‹ Tablettes chronologiques de l'histoire universelle, sacrée et profane, ecclésiastique et civile (volume 2)Chapitre 4 sur 270 · PRÉLIMINAIRE* VII · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE* VII

serve et conservera, toujours, sans doute, un rang distingué parmi les autres branches des études ; elle peut rendre encore de grands services , si on l'encourage convenablement et si on la dirige d'une manière utile pour la société.

Des sciences dont f étude doit précéder ou ac~ compagner celle de l'histoire ; savoir : de la géographie , de la statistique 9 de la généalogie et de la chronologie*

Pour lire avec fruit l'histoire , il faut commencer par bien connoître la géographie ; sans cette étude préliminaire , on rencontreroit sans cesse des difficultés dans les ouvrages historiques , on ne saisiroit pas l'ensemble de plusieurs événemens , ainsi Ton tomberoit dans le dégoût et on se rebuteroit infailliblement.

On distingue la géographie en ancienne , moyenne et moderne \ la première fait connoître l'état et la division de l'ancien continent depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du cinquième siècle de l'ère chrétienne , c'est à dire jusqu'à la chute de l'empire romain d'Occident. Par géographie du moyen âge on entend celle qui explique l'état du monde depuis le cinquième jusqu'aux quinzième ou seizième siècles} enfin la géographie moderne fait connoître les divisions politiques de la terre adoptées par les peuples modernes jusqu'à nos jours.

Il y a peu d'observations à faire sur la géographie des temps qui ont précédé le déluge : c'est en vain

Vilt Discours-

qu'on s'est disputé sur la position du paradis terrestfej il n'en peut rester aucunes traces j les eaux ont effacé ou détruit celles qui auroient pu subsister sans ellesi Eiï s'occupant de la géographie ancienne il ne faut pas oublier de parler des écrivains les plus célèbres auxquels nous en devons la conno'issance. Pomponius Mêla, Espagnol* qui vivoit du temps de Tibère j et Ptoloniée de Péluse en Egypte qui florissoit un siècle après, ont rendu de grands services à cette science ; mais tous les deux sont inférieurs à Strabon $ géographe grec , qui vivoit sous Auguste et dont les ouvrages écrits avec goût et remplis de détails historiques intéressans , sont dignes sous tous les rapports du siècle dans lequel, ils ont été composés.

On a peu de bonnes cartes et de traités suffisans pour la géographie du moyen âge ; les changemens continuels qui se faisoient dans les limites d'un grand nombre de royaumes , et l'ignorance où les hommes étoient alors plongés , ont été cause de la lacune dont on se plaint $ cependant pour cette partie même ? dans Cluvier, d'Anville et quelques autres, on a des renseignemens dont il faut prendre connoissanee, quoiqu'il ne soit pas nécessaire de s'y appesantir.

La géographie moderne est mieux connue que les deux autres $ elle est aussi plus importante 5 lorsqu'on la joint à l'étude de la géographie ancienne et moyenne $ elle lui sert de complément } on doit même l'apprendre la première , ah'n de pouvoir appliquer aux noms anciens les noms nouveaux correspondans} ainsi en parlant de l'Ibérie il sera bon de pouvoir dire qu'elle

est

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est lé même pays qu'on appelle Espagne de nos jours $ en parlant de la Gaule ou de la Germanie , qu'elles portent le nom de France ou d'Allemagne, etc. Il faut aussi^ pour mieux retenir les noms dont la géographie est chargée , que chaqu'enclroit marqué sur le livre et sur là carte , soit , autant que possible , caractérisé dans la mémoire par quelque point d'histoire naturelle, civile ou ecclésiastique, ou par quelques détails sur le commerce, la nature du sol, les mœurs des habitans, sur un siège , une bataille , l'origine de quelque maison considérable , etc. ; cette méthode sert à la fois à fixer davantage les noms dans la tête et à rendre l'étude de la géographie plus intéressante»

L'étude de la statistique , c'est à dire celle des mœurs$ des coutumes , de la religion , des lois , du langage et des occupations des peuples > peut aussi précéder celle de l'histoire ; quelquefois il suffit de la faire marcher concurremment.

La science des généalogies , qui s'occupe des familles illustres et qui indique les liens de parenté qui existent entre les souverains, ne doit pas être oubliée; elle peut souvent aider à éclaircir l'histoire en donnant les moyens de juger , dans plusieurs cas , des droits de suc- Cession et des prétentions des Princes ou des motifs de leurs guerres «t de leurs alliances".

La chronologie qui trace les événemens dans Tordre où ils se sont passés, et dont nous devons particulièrement nous occuper dans cet ouvrage, est sèche par ellemême; mais son étude acquiert de l'intérêt lorsqu'on ne la sépare pas des détails historiqncs? et d'ailleurs elle Tom. /« h

x Discours

est indispensable lorsqu'on veut lire l'histoire avec profit , de manière à la graver profondément dans sa mémoire.

Elle offre d'assez grandes difficultés, soit à cause des différentes opinions des savans sur l'âge ou l'ancienneté du monde , soit à cause de la variété de la longueur des années employées chez les divers peuples , soit à cause du grand nombre d ères dont les peuples anciens et quelquefois même les modernes ont fait usage.

La manière de désigner les dates la plus commode et la plus généralement adoptée parmi les auteurs chrétiens , est d'indiquer le nombre des années juliennes ou grégoriennes , c'est à dire de 365 jours et 1/4 ou un peu moins, soit avant soit après Jésus- Christ. Cependant quelques historiens marquent, surtout pour les événemens anciens, le nombre des années qui se sont écoulées depuis la création du monde ou depuis le commencement de la période julienne.

La période julienne est de 7980 ans; elle renferme un nombre d'années égal au produit de celles , des cycles lunaire et solaire et de l'indiction, multipliées les unes par les autres.

Le cycle lunaire inventé par Méton , Athénien , contient une révolution de dix- neuf ans , après laquelle les nouvelles lunes reviennent aux mêmes jours et aux mêmes heures \ le chiffre qui indique Tannée de ce cycle est appelé nombre d'or , parce que dans les anciens calendriers on 1 ecrivoit en caractères d'or.

Le cycle solaire est de vingt-huit ans } son usage étoit de régler le jour de la semaine auquel chaque

préliminaire; %i

année devoit commencer et d'indiquer les lettres dominicales ; on appelle lettres dominicales les sept premières lettres de l'alphabet, A,B,C,D,E,F,G, qui servent à indiquer les sept jours de la semaine ; la lettre A indique le Dimanche , B le Samedi , C le Vendredi et ainsi des autres; celle de ces lettres qui est affectée à une certaine année , désigne quel est le jour de la semaine qui est le premier de cette année j ainsi si une certaine année a la lettre G pour lettre dominicale , on saura que cette année commence par un Lundi et par là quels sont les jours de la semaine correspondans à tous les jours de chaque mois. Au bout de vingt-huit ans les lettres dominicales retombent toujours aux mêmes jours; les années bissextiles sont affectées de deux lettres, dont la première indique quel est le jour de la semaine où commence l'année , et la seconde quel est celui qui l'auroit commencée l'année suivante , s'il n'y avoit point eu de bissextile.

Le produit des cycles lunaire et solaire , dix- neuf y par vingt-huit ans , donne un cycle de cinq cent trentedeux ans , qui a été appelé paschal parce qu'il sert à trouver la Pâque.

Le cycle de Y indiction est de quinze ans ; c'est l'époque dont Jes papes ont long-temps caractérisé leurs bulles et les empereurs leurs constitutions ; il étoit aussi fréquemment employé dans d'autres chartes et actes publics ; on n'en connoit pas l'origine d'une manière certaine ; cependant la plupart des savans la font remonter à Constantin le Grand,

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Xîf Discours

La multiplication des nombres des trois cycles produit, ainsi que nous l'avons dit, une période de 7980 ans , qui a été appelée période Julienne , parce que Tannée julienne lui sert de base. Pendant toute la durée de cette période aucune année ne réunit les mêmes nombres de chaque cycle 5 l'ère vulgaire est fixée au premier Janvier 4714 de la période julienne , et par conséquent la création du monde à l'an 710 suivant un grand nombre de chronologistes et le texte hébreu de l'Ecriture- Sainte 5 suivant d'autres et d'après le texte samaritain , la création du monde est fixée à l'année 4700 avant la naissance de J. C. ou à la quatrième année de la période julienne.

La période julienne a été inventée vers lan 1580 par Joseph Scaliger, savant chronologiste d'Agen ; son principal usage est de fournir une règle stable pour la supputation des années, aux auteurs qui ne s&accordent pas sur les époques et sur le calcul des années depuis la création du monde } en effet cette période renferme toutes les années depuis la création du monde 9 elle les précède même suivant toutes les opinions des savans chrétiens ; ainsi / par exemple , lorsqu'un auteur marque un événement à l'année 3656 de la création , on ne peut; comprendre ce dont il s'agit si l'on ne sait en même temps combien cet aur îeur compte d'années avant la naissance de J. C; mais s'il marque Tan 3660 de la période julienne on conçoit, clairement qu'elle est son opinion} car cette période îie varie point, et l'an 3660 correspond à Tan 1054 t&vant J, C, et avec l'année 3656 de la créatioii pou?

♦préliminaire. xiiï

les chronologistes qui comptent 4710 ans depuis la création du monde jusqu'à l'ère vulgaire.

De nos jours on marque presque généralement les événemens par les années avant et après J. C. \ cette méthode a rendu beaucoup moins fréquent et moins utile l'usage de la période julienne ; elle rapporte tous les événemens à une époque de la plus grande importance dans l'histoire de la religion \ cet avantage fait plus que compenser le léger inconvénient que l'on pourroit trouver à compter deux sortes d'années ; savoir 5 celles qui ont précédé et celles qui ont suivi le commencement de l'ère chrétienne *).

Pour bien étudier l'histoire il faudroit lire les auteurs contemporains des événemens qu'ils racontent , mais on n'en a guères que depuis les cinq siècles qui ont précédé la naissance de J. C. et encore il s'en faut beaucoup qu'il y en ait eu pour tous les peuples \ de là vient que l'histoire est nécessairement fort incomplète } on l'a comparée avec justesse à un grand livre où le plus grand nombre des pages seroient blanches et où l'on n'en trouveroit que quelques unes d'écrites.

Divisions de f Histoire.

On divise l'histoire de plusieurs manières suivant les objets dont elle traite , les temps qu'elle embrasse ou le genre dans lequel elle est écrite j on la distingue d'après son objet, en histoire sainte ou sacrée et en

*) Voyez quelques détails ultérieurs sur la chronologie, toiru la pages j et suiv., 237 et suiv.

Xtt Discours

La multiplication des nombres des trois cycles produit, ainsi que nous lavons dit, une période de 7980 ans , qui a été appelée période Julienne , parce que Tannée julienne lui sert de base. Pendant toute la durée de cette période aucune année ne réunit les mêmes nombres de chaque cycle 5 l'ère vulgaire est £xée au premier Janvier 4714 de la période julienne, et par conséquent la création du monde à l'an 710 suivant un grand nombre de chronologistes et Je texte hébreu de l'Écriture- Sainte 3 suivant d'autres et d'après le texte samaritain , la création du monde est fixée à l'année 4700 avant la naissance de J. C. ou à la quatrième année de la période julienne.

La période julienne a été inventée vers Tan 1580 par Joseph Scaliger, savant chronologiste d'Agen 5 son principal usage est de fournir une règle stable pour la supputation des années, aux auteurs qui ne s*accordent pas sur les époques et sur le calcul des années depuis la création du monde ; en effet cette période renferme toutes les années depuis la création du monde 9 elle les précède même suivant toutes les ©pinions des savans chrétiens ; ainsi / par exemple , lorsqu'un auteur marque un événement à l'année 3656 de la création , on ne peut; comprendre ce dont il s'agit si l'on ne sait en même temps combien cet aur îeur compte d'années avant la naissance de J. C; mais s'il marque l'an 3660 de la période julienne on conçoit, clairement qu'elle est son opinion} car cette période ne varie point, et l'an 3660 correspond à l'an 1054 ivant J, Ç. et avec l'année 3656 de la création pou$*

•préliminaire. xiiï

les chronologistes qui comptent 4710 ans depuis la création du monde jusqu'à l'ère vulgaire.

De nos jours on marque presque généralement les événemens par les années avant et après J. C. j cette méthode a rendu beaucoup moins fréquent et moins utile l'usage de la période julienne } elle rapporte tous les événemens à une époque de la plus grande importance dans l'histoire de la religion } cet avantage fait plus que compenser le léger inconvénient que l'on pourroit trouver à compter deux sortes d'années 5 savoir , celles qui ont précédé et celles qui ont suivi le commencement de l'ère chrétienne *).

Pour bien étudier l'histoire il faudroit lire les auteurs contemporains des événemens qu'ils racontent , mais on n'en a guères que depuis les cinq siècles qui ont précédé la naissance de J. C. et encore il s'en faut beaucoup qu'il y en ait eu pour tous les peuples 1, de là vient que l'histoire est nécessairement fort incomplète ^ on l'a comparée avec justesse à un grand livre où le plus grand nombre des pages seroient blanches et où l'on n'en trouveroit que quelques unes d'écrites.

Divisions de f Histoire,

On divise l'histoire de plusieurs manières suivant îcs objets dont elle traite, les temps qu'elle embrasse ou le genre dans lequel elle est écrite } on la distingue d'après son objet, en histoire sainte ou sacrée et en

*) Voyez quelques détails ultérieurs sur la chronologie, toiru la pages j et suiv., 237 et suiv.

xiv Discours

histoire profane ; la première ne concerne que le seul peuple d'Israël , les seuls Juifs qui vivoient sous la protection spéciale de Dieu \ elle est principalement connue par l'Ecriture-Sainte $ la seconde est relative à tous les peuples de la terre.

On appelle histoire civile et politique 9 par opposition à histoire ecclésiastique , celle qui regarde les hommes distribués en sociétés civiles , tandis que l'histoire ecclésiastique ne s'occupe que des événemens qui concernent la religion.

On appelle histoire littéraire celle qui traite plus particulièrement de l'origine, de l'état, des progrès ou de la décadence des sciences et des arts.

On divise encore l'histoire en antienne , moyenne et moderne suivant les temps dont elle s'occupe.

On la distingue encore en générale ou universelle et en particulière ; l'histoire générale embrasse toutes les nations et tous les temps 5 l'histoire particulière ne s'occupe que d'un seul peuple , quelquefois même d'un seul prince , d'un seul individu. On donne aussi le nom de biographie au genre d'ouvrages qui a pour objet des vies particulières.

Les histoires extrêmement abrégées et dans lesquelles les événemens sont rangés par ordre chronologique s'appellent des chroniques ou des annales *7 ce sont des chroniques que nous ont laissé la plupart des auteurs les plus anciens à l'exception des Juifs; on nomme histoires anecdotiques celles qui ne sont composées que d'anecdotes j le nom de mémoires est réservé aux histoires particulières qui n'embrassent qu'un temps

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