LX CAS DE NKVROSE
casquette blanche sur un vélocipède qu'on montait avec une clef, puis, entassés dans un coin les écloppés de la première enfance : il y avait un pantin guillotiné, un soldat manchot, un tambour crevé', des bras cassés, des jambes de bois encore recouvertes de lambeaux rouges ou bleu?, bordés d'une frange d'or; un lapin à deux pattes, un petit cheval à bascule auquel il manquait le train de derrière ; la tête et le col s'appuyaient fièrement sur la poitrine, brusquement coupée par un trou béant avec une bordure de carton effiloché.
Georges >'agenouilla. Il prit par le bras une poupée que sa sœur appelait Dudu et qui, objet de soins particuliers, reposait sur un tabouret.
Georges posa Dudu dans un fauteuil et s'agenouilla devant elle.
Cette Dudu était vraiment une merveilleuse création. Sa chevelure blonde avait les reflets du cocon de Chine. Deux yeux d'un bleu foncé avec de longs cils noirs ; une petite bouche avec des lèvres groseille, indice d'un tempérament vigoureux ; des bras finement modelés, des épaules adorables, un je ne sais quoi de parisien dans toute sa personne : telle se présentait la troublante Dudu.
Georges lui prit la main et la couvrit de baisers : puis, après avoir contemplé sou idole
pendant quelques instants, il s'enhardit, et appuyant ses lèvres sur les lèvres de Dudu, il resta comme en syncope.
M™^ de Béryls, songeant alors au séjour que le petit Georges avait fait à la campagne, se mit à reconstituer naturellement les scènes d'amour qui avaient dû précéder le mariage de sa cousine. On ne se gêne pas devant un enfant — et Georges avait tout vu.
Le lendemain, on éloigna les domestiques ; la petite Jeanue fut envoyée aux Champs-Elysées avec sa bonne ; M. de Béryls prit son chapeau et déclara qu'il sortait pour affaires.
M™^ de Béryls, à son tour, dit au petit Georges :
— Mon ami, je suis obligée de te laisser seul à la maison. J'ai une visite à faire, je compte être de retour dans une demi-heure. Sois bien sage.
— Oui, maman.
M™^ de Béryls se mit aussitôt en observation.
Georges alla chercher Dudu, la porta dans sa chambre et, après l'avoir déshabillée, il la coucha dans son lit et prit bientôt place à côté d'elle. 11 regardait avec ravissement la jolie tête de la délicieuse petite personne et, la prenant dans ses bras, il lui disait : — Dudu, je t'aime, je t'adore !
Le docleur était tenu au courant de tout ce qui se passait.