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LE BONHEUR D ETRE FOU

mer. La Rochelle a son casino, un casino de famille, au milieu d'un beau jardin, un casino sans petits chevaux. Il y a concert tous les soirs et, deux fois par semaine, un bal qui dure une heure ou deux, mais se prolonge rarement audelà de onze heures. Les papas et les mamans sont assis sur des banquettes recouvertes d'une éioffe qui naguère fut rouge, et on danse sous l'œil attentif de la tapisserie familiale. Quelques épaulettes coupent la monotonie du smoking et je dois dire que l'uniforme a conservé tout son prestige aux yeux des demoiselles de la vieille ville huguenote.

Parmi les plus brillants officiers se trouvait un jeune sous-heutenant de chasseurs, M. de Saint- Trophe'e, qui e'iait venu en congé passer quelques jours dans sa famille. AL de Saint-Trophée se fit présenter à M. et à xM^"*" de Thayré par M'' Gresmoy, notaire des deux familles. Il obtint un quadrille, puis une valse de la jeune femme qui, n'étant jamais sortie de chez elle, fut profondément troublée de ces attentions, de ce mouvement, de ce bruit inaccoutumé. Quand la danse s'arrête, on fait les cent pas sur la terrasse, d'où l'on domine la mer. Le parfum des fleurs se mêle à l'âpreté des odeurs salines et, sous le clair d'une lune d'été, le regard s'étend sur un grand lac bleu, à peine soulevé par un souffle, jusqu'aux rivages de l'île de Rhé dont le phare

ci TABLEAUX VIA^ANTS

apparaît comme une étoile à feu changeant. Plus d'une foi?, M. de Saint-Trophée offrit son bras à Louise, tandis que Noël s'entretenait avec quelque Uochelais de marque. Le jeuiie officier ouvrait à la jeune femme des horizons nouveaux ; c'étaient pour elle comme des romans parlés, pleins d'imprévu. Paris était-il bien tel que le racontait M. de Saint^Trophée ? Quel bois enchanté que le bois de Boulogne ! Il y avait des gens qui vivaient dans cette fête, l'Opéra, les théâtres, les bals, toujours du nouveau. Et elle, comme la femme d'un pêcheur, vt)yait les nuits succéder aux jours, avec le même horizon, la même monotonie, et une femme en deuil, toujours en deuil, une dame noire à son coté.

Après une semaine de séjour à l'hôtel des Bains, M. de Thayré reçut une lettre de sa mère. Les vendanges allaient commencer, la présence du maître était indispensable. Il fallut retourner au château où la vie reprit son cours accoutumé.

Une après-midi, un coup de sonnette fît tressaillir les habitants de Thayré. M. de Saint- Trophée venait faire «es adieux à ses amis de quelques jours. 11 fit quelques tours dans le bois, s'extasia sur la beauté du paysage. Du haut de la falaise, on apercevait en face les îles dont le rivage s'entourait d'une frange d'écume, des navires qui passaient au large, des barques de pê-

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