ONDINE
^^x est autour de nous des êtres invisibles ,
Nés d'un souffle idéal et cependant sensibles ; •
Le Sylphe transparent , cpii d'un vol gracieux
Le soir, quand le jour meurt , semble chercher les cieux ;
TABIiEAUX
La vive Salamandre , aux ailes enflammées , Le Gnome épouvantant les vierges trop aimées , Et les jeunes Ondins , qui parmi les roseaux Elèvent , en chantant , leur beau corps sur les eaux. On dit que de nos maux ces êtres sont victimes Dès qu'ils nous sont unis par des liens intimes : Or , voilà que des Ilots respirant la fi-aîcheur , Le regard attentif, près du lac , un pêcheur Ecoutait ce chant faible , expirant sur la rive , Qu'exhalait une voix inconnue et plaintive :
« J'habite au fond de l'eau dont j'adore le bruit ; » Sur le cristal mouvant je repose la nuit ; » La perle et le corail , qui roulent avec l'onde , ->•> Couronnent dans le jour ma chevelui^e blonde , « Je dessine , en jouant au milieu des cailloux ,
POÉTIQUES. ly
» Des traits que m'ont offerts mes songes les plus doux ; » Et parmi les lys bleus , parmi les blancs narcisses , )) De l'essence des fleurs je goûte les délices. » Aux rayons du soleil , sous la vague d'argent , » Je vois courir l'azur du poisson diligent.
» Je gouverne par un sourire » Tous les sujets brillans de mon brillant empire ; » Et je veux te donner , avec tout son pouvoir ,
» Mon anneau d'algue de rivière ; » Viens, je t'épouserai quand les astres du soir n Répandront dans les flots leur tremblante lumière. » Viens avec moi dans le creux du rocher, )) Sous la cascade qui s'épanche , » Sous la poussière hinnide et blanche » Où j'aime tant à me cacher!
48 TABXiEAUX
» C'était là qu'un beau soir je m'étais reposée ; )) Mon image brillait dans la fraîche rosée, M Ta nacelle effleurait le bord silencieux; » Tu me vis , tu crus voir une étoile des cieux î » Et depuis ce moment mon sort est de t'attendi^e , 3) Je cherche dans mes fleurs la trace de tes pas ; » Je t'appelle de loin , j'ai besoin de t' entendre , » Ta vie a des secrets que je ne connais pas.
» Viens , il faut que je t'appartienne » Pour que mon âme en tout soit semblable à la tienne. » Viens mêler ta tristesse à mes encliantemens ; » Je t'offre tous mes jeux, donne-moi tes toui^mens. » Je n'entends de soupirs , au milieu de ma joie , 5) Que les soupirs légers que la brise m'envoie , » Et lasse d'un plaisir qui revient chaque jour , » Je demande les pleiu's , je demande l'amour.
» Mon existence est douce et ma vie est légère , )) Mais je suis an bonheur tout-à-fait étrangère. » Malheureuse ! je n'ai jamais rien désiré , » Je n'ai jamais souifert , je n'ai jamais pleuré ! »
Elle pleura bientôt comme une sœur des hommes ; Bientôt elle devint , hélas ! ce que nous sommes ; Elle vécut long-temps de toutes nos douleurs , Et trouva des poisons dans le parfum des fleurs.
O qui que vous soyez, ou mortelle ou déesse. Si l'Olympe vous compte au rang des immortels, Voyez un suppliant embrasser leurs autels! Prêtez à mon malheur votre di\'in auspice; O qui que vous soyez, devenez-moi propice!
PiCHALD.