‹ Tableaux poétiquesChapitre 22 sur 27 · LA VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

LA VILLAGEOISE

« (^^H ! pourquoi donc vas-tu le soir,

)) Jeune fille . dans la campagne ,

» Quand nul ami ne t'accompagne .

» Quand il fait froid , quand il fait noir ?

in6 TABIiXAUX

» De fatigue toute épuisée ,

» Toute couverte de rosée ,

» Dans mon château viens vite , allons

» Viens essuyer tes cheveux blonds.

» Tes malheurs me sont inconnus ; » Mais tu parais faible et chagrine :

)) En marchant ta tête s'incline , » Les cailloux blessent tes pieds nus.

» Viens changer ta tristesse en joie , )) Et ta bure contre la soie.

M J'ai pour toi de brillants habits , M De l'or , des perles , des rubis.

» — Vos rubis . vos perles . votre or.

5) Les châteaux . la soie ëclataiitc .

■)•> De tout cela rien ne me tente ; » Je pleurais et je pleure encor.

» Mes larmes tombent sous la pluie :

» Eh bien ! l'ami qui les essuyé , » N'est ni puissant ni renonnné ,.

« Mais il est plus. . . il est aimé.

V On ne sait pas connue il est beau . » Et comme je suis peu craintive , » Quand il m'embrasse sous l'ogive 3) De la tourelle du château ; » Quand il me parle avec tendresse , » Et que dans ses bras il me presse , » Comme le lierre , aux longs anneaux

17^ TABKEAUX

» Presse avec grâce ces créneaux.

» — ]Ne crains rien ; tu seras en cor

« Par la blanche laine habillée ,

» Et par l'onde du ciel mouillée.

« Ne crains rien : tu n'auras point d'or ,

» Tu n'auras point de pierreries ,

» Mais par les fleurs de nos prairies

)) Tes cheveux seront retenus :

3) Un berger suivra tes pieds nus. »

Et ne déguisant plus sa voix , Levant sa visière baissée , U se montre à sa fiancée Tout aussi pauvre qu'autrefois.

Et puis , pressant la siamoise

Du corset de la villageoise , Il l'entraîne , fidèle et beau ,

Sous l'ogive du vieux château.

Âli ! qu'importe le sort si ta main caressautc

S'appuie au gouvernail de ma nef inconstante.

M"» Tastl-.

Page 1