‹ Tablettes napolitaines (volume 2)Chapitre 22 sur 61 · LES FEMMES DE NAPLES · texte numérisé non relu

LES FEMMES DE NAPLES

Ainsi la pudeur, cette virginité du langage, l'innocence, la candeur, ces virginités de la pensée, les filles perdent toutes les virginités, excepté celle qui doit les garantir de la maternité. Bien de plus rare à Naples qu'une fille qui fasse un enfant : en mettant leurs amans dans le paradis terrestre , c'est là le fruit de l'arbre de la science qu'il leur est défendu de toucher. On a beau appeler le diable à son aide , le diable perd son temps et il est obligé de baisser pavillon devant des enfans de seize ans, qui possèdent une théorie expérimentale transcendante.

Si vous êtes riche, dit la jeune Napolitaine à son amant, il faut m'épouser pour me posséder ; si vous n'êtes pas riche , attendez que je sois mariée avec un autre. Tel est le résultat de la négociation .

Lequel du patrimoine de S^Pierre ou du royaume de Naples a le plus de droits au titre de terre promise du brigandage? Jette un coup d'œil, ami lecteur, sur mes Tablettes Romaines^ et sois juge de cette grande question. Pour moi, en m'attribuant ici une voix purement consultative, jeté ferai observer entre les Mandrins des deux états , quelques nuances de caractère touchant la vie dévote.

Le brigand de Rome , fidèle observateur des commandemens de l'église , se confesse , communie , récite son chapelet ; il reçoit de l'aumônier de la troupe (car aucun crime n'enlève à un prêtre son sacré caractère)

tous les sacremens , toutes les onctions dont il a besoin pour vivre et mourir en bon larron catholique. v

Le brigand de Naples se dispense de toutes ces pratiques : il vit sans remords, meurt dans l'impénitence ; il prie Jésus-Chrit , non de lui pardonner les vols et les meurtres , mais de le seconder. Le manche de son poignard figure un crucifix. A-t-il enfoncé ce stilet dans le sein de sa victime , il se prosterne devant le divin simulacre et lui rend grâce du succès de son entreprise.

Les voleurs des états ecclésiastiques adorent S1 -Antoine, S1 -Nicolas, la S te Vierge et le pape , et négligent entièrement les trois personnes de la Trinité.

Les voleurs vésu viens dirigent toutes leurs oraisons vers la seconde personne , sans s'inquiéter de tout le reste de la hiérarchie céleste, même ils n'entendent la messe que rarement , et dans des circonstances extraordinaires ; s'agit-il , par exemple , d'attaquer

riches voitures chargées <PA et bien escortées. Alors, un prêtre de ! détache son calice suspendu près de rignard; il choisit parmi des rochers confusément entassés celui qui présente une petite plate-forme , il y dépose les ustensiles indispensables à l'office divin , et dit avec recueillement : introiboad altare deiy le plus jeune brigand répond : ad Deum qui lœtificat juventutem meam. L'officiant arrive de suite à la consécration , un cliquetis de poignards accompagne l'élévation , enfin le prêtre prononce avec énergie ite mis sa est. Si le hasard amène les voitures à dévaliser au moment de Vite mis sa est, les brigands regardent cette coïncidence comme le plus heureux des présages , et ils se précipitent sur les voyageurs comme des gens sûrs du succès de leur entreprise.

Le voleur romain traite d'hérétique le voleur napolitain , qui lui répond par l'épithète de superstitieux» Cette dissidence d'opi-

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