PRÉLIMINAIRE. V
gouvernement, leurs lois, leur religion, leurs arts, leurs sciences^ elle fait voir comment toutes ces choises ont contribué à leur gloire ou à leur honte , h leur bonheur ou à leurs revers , à leur puissance ou à leur décadence et à leur chute;- elle fournit ainsi d'atiles remarques à faire sur les temps où Ton vit.
Elle enseigne à connoître le cœur humain, elle découvre le jeu des passions , elle montre quels sont les vices qui produisent les effets les plus funestes dans la société, et quels sont ceux par conséquent qu'on doit éviter avec le plus de soin } elle peint d'un autre côté les avantages des vertus et leur plus ou moins grande influence syr le bonheur des états; on peut dire 'qu'elle donne les meilleures leçons de morale et qu'elle procure une* expérience précoce à ceux qui l'étudient avec soin ; elle instruit par des exemples et grave ainsi ses leçons dans la mémoire bien plus profondément qu'en ne pourroit le faire par des préceptes.
En un mot , la connoissance de l'histoire ne peut être indifférente auxpersonnes qui ont le goût des arts et de Pinstruction } elle a toujours été l'objet d'une curiosité louable , et elle est si généralement estimée que tout homme qui reçoit une bonne éducation , ne peut se dispenser de l'étudier. Le nombre prodigieux des ouvrages historiques- qui ont été publiés et qui se publient chaque année, et la quantité , tout aussi surprenante, de leurs lecteurs, prouvent assez son intérêt '7 semblable à ces ruisseaux limpides qui serpentent dans les prairies qu'ils fertilisent et dont ils font l'ornement ? çlle développe l'esprit en l'amusant j elle est un a.U-
vi Discours
ment pour îa curiosité, une ressource dans la solitude, et un préservatif contre l'ennui.
Les anciens étoient si convaincus de l'importance de l'histoire , qu'ils la divinisèrent et lui élevèrent des autels; ils en fâisoient la première des sciences, et l'estimoient par dessus toutes les autres , parce que son étude exigeoit suivant eux la réunion de toutes les connoissances ; Clio , la première des neuf muses créées par leur imagination féconde , présidoit à l'histoire .; ils regardoient ceux qui se vouoient à cette belle étude, ceux qui réunissoient les talens nécessaires pour écrire l'histoire , comme des hommes privilégiés , dignes de toutes sortes de récompenses et des plus grands honneurs ; dans les temps les plus recules , ils les considéroient même comme des êtres plus qu'humains , comme des espèces de demi- dieux ; le peuple écoutoit avec avidité la lecture de leurs ouvrages dans les jour£ de fêtes , il leur témoignoit sa reconnoissar.ee par des applaudissemens et ornoit leur tête de couronnes; les rois et les autres chefs des états les admettoient dans leurs conseils et dans leur société la plus intime; eu un mot , les historiens tenoient le premier rang parmi leurs concitoyens. Ce que l'on vient de dire n'est. point exagéré qu'elqu'étonnant qu'il puisse paroître de nos jours j Hérodote , Thucydide, et plusieurs autres ont été comblés des, mêmes honneurs que Ton accordoit aux plus grands généraux de leur temps,; dans la suite on a reconnu le mérite de plusieurs sciences qui longtemps avoient été ignorées ou négligées ; l'histoire 2 déchu dans l'opinion publique-; cependant elle a cou-