‹ Tableaux des moeurs du temps dans les différents âges de la vieChapitre 21 sur 31 · I,.V COMTESSE · texte numérisé non relu

I,.V COMTESSE

Encore ; quelque folie !

MON r A DE

Si vous saviez, quand je vous entends courir sur votre-

2o4 l'œuvre de crébillox le fils

parquet, combien le bruit clair de vos mules est doux à mon oreille, vous comprendriez l'effel que peut faire votre mule en tombant. Tout ce que cela dit se sent bien, rpais ne s'exprime pas.

LA COMTESSE

Que VOUS êtes heureux, Montade, de pouvoir rire et jouer ! Apprenez-moi ce qu'il faut faire pour se conserver l'esprit libre dans l'état où je suis et pour rire et jouer comme vous.

MONTADE

Cela est bien extraordinaire; voilà une expérience qui m'étonne. Quand je la touche, cette mule, que je vous la mets ou vous l'ôte, il me prend une sorte de saisissement presque égal à celui que l'on sent quelquefois quand on rencontre, sans y penser, du velours sous la main, ou quand on cueille une pêche couverte de son duvet.

LA COMTESSE

Remettez-la donc \ite et n'y touchez plus; vous savez nos conventions.

MOXTADE

Ce qui me paraît aussi joli que la mule est le bas blanc que vous avez là... Oh ! ne bougez point : votre jupon, qui est blanc tout de même, tombe dessus et ne le cache que trop bien. Mes regards ont beau plonger, je ne peux seulement voir jusqu'où va le coin... En vérité, cela n'est pas bien !

LA COMTESSE

Je ne suis guère en train de folâtrer. Parlons d'autres choses... Montade, que devenez-vous? Paraîtrez-vous daiLS le monde aujourd'hui? Viendrez-vous souper avec moi?

MONTADE

Je ferai plus, je ne vous quitterai point tout le reste du jour; cependant, je soupai hier ici.

LA COMTESSE

Eh ! qu'importe? mon mari vous aime et voudrait vous voir tous les jours !

MONTADE

Une condition pcnirtant ; vous en avez fait tantôt, j'en veux faire à mon tour... c'est (jue vous me laisserez voir ce bas blanc, que je n'ai encore qu'entrevu.

LA COMTESSE

Vous êtes fou, Montade... Surtout, ne me touchez point ; je vous le défends très sérieusement.

MONTADE

Payez mes yeux, du moins, de la contrainte que vous m'imposez!... Je n'y toucherai pas, je vous le promets. Ce sacrifice-là ne vaut-il pas quelque chose?... Eh! ce que je vous demande n'est rien... Que je le voie, ce bas blanc... Je l'entrevois du plus beau blanc du monde et j'aime les bas blancs avec passion... Montrez-le-moi vousmême.... Laissez ce petit pied sur ma cuisse.... Hélas! il est si bien ! Tirez vous-même, soulevez votre jupon... Tenez, voilà mes deux mains par-dessus ma tête...

LA COMTESSE

Que de faiblesses en un jour ! Vous voulez la voir, ma jambe... La voilà ! En est-ce assez ?

MONTADE

Je ne vois presque rien... je n'aperçois que le coin des bas... Eh ! de g"râce, levez un peu plus cet incommode jupon.

Eh bien ! fou ! extravag-ant !,..

MONTADE

Encore plus... Puisque je me suis lié les mains. Encore, madame, jusqu'à cette jarretière... que je la voie, que je sache au vrai de quelle couleur elle est !

206 l'œuvre de CRÉBILLON LE FILS

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