‹ Tableaux synoptiques de l'histoire de l'Acadie [microforme]Chapitre 27 sur 48 · CHAPITRE IV LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

lo Progrès agricole : — à partir de l'invasion, le petit groupe acadien suit, dans la prospérité, une marche analogue à celle du Canada, sous le gouvernement de M. de Vaudreuil et ses successeurs. — De 1700 à 1710, les travaux se développent, les cultures s'étendent malgré les tentatives de conquête, et la pénurie des ressources venant de France. — On voit naître des capitaux.

20 Véritable aisance : — de 1714 à 1726, la production se concentre sur place en se perfectionnant ; — elle va jusqu’à une certaine richesse générale, très uniformément distribuée. — La monnaie métallique, qui reste française, arrive à surabonder : chaque foyer accumule ses réserves de numéraire. — Dans la suite — 1725-65 — l'essor dépasse toutes les prévisions : ce qui témoigne de la vigueur de la race, qui se trouve pourtant isolée et comme séquestrée du monde.

{1o Vie laborieuse : — l’Acadien a hérité de traditions : il aime le t

vail, la peine, le sacrifice. — Epouse, mère, fille secondent avec éner ses efforts : elles sont l’âme de la vie de famille ; — elles savent tis les vêtements, les toiles et linges du foyer, se livrer aux besognes ré, lières du ménage. — Les enfants vigoureux, les adolescents prêtent le concours de bonne heure, et au dehors et à l’intérieur. — Les famili rapprochées par les liens du sang et l’affinité, savent s'entr'aider, s tout à l’heure d'un deuil subit, d'une infortune imprévue : — d

| esprits méchants et jaloux ont pris plaisir à regarder comme idylliqu

| et fantaisistes les descriptions champêtres de Longfellow, dans son ir mortelle Evangéline : — a-t-il peint même la réalité ?

20 Honnêteté heureuse :— la physionomie de ce petit peuple, é Physionomie g — À = a. 3

domestique

111° Expansion

agricole (1730-45)

sur un coin reculé du Continent américain, se peut tracer en dei mots : “ Peuple honnête et heureux ! ” — Pourquoi ? Parcequ est doté de facultés bien équilibrées, d'une âme sereine qui brille « beauté native jusque dans ses yeux ; — parce qu’il est droit, simpl très obligeant et très soum s, respectueux de l’autorité les bras et | cœur ouverts aux agréments de l'hospitalité ; — Parce qu'il est for cièrement religieux, attaché au culte, aux représentants de Jésus-Chris livré aux pratiques sacramentelles, aux cérémonies des fêtes publique: — On l'a mis en ‘ace de vainqueurs dissidents : il ne diminue en rie: sa mentalité originelle, catholique, romaine : — et on lui a fait un crim d'aimer son clergé et ses missionnaires ! — est-ce que sa langue et s: religion ne constituent point la plus précieuse part de son patrimoi ne?... Il en est bien ainsi des Anglicans, sans doute!

{ lo Anciens centres : — Annapolis, Beaubassin, la Grand’Prée et la rivière aux Canards, Cobeguit, Pigiguit, comptent en 1740, de nombreuses familles. — Les terres sont toutes défrichées, les unes encerclées de terrassements servant de digues artificielles et d'aboiteaux qui ont coñté des années de rude labeur. — Le rendement des récoltes, des vergers, des jardins ou potagers, est partout arrivé à son maximum de production, — - Les Acadiens veulent s'étendre vers l'isthme et au nord de Shédiac.

20 Aveux de Mascarène : -- Je 6 déc. 1740, il écrit au Secrétaire d'Etat : — “ L'accroissement des habitants est te! qu'ils ont divisé et subivisé entre leurs enfants les terres qu’ils possédaient... — Maintenant, ils cherchent à avoir de nouvelles concessions de terres que, ni

| feu Armstrong ne s'étaient crus autorisés à leur accorder : les instruc-

| tions de Sa Maj. ne les accordent qu'aux seuls Protestants. . — Aussi, | plusieurs des colons français sont allés s'établir sur les limites et presque hors de la N.-E., malgré les ordres contraires.”

30 Injustes griefs : — «Si on Jes retient de force, ils passeront en bloc

à la colonie française, au Cap-Breton ; — dans le cas de guerre entre | l'Angleterre et la France, ils prendront vite avantage contre nous — | (n'étaientils pas feutres, liés par serment ? ):

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40 Raison du refus des terres : — Philipps, Armstrong et leurs con-

seillers d'Anrapolis s'étaient attribués cent mille acres, à la Grand'- Prée et à Beaubassin, — Leurs agents et amis de Londres — King Gould, Allured et Henry Popple, Andrew Robinson, etc. — participaient aux cadeaux avec largesse. — L'on s'explique le noir portrait, tracé par Armstrong et le léger Parkman, des Acadiens “ ignorants, querelleurs, plaideurs interminables, chicaneurs si mal disposés les uns envers es autres ”. — L'on présume déjà que l’une des causes de l'expulsion restera * l’écœurante rapacité anglaise ”. (V. H. d’Arles, Acadie, t. I, p. 307).

lo Au Nouveau-Brunswick : — les régions, situées au nord de la baie

de Fundy et des bassins qui la prolongent, à l’intérieur, sont désignées alors sous le nom d’Acadie frança'se. — Une Commission commune des Frontières a été constituée (1750) ; — en attendant ses décisions, qui ne vinrent jamais, faute de loyauté des commissaires britanniques, les Acadiens se voient contraints d'émigrer en partie vers le nord. — Fondation des villages, qui se nomment : Beauséjour, la Prée des Bourque, la Prée des Richards, Tintamarre (bruit des eaux, des oiseaux, sur la rivière), La Coupe, Le Lac (les Anglais écrivant Aulac), le Portage, la Baie Verte. — Les officiers français, envoyés du Canada, construsent des fortins : Saint-Jean, Nerepis, (ancien en ruine), Beauséjour, Gaspareau (Port-Elgin) (nom d’un poisson abondant dans la rivière).

20 Exode d’un groupe considérable : — la fondation de Halifax

coïncide, pour diverses raisons, avec l'émigration partielle des Acadiens. — Pratiquement, ils sont persuadés d’émigrer en terre frangaise, puisqu'on leur refuse des concessions en terre anglaise. — Les uns se transportent à l’Ile St-Jean, au Cap-Breton ; les autres (1750), à Misseguesh, à Memramcouk, à Petcodiac (micmac, coude formé par le cours d’eau) ; d’autres encore à Saint-Jean, et ailleurs encore. (V. W. Ganong, Mém. S. R. C., 1904 et 1896). — Ce groupe échappera en partie à la déportation prochaine, grâce aux desseins de la Providence.

lo Voies de communications : — elles ne sont guère que ‘‘ les chemins

qui marchent ” (Pascal), à savoir la mer, les fleuves, les lacs, les rivières : — trajets faits en voiliers de tonnage, ou en barques et canots portatifs. — Une seule route intérieure — entre Beauséjour et la Baie- Verte — a été pratiquée, malgré le mauvais vouloir des lieutenantsgouverneurs ; — elle était sauvegardée au départ par le fort Gaspareau, à l’arrivée par le village de la Baie, assurant ainsi l'évacuation des denrées commerciales.

20 Terres cultivables : - les Acadiens surent les choisir, les mettre

en friche : — ce sont les alluvions des bassins, les marais salins endigués, les vallées des diverses rivières, la hauteur des terres qui les terminent :

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| —.es dernières cependant, encore plantées de forêts, ne sont largeme | exploitées que dans Ja suite, et au retour de l'exil par les Acadiens, par les colons loyalistes.

30 Centres du Commerce : —ce sont les anciens ports, datant , | l’époque des premiers colons, et sur l'Océan, et sur la baie Français et sur le Golfe Saint-Laurent. — Les plus récents sont ouverts au nord Miscou, Miramichi, Baie-Verte, Ristigouche, etc. — Les Acadie vendaient leurs récoltes en échange de produits manufacturés d’Euro} ou de la N.-A., ou encore des épices venant des Antilles et de la Lou siane, — mais surtout des importations de Louisbourg qu'ils alimer

v° taient en céréales et en légumes secs.

40 Postes de fourrures et de pêcherie : —- ]a chasse était comme le Ressources monopole des indigènes, dont la richesse était l’échange des pellete res : Miscou, Canseau, La Hève, Saint-Jean les revoyaient annuelle diverses ment. -— La pêche se fit jadis aux vaches-marines à la Grande-Plain

de Miscou, à l’île du Portage, à Canseau, sur le littoral oriental d l’Altantique. — En vérité, elle était le privilège des Bretons, Normands Basques, Rochelais : — ]n jalousie anglaise et américa ne suscita une lutte séculaire entre les compétiteurs de morue, de tous les poissons de mer. — Les cultivateurs acadiens en usaient pour leur table, sans aspirer à en faire un trafic lucratif, faute de Voiliers à fort tonnage pour soutenir la grosse mer et les assauts des corsaires ; — ils s’en servaient peut-être aussi comme engrais phosphaté.

6o Pouvoirs hydrauliques : — Jes chutes et les portages abondent dans le pays. — A peu de frais, les Acadiens savaient capter un cours d’eau, construire une chaussée, puis un moulin qui desservait les foyers limitrophes. -- Sur les hautes terres et le bord des lacs, l’on avait re- Cours au moulin à vent, d’un usage banal.

6o Forêts et Mines ‘-—les bras manquaient pour l'exploitation des bois les plus précieux ; —- la métropole ne conçut pas même le projet d'utilisation de tant de richesses forestières pour la construction navale sur place : — Jes Compagnies limitaient leur cupidité au labeur facile et peu dispendieux du trafic des fourrures et des poissons secs. — Quant aux ressources minières, elles sommeillaient en attendant l’âge

de la vapeur et des Progrès mécaniques, ainsi que de l’industrie métal. | lurgique. :

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