DE SAINT JANVIER
•-Janvier de vous assassiner : Mettez-vous ma place ; il faut que je dégage mon serment. » 11 dit et lui perce le cœur.
Tu frémis , cher lecteur, tu détournes les yeux avec horreur de ce tigre à face humaine. Ah ! fais remonter plus haut ton in dignation : c'est le gouvernement sur lequel doit peser la terrible responsabilité de ces crimes. Le misérable qui essuie avec tranquillité son poignard tout fumant d'un double homicide, avait peut-être reçu de la nature les germes de toutes les vertus. L'éducation , les lois , la religion se sont donné la main pour fausser son jugement , égarer son esprit , pétrifier son cœur.
Oîi va maintenant ce fratricide? à confesse, où il reçoit son absolution en donnant pour les besoins de l'église la centième partie de l'argent de ses meurtres; donc il y a dans son métier cent pour cent à gagner. Voilà comme il raisonne , voilà comme il doit raisonner d'après les idées superstitieuses qui
ui ont été inoculées dès son enfance, et qu'entretient l'infâme spéculation du clergé Ce n'était pas ainsi qu'en agissaient les prêtres païens : Constantin, meurtrier de sa femme et de son fils , leur demanda vainement de l'admettre à l'expiation ; ils le repoussèrent. Furieux de ce refus , l'empereur demanda le baptême , dont l'eau avait déjà la réputation d'enlever toutes taches de sang.
Peu de temps avant mon arrivée à Naples, un certain Grifaldi, exerçant d'une manière trop ouverte son métier d'assassin , fut enfin déféré aux tribunaux. Loin de repousser aucune charge , il se complut à raconter à ses juges toute sa vie , qui était un tissu d'assassinats. Comme il rattachait aux quatre-temps l'époque d'un de ses plus grands crimes, le président lui demanda s'il observait les jours de jedne : le scélérat, piqué au vif d'un tel doute , s'écrie avec amertume : ô ciel ! me soupçonneriez-vous donc de n'être pas catholique ?
poisonneurs et les égorgeurs de s sont d'une ponctualité extrême à emplir tous les devoirs matériels de leur croyance. Ne craignez pas' qu'ils transgressent les commandemens de l'église sur la messe , la communion , le carême , etc. ; c'est par toutes ces pratiques qu'ils établissent avec S*-Janvier une balance de compte. Ils voient en ce saint le premier ministre du père éternel ; et, comme à Naples , de temps immémorial , le premier ministre règne de fait et le souverain de nem , ils supposent qu'il en est ainsi dans le ciel. Aussi ont-ils cinq espèces de sermens de valeur bien différente : "V
Par Dieu / est le plus insignifiant de tous, un jurement de pure forme, nullement obligatoire , comme celui d'un souverain absolu à une constitution libérale ;
Par St-Sébastien ! est de meilleur aloi ; il suppose une intention éventuelle; il équivaut à l'engagement que prend un juge je-
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suite, un Séguler de 1826, d'accorder ses arrêts avec sa conscience, quand celle-ci s'accorde avec son intérêt ;
Par St-Jean ! a plus de valeur; il a le même poids qu'une promesse de fidélité féminine sous seing-privé;
Par St-Pantaléon ! prend un caractère sérieux , à demi - obligatoire ; on ne doit le violer qu'avec beaucoup de mystère, comme le vœu de chasteté des prêtres ;
Par le sang de S t- Janvier ! pèse lui seul plus que les quatre autres ; il engage d'une manière presqu'absolue. S1 -Janvier est le saint le moins facétieux du calendrier; il n'entend pas qu'on plaisante avec son sang. Les Napolitains savent que les plus grands malheurs planent sur la tête de celui qui viole ce serment, voilà pourquoi ils ne le prodiguent pas. Si donc un marchand de vin atteste le sang de Sl-Janvier que son vin est franc et de bon crû , buvez hardiment, comme un Alexandre.