvez, les chang-ements dont vous les croyez si capables, ne viennent peut-être point tant d'eux qu'on pourrait le penser. L'état cruel où vous supposez la plupart des hommes, après la jouissance, ne saurait être constamment qu'un état pénible et fâcheux pour eux-mêmes. On ne peut pas imag-iner ([u'ils s'y tiennent par préférence et fpi'ils se détachent librement des douceurs et des charmes qui l'ont précédé. Rien ne leur est plus naturel que de chercher à en jouir toujours ; ils ne sauraient avoir un autre but ; et, en vérité, lorst^u'il arrive des choses (jui les en écartent, je les trouve à plaindre, et quelquefois pardonnables d'en paraître blessés. Que faut-

TAHLK.VLX DES MŒURS DU TEMPS IQO

il pour renverser la lèle de la plupart des hommes bien épris, pour leur donner des agitations qui les métamorphosent au point de les rendre méconnaissables, pour en faire des amants soupçonneux et jaloux? Un refroidissement dans ce qn'ils aiment, une apparence de lég-èreté ; n'en est-ce pas assez pour les aigrir et pour réduire les plus faibles aux tristes moyens de conserver, comme ils peuvent, un bien qu'ils ont acquis et sur lequel ils n'osent compter ?

LA COMTESSE

Les hommes dont vous parlez font toujours le malheur des femmes qu'ils aiment; mais ce sont ceux que j'excuserais le mieux. Il en est d'autres qui rendent les femmes plus à plaindre, et c'est à ceux-là que l'on ne peut pardonner.

>IO.NTADE

Je vous entends, madame; c'est l'histoire d'Ariane, que pourtant Bacchus consola. C'est faire, au surplus, le procès aux uns et aux autres ; si un homme nég-lig^e une femme ou la quitte, c'est souvent pour s'attacher à une autre qui l'en fait repentir. L'une a reçu l'injure, l'autre la venge ; et le pauvre homme, en tout cela, joue un rôle assez triste et assez méprisable. Comptez, madame, qu'il est de notre intérêt, comme du vôtre, de bien connaître qui nous aimons ; (|ue le dang'er est tout égal, qu'il est peut-être plus g^rand pour nous, parce qu'enfin, on cherche partout la beauté; partout on l'aime, partout elle est exposée à des attaques, à des assauts fréquents, rudes et difficiles à soutenir, et que nous ne sommes, nous autres, aucunement dans ce cas.

LA COMTESSE

Vraiment, non, puisque c'est vous qui nous y mettez... Montade, dites vrai... Combien avez-vous attaqué de

196 l'œuvre de crébillon le fils

femmes en votre vie?... Tout jeune que vous êtes, vous avez de l'acquis, ou je me trompe fort.

MONTADE

Je n'ai jamais attaqué personne, madame... Et quand je l'ose... j'y réussis mal... J'aime trop bien... La timidité est inséparable de l'extrême amour... C'est le tourment des cœurs délicats. Je ne l'ai jamais si bien senti... Non, jamais... et je le jure!...

LA COMTESSE

Quoi ! VOUS aimez, Montade ! Gela se peut-il croire ? Je ne saurais me le persuader. Et quelle est cette malheureuse femme que vous aimez aujourd'hui et que peutêtre vous quitterez demain ? Si je la connaissais, je lui donnerais de bons avis.

MOXTADE

Soyez tranquille, madame; vous ne la connaissez pas, et jamais je ne vous dirai son nom...

LA COMTESSE

Quoi! jamais?

MONTADE

Non, jamais, jamais...

LA COMTESSE

Eh bien! tant mieux! J'ig-norerai ses peines quand l'inconstance vous prendra.

MONTADE

Oui, madame, tout comme elle ignore vos plaisirs dans l'état tranquille où vous vous trouvez.

LA COMTESSE

C'est cela qui me fâche; je voudrais lui en faire part et la rendre juge elle-même de son état et du mien... Il me prend un mouvement de bon cœur là-dessus qui m'intéresse déjà pour elle plus que pour vous... Me pardonnerez-vous cela, Montade ? 1

Oui, oui; je VOUS pardonne ce mouvement, parce ([uc je le sens tout de même, et qu'après elle je n'hésite pas à dire que tout ne m'est rien. Mais cette bonté de votre cœur, madame me suffit; vous n'en saurez pas davantage ; je ne vous mettrai point à portée d'aller plus loin.

LA COMTESSE

Pourquoi cela? Que risquez-vous à me la faire connaître, si elle vous aime bien?

MONTADE

Voilà le point. Un amour tendre et délicat sait-il jamais s'il est assez bien aimé? Peut-être ne le suis-je point du tout ; et quand je le serais, ce que vous m'avez dit là me ferait frémir. Gomment! madame, vous seriez capable, froidement, comme vous le dites, de me perdre par les conseils que vous donneriez à la personne que j'aime, si je vous la nommais? Que Dieu me préserve de vous donner jamais cette cruelle satisfaction!

LA COMTESSE

Encore un coup, JMontade, est-il bien vrai que je ne la connaisse point? Parlez-moi sincèrement. Gela me touchera et me fera peut-être entrer dans vos intérêts plus que vous ne pensez.

MONTADE

Je ne puis que vous répéter la même chose : que vous ne la connaissez pas, en effet; que vous ignorez tout ce qu'elle vaut ; que c'est un ang-e sur terre, dig"ne d'y faire descendre un Dieu; un cœur neuf qui ne s'est point encore senti; que, depuis deux mois, cette malheureuse passion me trouble et m'agite; que je ronge mon frein, que je me tais et que, tôt ou tard, j'espère me dégager. Jugez où j'en suis ! je n'ai pas seulement osé lui découvrir encore mon état !

igS l'œuvre de crébillox le fils

Que dites-vous ? elle ignore ? comment ! vous êtes capable d'aimer à ce point, et vous n'osez le déclarer!

MONTADE

Non, je n'ose; j'ai trop peur de lui déplaire; j'aimerais cent fois mieux périr. En gardant mon secret, je jouis du moins du charme de lavoir... Et c'est beaucoup. Si je lui ouvrais mon cœur, peut-être s'en ofîenserait-elle, peutêtre ne la reverrais-je plus; que deviendrais-je?

LA COMTESSE

Montade... que votre situation est attendrissante, et qu'elle me touche ! Non, vous ne méritez pas qu'on vous serve mal lorsque vous savez aimer si bien... Je deviens votre amie autant qu'on peut l'être. Faites-la connaître, cette personne que vous aimez si parfaitement. Si elle est digne de votre amour, elle mérite de ne pas l'ignorer; je veux qu'elle le sache, quand je devrais moi-même l'en informer et lui faire sentir de quel prix doit être un amant si délicat.

MOXTADE

Madame... ne me trompez-vous point?... me parlez-vous de bonne foi?

LA COMTESSE

Oui... de bonne foi, Montade.

MONTADE

Levez-en la main...

LA COMTESSE

La voilà levée !

MONTADE

Plus haut!... fort bien... laissez-la tomber dans la mienne.

LA COMTESSE

Tenez... que me fait-il faire?

MONTADE

Donnez-moi l'autre.

LA COMTESSE

OÙ me la meltcz-vous?

MONTADE

Tàtez-nioi le pouls seulement.

LA COMTESSE

Ah ! ciel! comme il bat !

MOXTADE

C'est lui qui vous la nomme... il est plus hardi que moi !

LA COMTESSE

Montade...

MONTADE

Voilà mon état dei)uis une heure.

LA COMTESSE

Elle mien doue !... Ah !... j'étouffe... je ne sais ce que je dis !

MONTADE

Gomme vous me regardez, madame !... Sont-ce là des yeux de courroux ? Ils m? saisissent et me troublent! Vos regards fixes me font trembler... Voilà votre pied qui me touche: souiîrez du moins que je le baise mille fois... Ah! de quel fardeau je suis débarrassé!...

LA COMTESSE

Quoi!... c'est vous?...

MONTADE

Oui, pour jamais !

LA COMTESSE

Quoi ! c'esl vous qui êtes assez hardi pour aimer une femme comme moi !... Pourquoi me l'avez-vous dit?

MONTADE

Puisque je vous l'ai dit une fois, je vous le dirai bien d'autres; il faut prendre votre parti là-dessus.

LA COMTESSE

Non, je ne puis. Que ne gardiez-vous ce malheureux secret? Pourquoi me l'avez-vous dit ?

MONTADE

Pourquoi m'y avez-vous forcé ?

LA COMTESSE

Hélas! pouvais-jc penser que cela viendrait jusqu'à moi ?

MONTADE

Oui, oui, madame, vous le pensiez, vous le saviez, vous n'en pouviez douter : il y a assez longtemps que toutes mes démarches vous en instruisent et vous l'apprennent.

Et pourquoi voulez- vous que vos démarches me l'aient appris? Doit-on penser que l'amour seul mène les hommes, et qu'il n'est pas en eux de sentiments purs et g-énéreux? Devais-je vous croire incapable d'une amitié tendre et vertueuse lorsque je necroyais voiren vous que cette amitié qui m'était si respectable et si chère?

MONTADE

Une amitié pure, madame?... Hélas! il n'est point d'homme sur terre assez fort pour se contenir ainsi... On ne se donne point le cJioix de vous aimer comme on veut lorsqu'on est près de vous, lorscjue votre présence transporte et ravit. Vous occupez depuis deux ou trois mois tous les moments de ma vie. Depuis ce temps, je crois n'avoir pensé qu'à vous et n'avoir vécu que pour y penser, que pour y rêver, pour imaginer enfin le moyen de vous le dire... Combien de fois ai-je soupiré après un moment comme celui-ci !... Combien de fois me suis-je persuadé r[ue vous l'évitiez avec autant de soin, et qu'après avoir levé tous les obstacles qui vous environnent, je Irouveraistoujours en vous un obstacle invincible pour moi ! J'étais plein de cette idée quand je vous ai trouvée où vous êtes, sur votre sofa... Je me suis d'abord considéré seul avec vous, sans témoins. Je brûlais de par-

TAHLF.AUX DRS MŒURS DU TKMPS 201

ler et de vous ouvrir monàme; mais vos yeux, que j'adore, m'imposaient tant de respect et de crainte que cette conversation se serait peut-être terminée comme beaucoup d'autres, si, peu à peu, vous ne m'aviez vous-même arraché le secret de mon cœur. Car, je vous le déclare, je n'ai aucun tort là-dessus, si ce secret vous blesse : c'est malgré moi que je vous l'ai découvert. Si vous croyez pouvoir vous en plaindre, vous n'auriez pas dû abuser de ma bonne foi et de ma sincérité : ce serait une vraie trahison de votre part, et je ne pourrais trop vous le reprocher.

Laissez-moi faire; reposez-vous sur moi des reproches que je mérite: je m'en fais bien assez. Pauvre femme que je suis! m'y voilà tombée enfin!... Allez, Montade, consolez-vous: tout l'avantage vous reste; à moi la honte d'avoir succombé la première, de n'avoir pu développer votre secret sans me trahir moi-même, sans déceler le mien... Je suis toute saisie, touteéblouie... Je nesaisce que je fais, ce que je dis... ou plutôt ce que je devrais dire..* Je me trou^e dans une confusion, dans un désordre qui m'accable... Je sens des choses que je n'ai jamais osé prévoir ni penser... Que je suis malheureuse de vous avoir connu, puisqu'il était écrit que je ne pourrais me défendre de vous ! Que vous aviez raison tantôt de blâmer ma vie retirée!... Vous qui, sans le savoir, en êtes la seule cause; vous, pour qui je reste ici presque tous les jours; à quoi faire? à vous souhaiter, à vous attendre, à gémir souvent de tout cela... Malheureuse!... J'ai eu beau réfléchir, me contraindre et m'observer depuis que je vous vois venir ici, je me suis laissé entrevoir avons malgré tout ce que j'ai pu faire ; je n'ai pas eu le courage d'éviter ce tête-à-tête... Et combien (le fois l'ai-je souhaité, tout en frémissant! J'ai voulu lan-

tôt me (léguisor jusqu'au boni. Mais vous m'avez séduite, vous m'avez entraînée dans une situation violente que mon reste de raison n'a pu surmonter... Montade, n'en abusez pas. Vous voilà satisfait : n'allons pas plus loin; ayons de la vertu, mettons-en jusque dans nos faiblesses. Cessons de nous voir., du moins, voyons-nous rarement. Ne nous exposons plus l'un à l'autre. Évitons la suite d'un eng-ag-ement qui renverserait mon faible esprit, qui m'exposerait peut-être à des malheurs dont la seule pensée me remplit d'époux ante et de frayeur.

MONTADE

Madame, pendant que vous vous ég^arez, je reprends mes sens. Voilà l'avantage qu'on a de marcher ensemble et de se tenir par la main. On s'étaye, on se soutient, on se g^uide à l'appui l'un de l'autre dans la roule qu'on fait. Que pouvez-vous craindre, madame, présentement que nous nous sommes confié le secret de nos cœurs, présentement que nous pouvons tout voir du même œil et que nous ne voyons plus qu'un même objet? Ah ! qu'il est aisé de parler et d'ag^ir à l'abri de toute crainte, de se communiquer les sentiments et les pensées qu'on a, quand un même amour les inspire et les conduit ! S'il y a eu <ie l'embarras, de la peine et du dang-er, c'a été pour en venir au point où nous en sonnnes; mais, dès ce moment, les (lang'ers sont passés, les peines sont finies, tout effort est fait, les épines sont arrachées et nous n'avons plus (lue des fleurs à cueillir... Ou'en dites-vous, madame? ai-je tort?

LA COMTESSE

Je ne sais.

MONTADE

Quoi! vous ne savez pas si nous sommes unis?

LA COMTESSE

Combien cela durera-t-il?

TABLEAUX IJKS AFfEl US DU TEMPS 203

MONTA DE

Celte question in'iiisuli»' : vous m'en demanderez pardon dans dix ans, et vous ne vous la pardonnerez pas.

LA COMTESSE

Hélas ! j'y consens.

MONTA DE

Oh! oh! madame, quand l'amitié \ous g'ayne, Fimpolilesse vous prend.

LA COMTESSE

Comment cela ?

MONTA DE

Vous m'avez promis tantôt que vous rang^eriez ce piedlà, qu'il ne me toucherait point... Le voilà sur ma cuisse.

LA COMTi;SSE

Eh bien ! je vous en demande pardon; je n'y i)rcnais pas carde ! il n'y retournera plus.

MONTA Di:

Moi, je veux qu'il y demeure pour vous punir de votre incivilité.

LA COMTESSE

Je vous le rends, mais à condition que vous n'y toucherez pas, ou je le retire d'abord.

>[ONTADE

Non, je ne veux ([xic le voir plus à mon aise parce qu'il est joli, petit, fait au tour.

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