‹ Tableaux synoptiques de l'histoire du Canada [microforme]Chapitre 32 sur 48 · CHAPITRE III LA PREMIÈRE INVASION AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LA PREMIÈRE INVASION AMÉRICAINE

lo Causes du soulèvement : — d’une part, la séculaire alliance | des Français et des Indiens ; — les mariages entre les coureurs de bois et les sauvagesses ; — les présents traditionnels des gouverneurs français aux chefs des tribus : —les bons accueils et amicales relations des garnisons des forts avec tous les Indiens malades ou affamés ; — l'influence incessante des missionnaires catholiques ; — la défaite, le départ, la disparition des alliés de France et de Québec. — D'autre part, l'arrogance des vainqueurs qui s'emparent des postes avancés du territoire indien ; — leur insolence envers les missionnaires qu’ils exilent au loin : — l'introduction du trafic des spiritueux, jadis prohibé ; — l'établissement par éviction de nouveaux colons américains ; — les mauvais taitements infligés par les chefs militaires, avec mépris, dédain, cruauté, aux délinquants sauvages (V. Bancroft, Hist., t. LIL, p. 375 et T. —.G. Marquis, Can. and its Prov., t. 3, p. 53).

| 20 Portrait de Pontiac : — né en 1720, il devient, grâce à son pres-

tige, à son audace, à son éloquence, l’intrépide chef des Algonquins de l’Ottawa ; — * roi et maître des pays de l’Ouest ”, il est respecté, presque adoré des tribus ; — esprit délié, fécond en ressources, homme de mœurs intègres ; — fidèle allié des Français : — en 1746, il prête avec ses guerriers son concours au commandant de Détroit, assailli par les tribus en révolte ; — en 1755, il se signale avec les siens à la Monongahéla. — Voyant avec une douleur mêlée de rage la ruine de la domination française, il dépêche aux tribus des émissaires secrets ; — lui-même souffle partout la haîne et la vengeance, conviant les Indiens à pourchasser, à exterminer le vainqueur.

| 30 Evènements antérieurs au conflit : —en sept. 1760, le major

Robert Rogers reçoit mission d’Amherst de notifier la reddition de la colonie aux capitaines des postes français de l'Ouest. — Le 7 nov. il rencontre Pontiac non loin de Détroit : notification de l’objet de son mandat ; — puis au commandant, sieur de Bellestre, qui ramène le drapeau fleurdelisé et évacue son poste, sous les yeux de Pontiac et de 700 Indiens. — En 1761, le drapeau anglais flotte sur les forts : Niagera, Schlosser, Presqu'Ille, Les-Bœufs, Venango, Pitt, Miamis, Oua-

tanon, Saut-Sainte-Marie, Makinac, Saint-Joseph — le fort de Chartres excepté, sur le Mississipi. — Tous ces forts conquis n'ont reçu que la plus médiocre garnison, impuissante à seconder sa voisine fort éloignée ; — et Pontiac, habile et rusé, a réuni (1763) environ 56,000 guerriers, avec l’aide de métis et de groupes de Français — les six Nations iroquoises sont neutres.

lo Siège de Détroit : — les garnisons anglaises sont le plupart sans

| aucune défiance ; — mais le major Henri Gladwin (1728-91) écrit de Détroit (avril 1763) “ que les sauvages avouent que nous sommes venus les réduire en esclavage ”. — La garnison dans le fort palissadé compte 8 officiers, 120 soldats, 45 négociants réfugiés ; quelques canons, deux goélettes avec leurs équipages. — Le ler mai. entrevue au fort de Pontiac et de Gladwin ; — le 7, second entretien d'espionnage ; — le 9, l'entrée est refusée à 300 Indiens: signal des hostilités ouvertes ; — Premier assaut de six heures ; le 11, 600 sauvages sont repoussés, et ainsi durant 6 semaines. — A cette époque, environ 500 Canadiens occupent les deux rives de la rivière. — Le 28 mai, un détachement de 120 soldats descend du fort Schlosser renforcer et ravitailler sur des barges la garnison encerclée : 60 sont tués ou faits prisonniers et mis à la torture. — Le 8 juillet, Gladwin constate dans son Journal qu'il doit sa longue résistance aux Canadiens : M. Navarre, les deux Baby, les interprètes Saint-Martin et La Butte, aux Jésuites Pothier et Jonois, — qui l'ont averti en avril, ravitaillé en mai. — En juin, l’une des goëlettes réussit à tromper les Indiens, à amener renforts et provisions. — La promulgation du Traité de Paris vient stimuler l’ardeur de Pontiac, qui veut contraindre les colons canadiens à porter les armes : ils gardent la neutralité, à quelques hommes près.

20 Reprise des forts français : — fort Sandusky (16 mai), livré aux flammes, garnison massacrée, enseigne Paully emmené à Détroit ; — fort Saint-Joseph, sur la rive orientale du Michigan, incendié (25 mai), enseigne Schlosser et trois soldats prisonniers ; — le 27, siège du fort Miamis, enseigne Holmes assassiné, garnison forcée à se rendre. — Prise du fort Quatanon (ler juin), lieutenant Jenkins et sa garnison

20 capitulent—près de Lafayette (Indiana): les Français rachètent les cap-

| tifs. — Le 4, à Michillimakinac, dans une feinte partie de lacrosse, mas-

Hostilités sacre du capitaine Etherington et de 15 hommes. — Après une vigoureuse

défense, la garnison du fort Presqu'Ile se constitue prisonnière avec

(1763) l'enseigne Christie, — Le 18, prise du fort de la Rivière-aux-Bœufs, et

| du fort Venango (20 juin) ; — le 22, au fort Ligonier, le lieutenant

RCD SRE SRE ANNE EP; RE PE AN MERE ER VERT 3 DOS OGRDEE à

Blaine repousse l'ennemi ; — de même, au fort Pitt, où résiste le capitaine Ecuyer : — le flot des colons anglais se porte sur le Maryland et la Virginie. — Ainsi, au bout de six semaines, huit forts sur douze, tombent aux mains des rebelles.

! 30 Rencontres sanglantes : — le 29 juillet, le valeureux capitaine in-

| dien Dalzell conduit à Gladwin, sur 22 barges, un contingent de 280

RC RS EDP RPG 2 SE

hommes, approvisionnements, munitions, canons 3; — le 31, il sort de Détroit à la tête de 250 guerriers, tombe dans l’'embuscade de Pontiac, au ruisseau Parent, perd 20 tués et 39 blessés, et meurt sur la place : cet engagement est appelé Bloody Run — Marche ou Avance sanglante. — Affolé, le gouverneur Amherst jure d’anéantir les tribus en révolte. — Il a chargé le colonel Henri Bouquet (1719-65), Suisse calviniste, de répandre dans leurs camps des couvertes contaminées de germes de vérole : ordre que tenta d’exécuter le colonel (V. L. Grant, Hist. of Canada, Ont., High School, 1914, Toronto, p. 125). — Le 5 août, il dégage le fort Ligonier, près de Pittsburg, est cerné par les indigènes qui sont dispersés à Bushy Run et lui ont tué 50 réguliers, blessé environ 60. — Le 14 sept., un parti de 24 soldats escorte un convoi de ravitaillement de Niagara à Schlosser : les Indiens le surprennent et le jette dans le Devil’s Hole, hommes et bagages ; — un détachement accourt au bruit des coups de feu : il perd 5 officiers, 76 soldats, 8 blessés : coup de main des Senetas-Iroquois. — Le 7 novembre, le major Wilkins porte secours à Détroit sur une flottille : la tempête la jette à la côte : mort de 70 hommes. —, À la fin du mois, Pontiac | abandonne Détroit assiégé, et se rend à Miamis.

{ lo Intervention des Français : — la décision du chef Pontiac est en | | |

| 2o Mission de Bradstreet : — Gage, successeur d’Amherst, a confié | (juin 1764) à ce colonel, vainqueur du fort Frontenac (1758), 1200 | hommes ; ilen rencontre 2,000 à Niagara, réunis par sir W. Johnson | dans diverses tribus. — Le colonel signe autant de conventions de paix Pacification + qu’il y a de chefs ; — rendu à Presqu'île, il en signe une autre, et une

troisième à Sandusky. — Le 26 août, il arrive à Détroit, où Gladwin (1764) | a tenu durant 15 mois ; — le 7 sept., fraité de désarmement avec les

: députés de huit tribus.

| 3o Désaveu du gouverneur : — ces ententes, à la mode des Français, | paraissent à Gage des conventions impolitiques, surtout trop bénignes : il désavoue ces traités. — Continuation des hostilités de la part des Indiens de l'Ohio, de l'Illinois. — Mais en automne, Bouquet se porte sur Pittsburg avec des masses de guerriers : il dicte la paix aux indigènes, derniers partisans de Pontiac, découragés par le désistement général.

| 1o Exode des derniers franco-canadiens : — le 10 fév. 1764, environ 25 familles ont franchi le Missouri : ils jettent les fondements de la florissante ville actuelle de Saint-Louis. — Le 10 oct. 1765, reddition,

Conséquences de l'insurrection

II° Invasion américaine (1775-76) 1°

Ses causes

| à l'amiable, du fort de Chartres par le commandant de Saintonge sur le Mississipi oriental.

20 Soumission de Pontiac : — au mois d'août 1765, Georges Croghan,

sous-intendant des Indiens, après 12 mois d'excursion, se présente à

| Détroit, cunvoque les tribus, leur fait les propositions de paix, —

Pontiac s'exprime ainsi : — ** Je donne aujourd’hui mon calumet à

| William Johnson en signe de réconciliation, ayant pris le roi d'Angle-

| terre pour mon père, en présence des tribus réunies.” — En 1768, le

| traité du Jort Stanwix délimite les frontières du territoire des Indiens de

l'Ouest. — Désormais, Pontiac est réduit à errer de tribu en tribu, tou-

jours bien accueilli des Français, le long de la rive droite du Mississipi, sans cesse dévoré de haîne contre ses vainqueurs. — En avril 1769,

il périt assassiné par un sicaire illinois, soudoyé par un négociant anglais, non loin du fort Sain‘.Louis (Missouri). — Étrange figure à rapprocher de Tecumseh ! (V. Col. W. Wood, Can. and its Prov., t. III).

30 Résultats du soulèvement : — veurtre d'environ 200 marchands 5 — mort d'environ sept ou huit cents réguliers ; — exode et captivité de plusieurs milliers de colons anglais ; — destruction de forts, d'habitations, de propriétés ; — retard forcé de la colonisation. — Nouvelle

| politique du Bouvernement à l'égard des Indiens, fidèles alliés en 1775

| eten 1812.

lo La Révolution américaine (1775-83) : — les opérations militaires

de l’Invasion du Canada durent deux ans (1775-76) ; — elle se Frolonge encore six années (1777-83). — La Révolution est l'insurrec m des treize vieilles Colonies ou Etats-U nis contre la mère-patrie, — des Américains contre les Anglais. — Intervention armée de la France. & l'Espagne, de la Hollande en faveur des révolutionnaires : - suite, coalition de neutralité armée de l'Allemagne, Russie, Suède as du Danemark contre la Grande-Bretagne. — Triomphe fins pendance de la République américaine. (V. Th. Chapais, Act. 4 ñ avril 1917).

| 20 Causes éloignées de l'invasion : — incompatibilité des intesêts

| commerciaux des Colonies et de la métropole : loi du timbre... : im

| sition de taxes, de règlements concernant les échanges, la navigati..

| la ‘ature des denrées et des produits importés et exportés. — fe

! aussi bien : d’un côté, se rangent, dans le conflit, comme facteurs in

{ fluents en faveur des trois millions d'Américains — l'appui politique

| du parti de l’Opposition à la Chambre des Communes, — l'assistance française, espagnole, hollandaise, — la menace des Puissances européennes contre la flotte britannique ; — de l’autre, le gouvernement londonien, le parti loyaliste américain, l'élément colonial canadien . (V. Col. W. Wood, Can. and üs Prov., t. III, p. 73-76).

| 30 Causes prochaines : -— sans doute, au lendemain du Bill de Québec,

| octroyé par le roi : — l’ Adresse du Congrès américain au peuple de la

| Grande-Bretagne (21 oct. 1774), expression du mécontentement géné-

is A NE TS LE nn

2° Situation politique et militaire

ral concernant : 1. le libre exercice d'une “ religion de meurtre et de sang, d'hypocrisie et de superstition ” ; — 2, l'extension des frontières à l'Ohio et au Mississipi, au détriment des colons et des négociants américains. — Diffusion de l’Adresse dans les 13 États. — Cinq jours après, Lettre à la Province de Québec, dans laquelle le Congrès exalte “ le courage et la résistance des habitants ” : — diffusion de la Lettre dans les villes et les campagnes par une armée d'émissaires à gages élevés, dans un dessein de soulèvement ou de neutralité (V. Th. Chapais, Action Cath., Québec, 21 avril 1917).

lo Au Canada : — la situation est médiocre à Londres, où le cabinet est constitué d'hommes d’État de second rang, sans politique décisive, parcimonieux ou cupides, élisant des chefs militaires incapables ; — elle est chez nous insuffisante, à la merci des expédients, des conjonctures, sans plan de cohésion, d'organisation générale, pour la lévée, la marche des armées, l’utilisation des fautes de l'ennemi. — Seul, Guy Carleton est l’âme, le mobile, le héros de la défense et de la libération d’un pays dont : — la population est vingt fois inférieure en nombre, l’anglaise moitié loyale, moitié rebelle, la canadienne ou loyale, ou neutre, ou hostile en partie ; — les garnisons peu nombreuses sont dispersées au loin ; — les relations maritimes, closes en hiver avec la mé- | tropole.

{20 Aux Etats-Unis : — isolés d’abord dans la lutte, sans politique ferme, sans munitions de guerre, avec un armement incomplet, sans magasins, sans caisse militaire et sans discipline. — Mais les Américains ont des chefs déterminés, ambitieux, environ 14,000 hommes résolus à conquérir l'autonomie. — Le Congrès continental siégeant d'ordinaire à Philadelphie, a été suscité par l'impôt du timbre anglais (13 mai 1765); par la fermeture forcée du port de Boston à tout vaisseau étranger (mars 1774), par le souffle démocratique universel de liberté et d'indépendance. — Réuni en mai 1774, il est le foyer intense de la Révolution ; il décrète l'invasion secrète et immédiate du Canada. — Il choisit à l’unanimité Georges Washington (1732-99) comme généralissime des armées. — A force d’habileté et de constance, il triomphe des obstacles, organise les attaques, tient tête aux généraux anglais, se couronne finalement de gloire (V. Th. Chapais, Action cath.).

lo Secrétaire d'Etat colonial : — Georges Germain, Zer comte de Sackville (1716-85), présent à Fontenoy, major-général (1755), lieutenant-général (1757), commandant en second dans l'expédition de Saint- Malo (1758), dégradé pour ses fautes stratégiques à Minden (1763). — Il se voit rétablir en grâce et investir du pouvoir (1775-82). — “ Caractère hautain, esprit borné, ignorant tout de l'Amérique, propre à rien, ami de Wolfe. ennemi préconçu de Carleton ” (V. Bradley, Makers

j of Can., Lord Dorch., p. 149).

20 Chefs militaires : — Guy Carleton, major général des troupes,

Page 1