LE CONVOI
(qS^Es voiles de la nuit enveloppaient la terre , Et , dans les arbres noirs , la lune , avec mystère , Jetant de ses rayons l'éclat pâle et tremblant , Eclairait mi cercueil couvert d'un linceul blanc-
5o TABLEAUX
Des feux légers , erraiit sur les eaux de la Seiue , Dirigeaient uu esquif vers la rive prochaine , Et des hommes marchaient , faisant tremhler le bord De leui^s pas ralentis sous le poids de la mort.
Des voix qui se mêlaient au murmure de l'onde Semlilaient nous annoncer, par un chant solennel. Qu'une vierge de moins gémissait dans ce monde , Et qu'un ange de plus souriait dans le ciel.
Et moi, je m'avançai pour pleurer l'innocence, Pour voir si le trépas ressemble à l'espérance , Si la vierge appelée au céleste séjour Conserve dans ses traits des souvenirs d'amour. Mais je n'aperçus point les pieuses offrandes , Les emblèmes touchans . les voiles , les guirlandes ,
P-OÉTIQUBS. 5l
Et je cherchais eiicor, d'un regard attristé, Ces fleurs que la mort même accorde à la beauté. Tout à coup , d'un llambeau la rapide lumière Me montra le convoi d'IsABEAu de Bavière.
En signes menacaus , sur ce front réprouvé ,
L'anathème éternel semblait être gravé ,
Et , d'un ange vengeur au cercueil poursuivie ,
Sa mort m'épouvanta presqu'autant que sa vie.
Je ne pus soutenir ce spectacle odieux :
Ses crimes tout vivans passaient devant mes yeux.
Parjure à ses sermens , femme et Reine adultère , Dans le sein de la France appelant l'Angleterre , Humiliant nos lys sous de honteuses lois , Elle affligea long-temps le règne des Valois :
5a TABIiEAUX
Sur leur trône orageux funeste passagère , Son peuple lui garda le nom de l'Etrangère.
Silence ! . . . EUe fut Reine , et l'on voyait encor
Briller sur son front pâle une couronne d'or.
Point de peuple à sa suite , et surtout point de larmes ;
Un simple chevalier revêtu de ses armes ,
Un serviteur, comme elle à la France étranger :
Dieu seul en ce moment semblait la protéger;
La Prière , montant sur ses ailes de flanune ,
Ne désespérait pas du salut de cette âme ;
La grande croix d'argent, les grands cierges bénits.
Par des sentieis étroits marchaient vers Saint-Denis ;
Et , d'un pieux respect conservant l'apparence ,
Des moines tristement conduisaient son cercueil , Pour qu'il ne fïit pas dit qu'une Reine de France Descendît au tombeau sans cortège et sans deuil.
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J'ai toujours Irouré que le ciel avait une véritable physionomie, tantôt paternelle, tantôt irritée, et ce soir il condamnait notre amour.
M"' DE Staei..
l'étoile.
;ÉJA de feux brillans toul le ciel étincelle : Après un joui' si beau , Dieu ! cp.ie la uuit est belle ' A sa douce clarté je puis eucor te voir; Oh! viens, viens respirer Tair pai4umé du soir.
Sous l'ombre qui descend et va couvrir la terre J'ose mieux de mon cœur révéler le mystère, Te dire quel bonheui^ tu répands sur mes jours Et l'ineffalile espoir d'être heureuse toujours. Vois cet astre éclatant qu'aucune ombre ne voile, C'est l'astre protecteur, c'est la plus belle étoile; C'est la mienne... Et, ces mots à peine prononcés, Involontairement ses yeux se sont baissés. Elle se ressouvient des heures de souËfrance ; Craintive , se repent même de l'espérance :
Elle a peur de sa joie , elle trenilile en son coem- D'avoir du sort jaloux défié la rigueur : Et quand son oeil troii!3lé se relève , un nuage Sur l'étoile, en passant, confirme le présage.
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Il est des jours de paix , d'ivrusse et de myslère Oi\ tout le cœur savoure tin charme involontaire.
Victor Hcgo.