HOSPITALITÉ
présentera pour toute nourriture, quoi?... je n'ose le dire, tant son procédé est audacieux , absurde et dérisoire !
Interprété par le papisme, le code divin s'étonne d'enseigner toutes les inepties , d'autoriser et d'absoudre tous les crimes. Ce papisme , qui n'a pas su dessécher les marais pontins , dessèche en Italie tous les esprits et tous les cœurs : nulle hospitalité ni à Florence, ni à Rome , ni à Naples. Dans ce dernier pays surtout on dirait que les habitans redoutent les épanchemens , suite ordinaire des banquets. Un étranger avec les plus belles lettres de recommandation n'est point invité par eux à partager le repas de famille.
J'ai demandé quelques explications sur ce sujet à un jeune Napolitain qui se croit de l'esprit parcequ'il s'est érigé en frondeur de son pays. « J'en rougis pour mes concitoyens, m'a-t-il répondu ; mais mon amour de la vérité me force d'avouer que notre civilisa» tion est bien arriérée sous le rapport en
oute notre obligeante urbanité envers les étrangers consiste en fastidieux complimens. Quand un Napolitain vous a protesté de sa servitude, il croit avoir atteint le nec plus ultra de la politesse ; vous invitet-il à passer un quart d'heure dans sa loge au spectacle? il pense avoir acquitté la meilleure lettre de recommandation et être libéré envers vous, — Qu'entendez - vous par un quart d'heure dans sa loge , le spectacle ne dure-t-il pas trois heures? — Il est vrai , mais comme il a fait la même invitation à dix ou quinze autres personnes , il faut qu'un invité fasse place à l'autre , car la loge ne peut contenir que deux ou trois survenans. — Je présume du moins que , dans les maisons aisées , il y a un couvert pour le compatriote ami particulier du maître du logis ? — Chez les Napolitains/ l'amitié est plus métaphysique, jamais nous ne la représenterons avec une fourchette à la main. Les prêtres d'Isis eussent admis à leurs mystères un non -initié plus
facilement que nous n'admettons chez nous à l'heure des repas un individu quelconque : le domestique du logis dit, avec un air sententieux : ils vont manger; le Napolitain le plus intime de la maison s'en retourne gravement; mais si le laquais s'écrie, ils mangent, mangiannoy le visiteur s'enfuit comme un diable devant Feau bénite , ou comme si on le menaçait de le mettre à la broche. — L'avarice est-elle la cause de cette singularité? — L'avarice y a sa part, mais plus encore la honte , et un certain respect humain : Les Napolitains n'ont pas encore fait une loi sur la propreté, la constitution nouvelle n'en dit pas un mot : le linge de table ne se change pas tous les jours, en outre on rougirait de faire connaître la parcimonie de ses repas , lorsqu'on ébranle la rue de Tolède avec un pompeux équipage. On veut , avant tout, sacrifier à l'autel de la vanité ; mais la fortune le plus souvent ne suffit pas pour faire dîner les chevaux et leurs maîtres.
ne m'étonne plus de l'immense quantité de voitures qui encombrent les rues de Naples. — Toutefois vous trouverez encore dans la grande Grèce des vestiges de l'hospitalité antique. — C'est ce que je vérifierai incessamment.