‹ Tableaux poétiquesChapitre 13 sur 27 · LES TROUBLES · texte numérisé non relu

LES TROUBLES

^^iNsi que les bouleaux tremblent sur nos fontaines^ Vous tremblez au doux bruit des louanges humaines . Vos troublessont charmans, on dit qu'ils sont trompeurs : Moi je ne le dis pas, et je crois à vos peurs.

Vous craignez vivement de plaire, d'être aimée; Et vous avez raison d'être bien alarmée. Contre un pareil effroi quel secours espérer ? Certes , ce n'est pas moi qui puis vous rassurer î Quand un anae nous vient des voûtes éternelles . On entend dans les airs frémir ses blanches ailes; L'enfant . qui nous séduit . a peur en triomphant ; Et vous tenez beaucoup de fange et de l'enfant. J'ai mes troubles aussi , j'ai mes fi'ayeurs secrètes : Le sort peut me jeter loin des lieux où vous êtes; Alors , je crains l'absence et ses pénibles jours ; Je crains , en vous aimant , de vous aimer toujours; Je crains le souvenir de vos douces alarmes , De vos chants commencés , de vos timides larmes ; Je crains , portant mes pas et mes regaixls ailleurs , De ne jamais tiouN er de semblables frayeurs.

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Déïphire, trop émue pour goûter les douceurs du sommeil, était assise près d'une fenêtre à grillage d'or; et s'accompagnant avec le psaltérion, elle chantait cette Casside sur le mode Nava, dont on se sert en Asie pour pleurer l'absence des amans.

Marchangt.

l'odalisque,

« c^^H ! que ne puis- je fuir le maître que je sers î

« Loin du sérail inaccessible , 5) Joindre le bien-aimé sous le lotos flexible

» De la fontaine des déserts !

)) Pourquoi , jeune guerrier, sous ta brillante armure, M Ne pas laisser ta grâce et tes traits inconnus ? » Le vent a fait flotter ta longue chevelure ; M Ton casque à mes regards ne te dérobait plus. )) J'ai vu l'aziu' briller sous ta paupière humide ; 3) J'ai senti mon coeiu' battre et tout mon corps frémir.

3) Comme une gazelle timide , » Je tremble encore, émue à ce doux souvenir. ^) J'en atteste du ciel les brillantes étoiles , » J'en jure par ces nœuds et par ces chastes voiles , » Dans le désert bridant si j'étais près de toi , » Mon paradis serait sous ta tente poudreuse ,

5) Et des lîom'is la plus heureuse

)) Serait moins heureuse que moi.

» La fortmie à mes pieds peut répandre un nuage

POÉTIQUES. Ii3

» De perles , de rubis , d'or et de diamaiis ; » Va , ce sable léger qui vole à ton passage , )) A pour moi plus de prix que ces vains ornemens.

» Libre , je deviendrais ton esclave fidèle ,

» Et l'amour unirait nos cœurs , » Comme au lait ëcumant le miel doré se mêle

» Dans la coupe de nos pasteurs.

» Ne crains pas le barem ; sur moi sois sans alannes , » Le souffle d'un tyran ne m'approche jamais :

» Mon miroir seul a vu mes charmes , M Et mon bain seulement a touché mes attraits.

» Nous avons la même prière , » Sans avoir les mêmes autels;

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)) Viens donc , viens m' expliquer les secrets éternels ; » Je marche dans la nuit , fais-moi voir la lumière ; » Que ta foi soit mon guide, et ton bras mon soutien. » Je t'offre , avec mon coeur, ma crédide ignorance : »Je veux tout partager, ton sort, ton espérance , » Car je ne puis avoir d'autre Dieu que le tien.

» Comme la colombe éclatante » Qui demande son frère aux beaux jours du printemps , » Parmi les croissans d'or mon écharpe flottante

» Va t'annoncer que je t'attends. »

Le ciel est calme et pur, la nuit silencieuse ; Cette plainte d'amour, douce et mélodieuse , S'élève dans les airs , et le zéphir léger La porte sur son aile au coeur de l'étranger,

POÉTIQUES. Il5

11 veut repond rc , et craint que sa voix imprudente N'éveille le soupçon autour de son amante; Il prend son luth d'ivoire ; en sons harmonieux Ses soupirs plus discrets s'exhalent vers les cieux. Tels de faibles échos , sur des rives lointaines , Répondent doucement aux accens des Sirènes.

fLe signal attendu se montre sur les tours ; Un esclave séduit guide , par cent détours , Le jeune amant aimé vers l'asile où repose La beauté d'Orient sur sa couche de rose. Ils s'enivrent d'amour, et se parlent tout bas , Et laissent passer l'heure , et n'aperçoivent pas , Sous les plis du rideau qui lentement se lève , La tête du Sultan, son regard et son glaive.

Le schall, qui est en même temps si antique et si propre à être dessiné de tant de manières , drape , voile , cache tour-à-toiir la bcaiilé , et se prête aux plus séduisantes expressions.

M"' DE Krudner.

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