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L'EMPREINTE

Quand une femelle a été couverte pour la prennière fois par un mâle de race bâtarde, c'est vainement qu'on l'accouple ensuite avec un mâle de race pure ; les petits sont dégénérés non seulement pour la première portée, mais encore pour les portées suivantes.

La nature a de ces mystères.

Une petite chienne anglaise que le hasard de la rue aura livrée au caniche du coin produira d'affreux roquets, au poil à moitié frisé, avec la queue en trompette, même si — après le premier malheur— on lui donne un époux de sa race. Le moule est forcé, l'empreinte est prise. Mémo observation pour les juments. Vainement une poulinière arabe, qui aura subi un étalon grossier de la race de Saintonge, sera rappelée à sa dignité par un coursier de Témir ; elle donnera

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le jour à un cheval de charrue et non à un cheval de course.

La nature impitoyable a flétri la me'salliance d'un sceau indélébile.

Ce qui est vrai pour les animaux est, paraît-il, tout aussi vrai pour l'espèce humaine.

Que l'époux, plus blanc que la neige, de la petite-fille d'une mulâtresse aussi blanche que lui, se trouve un beau matin l'heureux père d'un petit négrillon, cela n'a rien de surprenant. Le germe est dans le sang. La sage-femme lui remet un morceau de charbon chaudement emmaillotté en lui adressant tous ses compliments.

Il faudrait être fabricant de cirage pour accepter d'un front serein une pareille aventure : encore n'y a-t-il pas à s'en étonner. C'est dans la logique des choses.

M. de Quatrefages s'est montré trop absolu quand il a affirmé que les races se formaient sous l'empire du milieu.

S'il suffit d'une unique atteinte d'un individu marron pour perpétuiter la bâtardise dans une descendance, la matrice n'est qu'un moule. Tout ce qu'on coulera dans ce moule conservera la forme de l'empreinte gravée en creux.

Que devient alors ce qu'on appelle l'air de famille ?

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Une jeune fille épouse un homme qui a le nez aquilin. Après le délai convenu, elle accouche d'un enfant qui a le nez aquilin.

Puis elle prend pour amant un homme qui a le nez camus. L'enfant du camard a le nez aquilin, et l'on dit au mari trompé : « Ah ! vous ne pouvez pas le nier, celui-là, c'est votre portrait tout craché ! »•

L'empreinte a été prise, c'est fini.

Un des médecins les plus occupés de Paris a raconté dernièrement, dans l'intimité, une histoire dont la moralité est on ne peut plus immorale.

Telle qu'elle est, je la raconte à mon tour, pour l'édification de mes contemporains.

Un jour, une jeune femme du meilleur monde, la baronne X... arriva tout effarée chez le docteur. Elle se laissa tomber plutôt qu'elle ne s'assit dans un fauteuil.

— Docteur, lui dit-elle, vous êtes un vieil ami de ma famille. Je viens chercher ici un confesseur autant qu'un médecin. Ma situation, vous la connaissez. Mariée depuis six ans, il y a deux ans que tous rapports ont cessé entre mon mari et moi. On dirait qu'il n'avait cherché dans le mariage qu'un héritier de son nom^, car ses torts datent du jour où il est devenu père d'un enfant bien constitué et d'une solidité à toute épreuve.

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Ses torts sont" de ceux qu'une femme de cœur ne pardonne jamais. Vous savez ce que je veux dire.

J'ai surpris un jour, à la campagne, le baron avec ma femme de chambre. J'ai chassé la fille et signifie' à mon mari que désormais tout lien e'tait rompu entre nous. 11 fit d'abord semblant de se résigner, puis il tenta un rapprochement que je déclarai impossible. Nous évitâmes le scandale d'une séparation ; notre situation amiable fut réglée par un conseil de famille. Le baron occupe une partie de l'hôtel, moi l'autre. C'est à peine si nous nous rencontrons deux ou trois fois par an. Il y a, à Paris, des gens qui demeurent dans la même maison et qui ne se sont jamais'vus.

Eh bien I docteur, j'avais trop présumé de moi-même. J'ai un amant. Cela vous étonne, mais c'est comme cela. J'ai un amant et je suis enceinte. Comprenez-vous ? enceinte !

La jeune femme était dans un tel état de surexcitation que le docteur eut soin de ne laisser échapper aucune marque d^étonnement.

— Eh bien ! il ne faut pas que cet enfant arrive à terme. Il ne doit pas, il ne peut pas vivre. Je sais tout ce que vous allez me dire. Ce que je vous demande est un crime... Vos devoirs professionnels s'opposent à ce que vous sauviez l'épouse coupable aux yeux du monde... C'est

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convenu. En allendunt, si vous ne me donnez pas votre parole de me sauver, et ceci à l'instant même, je vais en sortant de chez vous me jeter dans, la Seine. J'ai choisi l'endroit, un endroit où il n'y a pas de bateau et où l'on ne me sauvera pas. Vous m'entendez !

— Bien, répondit froidement le docteur. Ce que je ne ferais pour personne, je le ferai pour vous.

— Ahl

— L'estime que j'ai pour votre famille si digne de respect, la vieille amitié qui m'unit à votre père seront mon excuse à mes propres yeux.

— Et vous êtes sûr d'obtenir le résultat qui seul peut sauver mon honneur ?

— Absolument sûr ; mais, pour ne pas mettre vos jours en péril, ce qui rendrait mon sacrifice inutile, il faut du temps.

— Du temps ?

— Sans doute. Que vous importe, pourvu que vous soyez assurée du salut ?

— Soit.

— Revenez demain... Je vous donnerai une potion que je veux faire moi-même, car il est inutile de mettre un tiers dans la confidence.

— C'est juste.

~ Une cuillerée matin et soir pendant un mois et nous verrons I

— A demain, docteur, et merci, merci mille fois l

— A demain.

Le docteur e'crivit un mot au baron, qui se rendit à son cabinet.

— Il y a longtemps, lui dit-il, que l'accord devrait être fait entre la baronne et vous.

— Je l'ai toujours trouvée intraitable, répondit le mari. Il m'a fallu du temps pour prendre mon parti de cette situation, mais toutes mes tentatives ont été inutiles et je paye cher une erreur d'un instant.

— Vous aimiez votre femme, n'est-ce pas ?

— Je l'aime encore.

— Eh bien ! essayez de la ramener...

— Je ne demande pas mieux.

— Je la crois un peu apaisée... Priez une amie de vous faire dîner ensemble chez elle d'abord. Quand la baronne se sera trouvée à la même table que vous, elle reprendra peut-être une sorte de vie commune sous son propre toit.

— Elle est si dure, si hautaine !

— Essayez l

Quand la baronne revint, le docteur lui dit : — Voici la potion !

La jeune femme saisit d'une main fiévreuse le flacon qui lui était offert.

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