LE CHARME
(p^Es plus briUaiites fleurs qui parfuuieut l'été , Et celles qui le soir couronnent la beauté , Les doux ravisseniens , les naïves tendresses , Les rêves infinis et les saintes promesses,
Tout s'efface ; et bien jeune on compte de vieux jours ; On aime quelque temps et l'on pleure toujours. Je pleure; et cependant, n'est-il pas une femme , Une autre — qui comprend et console mon âme ; N'ai-je pas son regard , son muet entretien , Son coeur qui doucement lui révèle le mien , Et dans l'ombre tout bas mes peines confiées , Et par ses jeunes mains mes larmes essuyées t De tous mes maux alors je chercbe à la guérir ; Car moi , de ma douleur je ne puis que mourir. Au sort qui me poui^suit elle demande grâce ; Dans mon abattement elle espère à ma place ; Sourit à mes toiumens par ses voeux suspendus , Et me redit des mots autrefois entendus.
Je ne suis pas bien sûr , quand je suis auprès d'elle
Si ma vie est à moi , si ma vie est réelle , Si je suis abusé par un songe charmant ; Tout ce qui l'environne est un enchantement.
Sa main brille , en courant, sur l'émail cle sa lyre , Ses beaux yeux sont levés vers le ciel qui l'inspire ; Et , parmi les accords , on entend soupirer Sa voix, qui nous ravit et qui nous fait pleurer. Par sa douce couleur son écharpe de soie Me parle de printemps, d'espérance et de joie; Ses chants parlent d'amour , et mon cœur ranimé Aime , ou se ressouvient , du moins , d'avoir aimé ; Et je dis , plus crédule en ma joie éphémère : « Il est de doux momens dans cette vie amère^ »
Je fus ingrate envers la Providence en n'étant point heureuse. M"' LA D»« DE Duras.