LA CONSOLATION
^^^oiLEz ce front charmant , baissez vos yeux si doux .
A ces mots, jeune enfant, pourquoi vous troublez-vous ?
Pourquoi cette rougeur et ces craintes si vives ? Les belles , sans effroi , même les plus craintives ,
Trouvent à notre encens d'ineffables douceurs , Et moi , je vous jugeais comme on juge vos sœurs , Je disais : elle est belle et sensible aux louanges ; Je le croyais; Torgueil est le péché des anges.
Allons , rassurez-vous , j'oublîrai vos appas ,
Vos grâces, vosyeuxnoirs.voslongs cheveux d'ébène,
Ou , sans les oublier , je n'en parlerai pas.
Mille dons , toutefois , pourraient vous rendre vaine ;
L'esprit , le goût des arts , le charme des talens ,
Vous avez tous ces biens, et vous avez quinze ans.
Des lyres, des pinceaux, des fleurs sont vos trophées;
Vous tenez la navette ou l'aiguille des fées.
Vos succès d'une mère adoucissent le deuil ,
Vous faites son bonheur, et lui laissez l'orgueil.
POÉTIQUES. ig^
Dès l'aurore , épiant l'heure qui la réveille ,
On vous voit , dans ses bras , voler avec anioui' ,
Sourire et souhaiter , et donner un beau jour ;
Et tous les jours , ce jour est plus beau que la veille.
Votre main , dans l'émail brillant d'or et d'azur ,
Mêle aux feux du Moka , les parfums d'un lait pur;
Ou fait mollir le thé dont la feuille odorante,
Dans le vase brûlant, brunit l'eau transparente.
Ainsi , de votre mère épiant les désirs ,
Ses besoins renaissans vous forment des plaisirs.
Votre mère eut un fils! dans le séjour céleste
Les Séraphins l'ont vu comme un frère nouveau.
A peine dégagé des voiles du berceau ,
11 lut enveloppé dans le linceul funeste ;
Sa jeune âme monta doucement vers le ciel ,
igS TABIiEAUX FOÉTI9ITES.
Comme les flots légers des parfums de l'autel; Hélas ! et parmi nous , de sa vie éphémère , 11 ne resta plus rien que les pleuis de sa mère.
Elle voulait mourir , elle voulait revoir Cet enfant bien aimé , son sourire , ses charmes ; Mais , d'être mère encor Dieu lui rendit l'espoir , Et vous vintes au jour pour essuyer des larmes.
Elle était à cet âge où le cœur sans alarmes Au doux besoin d'aimer s'abandonne aisément ; A cet âge où l'amour est un enchantement.
Ed. Memnechet.
l'adolescence.
^|éja te voilà belle et grande , Les jeux cessent de te charnier ; Avant que l'amour te demande , Ton jeune coeur jure d'aimer;
Et ta bouche avec un sourire , Redit ce serment passager ; Ta voix le confie à ta lyre , Et ta lyre au zéphyr léger.
Voilà qu'il vient l'âge des belles , Us vont venir les beaux amans , Us jureront d'être fidèles , Tu souriras à leurs sermens ; Mais les sermens et le sourire Sont comme ces chants passagers Que ta voix confie à ta lyre , Et ta lyre aux zéphyrs légers.
Quand tu connaîtras nos alarmes ; Quand tu connaîtras nos amoiu's ,
Quand tu saïu^as toutes les larmes
Des jours qu'on nonmie nos beaux joiu^s;
Alors, oseras- tu redire
Ces chants , ces sermens passagers ,
Que ta voix confie à ta lyre ,
Et ta lyre aux zéphyrs légers ?
De tous les monumens élevés si justement pour immortaliser la gloire du règne de Louis xiv, les deux édifices pieux et augustes où la valeur d'un côté, et la noblesse du sexe de l'autre, trouveront jusqu'à la fin des ressources sûres et publiques, sont les titres qui lui répondent le plas des éloges et des actions de grâces de la postérité!
Massillon.