‹ Tablettes napolitaines (volume 2)Chapitre 33 sur 61 · DE 6 A INT JANVIER · texte numérisé non relu

DE 6 A INT JANVIER

Et pourquoi les Napolitains ne seraient-ils pas religieusement fidèles à S1- Janvier? Ne les protège -t- il pas contre les ravages du Vésuve? Lorsqu'en 1794, la montagne bondissant sur ses bases fit écrouler dans ses cavités brûlantes une partie de son sommet qu'elle revomit soudain avec dés tourbillons de flammes et des torrens de matières bitumineuses , de formidables tonnerres souterrains mêlés au craquement du globe , réveillèrent en sursaut les pâles Napolitains : courir aux églises, promener dans les rues la tête de Sl-Janvier, le visage tourné vers le Vésuve, conjurer Jésus-Christ d'attendrir le Saint en leur faveur, ce fut pour les citadins l'affaire d'un instant. 'A' < ■* '

Bientôt une rivière de lave brûlante , enflée de mille ruisseaux de feu s'élançant du haut de la montagne , retombe en large cataracte au fond des abîmes, entraîne avec elle églises, couvens, maisons de campagne, dévaste une immense étendue de pays, dé

Io4 SANG DE SAINT JANVIER.

truit de fond en comble la belle et ri ville de Torre del Greco , poursuit son cours vers le rivage , se précipite furieuse dans la mer, où elle se durcit et forme un menaçant écueil. « Tu t'arrêteras là, » lui a dit S1- Janvier. Tombez donc à genoux , Napolitains ï criaient les prêtres, et rendez grâce au puissant protecteur du royaume. Et la foule de se prosterner en poussant des cris sauvages en l'honneur de son idole* Malheur à l'imprudent qui se permettrait la moindre irrévérence envers S^Janvier ; son corps serait dépécé à l'instant même par la multitude ; à Rome , au contraire , on peut plaisanter des cérémonies religieuses , et il est loisible à tout étranger, lorsque le viatique passe dans une rue , de ne pas faire plus attention au porte-Dieu qu'à un porte-mouche ttes.

C'est donc à INaples qu'il faut venir pour voir jusqu'à quelle dégradation la crédulité dévote peut ravaler l'animal appelé homme.

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HERGULANUM ET PORTICI.

Scilicet et tempus veniet cum fînibus illis Agricola, incurve» terram molilus aratvu , Kxcesa inveniet scabra rubigine pila , Aut gravibus rostris galeas pulsabit inanes , Kt eftossis grandia mirabitur ossa sepulcris.

VlRO.

Un jour le laboureur dans ces mêmes sillons , fN&ifyï K Où dorment les débris de tant de bataillons , Heurlant avec le soc leur antique dépouille, Trouvera sous ses pas des dards rongés de rouille , Kntendra relenlir les casques des héros Kl d'un œil effrayé contemplera leurs os.

Dei.ili e.

C'est aussi un laboureur qui, en heurtant avec le soc le chapiteau d'une colonne , a le premier découvert , en 1 689 , la ville d'Herculanum ; mais ce ne fut environ que quatre-vingts ans après, sous le règne de Charles III, que commencèrent les fouilles.

Deux villes l'une sur l'autre, voilà le phénomène que présentent Portici et Herculan u m : la première est en superposition avec la

seconde. Depuis l'éruption vésuvienne de 7g , époque du règne de Titus, Herculanum dort avec ses antiquités dans les entrailles de la terre ; car les excavations qu'on y a pratiquées sont si imperceptibles, qu'elles n'ont pu troubler le long sommeil de cette belle cité.

Les souverains ont un zèle extrême pour fouiller dans les poches des peuples ; mais s'agit-il de fouiller une terre recelant les trésors des sciences, des beaux -arts dont la découverte doit accroître le domaine de la pensée, alors les pasteurs-couronnés montrent la plus grande apathie, comme s'ils craignaient qu'une lumière souterraine, éclairant leurs troupeaux , ne les rendît indociles au ciseau qui les tond. Telles étaient mes réflexions lorsque je descendis par une espèce de puits dans Herculanum. Arrivé au fond , on se glisse plutôt qu'on ne marche dans des sentiers étroits , ténébreux , humides , et c'est avec une peine infinie qu'à la lueur des tor-

ET PORTTICI.

cnes on parvient à discerner la forme d'un vaste théâtre ; mais il est impossible d'en apprécier l'architecture et les proportions. Malgré la confusion et l'obscurité répandues sur £ous les objets, d'intrépides amateurs qui jont de la foi dans les yeux comme dans l'escprit, se sont extasiés à chaque pas devant les inaerveilles invisibles de ces catacombes. Pour rmoi, j'en sortis à demi asphyxié, en qualifiant de fossoyeurs les prétendus ingénieurs qui ont dirigé les fouilles. Le bon roi Charles III , lorsqu'il a voulu couvrir son royaume de palais, ridicule assemblage de luxe et de ^mauvais goût , a bien su se procurer de l'argent ; il n'en a point trouvé pour déterrer les monumens d'Herculanum , et cependant les chefs-d'œuvre des arts , simples échantillons des merveilles renfermées dans cette souterraine cité, chefs-d'œuvre exhumés sans grand travail, sont d'un prix inestimable.

Au défaut du roi , la nation tout entière

n'aurait-elle pas dû réclamer l'entreprise de ces nobles travaux? Comment stimuler sa paresse et donner du mouvement à sa croupissante civilisation, si elle reste indolente et froide quand Herculanum lui crie : tu me foules à tes pieds , rends-moi le soleil qui s'est couché pour moi depuis dix-huit siècles ! Comment donner de l'ardeur aux Napolitains?

rien de plus facile : persuadez-les que les os d'un grand saint sont inhumés sous Portici, alors vous les verrez remuer la terre comme des taupes , et la ville d'Herculanum sortira de son tombeau.

Les Napolitains ont poussé leur stupide apathie jusqu'à déposer des collections précieuses de vases, de tableaux, de statues et de raretés de toute espèce tirés d'Herculanum, de Pestum, jusqu'à déposer, dis-je, tous ces trésors dans le muséum de Portici, au pied même du Vésuve, sur la route de la destruction; et si la lave qui en 1794 a dévoré Torre del Greco, s'était dirigée vers

ETRANGE COMMERCE :ntre naples et rome.

. ''• . . « . O jour ! jour exécrable , Jour de deuil, où l'acier dans une main coupable Osa..- quoi ! je n'ai pas arrêté ses efforts. Malheureuse Héloïse, ah ! que faisais-je alors? Mes cris, mon désespoir, les larmes d'une amante Auraient... Rien n'attendrit leur rage frémissante; Ils ne m'écoulent point : le sang coule, ah ! cruels ! Quoi mes cris, quoi mes pleurs paraîtront criminels ? Quoi, je ne puis rne plaindre en mon malheur funeste! Nos plaisirs sont détruits : ma rougeur dît le reste.

- Êpïtre t/'Hi'xoïSE.

Quelles affaires commerciales peuvent faire deux villes sans manufactures, sans in-* dustrie? vous ne le devineriez jamais. Naples mutile les vivans , Rome mutile les morts , et les résultats de cette double opération sont la base de leur commerce réciproque ; en d'autres termes, la ville de S^Janvier exporte pour la ville de S*-Pierre tous les castrats

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