‹ Tablettes napolitaines (volume 2)Chapitre 43 sur 61 · NOLENCE DÉVOTES DES NAPOLITAINS · texte numérisé non relu

NOLENCE DÉVOTES DES NAPOLITAINS

Certain païen chez lui gardait un dieu de bois,

De ces dieux qui sont sourds, bien qu'avant des oreilles ,

Le païen cependant s'en promettait merveilles.

Il lui coûtait autant que trois r ; ■ • Ce n'était que voeux et qu'offrandes, Sacrifices de bœufs couronne's de guirlaudes; A la fin se fâchant de n'en obtenir rien , I! vous prend un levier, met eu pièce? l'idole.

JjA Fontaine.

M. de Lacepede fait une description fort curieuse du grand serpent d'Afrique appelé le Devin* Ce monstre, terreur des forêts qu'il dépeuple , tantôt bondissant de rage , tantôt immobile de langueur, passe de la frénésie à l'engourdissement , tel est le caractère du fanatisme napolitain : quelquefois

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le peuple s'agglomère autour du simulacre d'un saint ; il le prie avec chaleur pour en obtenir telle ou telle grâce : les chants , les cierges, rien n'est épargné. Le saint fait-il la sourde oreille , la multitude le provoque par des quolibets , puis l'injurie , puis le menace, çuis le lapide; dès que sa statue est brisée, chaque iconoclaste en ramasse un fragment, l'emporte en triomphe en hurlant de joie. Mais le repentir succédant tout à coup à l'emportement , le dévot furieux se frappe la poitrine, pleure et adore le débris de son idole. Les intervalles entre les accès de cette fièvre chaude religieuse sont remplis par une espèce d'indifférence et de léthargie dévotes ; c'est la sieste de la superstition.

Cette exécution illégale a lieu rarement dans les grandes villes du royaume; mais dans les petites , surtout en Sicile , on peut s'en procurer souvent le spectacle.

Le hasard m'a plus d'une fois présenté

l'occasion de remarquer l'insouciance napolitaine pour les pratiques religieuses.

Je visitais l'église de Sl-Paul, la plus intéressante de Naples , érigée sur les ruines d'un magnifique temple dédié à Castor et Pollux, par Tarsus , affranchi de Tibère ; je dirai , dût-on me reprocher cette petite digression,, que la façade du temple, composée de huit colonnes corinthiennes cannelées, très-élevées ; soutenant un splendide entablement et plusieurs statues, fut renversée par le tremblement de terre arrivé en 1688. Deux colonnes seulement résistèrent à la destruction ; elles furent conservées lorsqu'on reconstruisit l'église de S^Paul , et elles sont aux deux côtés de la grande porte d'entrée. Il est impossible de regarder sans une admiration mêlée de respect ces deux nobles colonnes corinthiennes qui , comme deux rochers vainqueurs des "flots en courroux , sont restées seules intactes 'et debout au milieu de l'océan des âges; il semble que le vieux Saturne, malgré sa fu-

reur destructive , les ait épargnées par égard pour les deux frères d'Hélène.

Les deux statues des illustres Gémeaux sont a demi enchâssées dans le mur de l'église; malgré leur mutilation, on peut facilement apprécier le beau style et la vigueur de la sculpture; on lit une mauvaise inscription latine dont le sens est que la main victorieuse de S '-Paul a renversé les deux fils de Léda ; et , pour donner plus d'énergie à celte fine épigramme , on a couché sur le côté les torses des Tyndarides. Sl-Paul, qui se souvenait d'avoir été renversé sur le grand chemin de Damas , n'a pas été peu satisfait de prendre sa revanche »sur Castor et Pollux.

Ce petit accident arrivé à l'apôtre est représenté avec beaucoup de talent dans un vaste tableau qui occupe une des parois de la sacristie; et, pour compléter les chutes, on a peint en regard Simon le magicien faisant avec S'-Pierre assaut de tours de force , et tombant des airs comme un autre Icare , en

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présence de l'empereur Néron , qui semble fort réjoui de toutes ces espiègleries. Cette sacristie, ces tableaux me firent apercevoir que je n'avais encore attaché mes regards que sur les vestiges du temple païen, en négligeant l'église chrétienne; je rentrai pour réparer cet oubli. Après avoir examiné le chœur, éclatant de dorures et de peintures à fresque du plus mauvais goût, et passé en revue les autels et tout le mobilier sacré , je m'occupai des immeubles : je vis plusieurs prêtres , les uns assis , causant entr'eux et lisant les gazettes , comme si l'église eût été un cabinet de lecture , les autres se promenant et regardant les femmes qui entraient et sortaient. N'étant point encore familiarisé avec la manière leste dont on se comporte à Rome dans la maison du seigneur, j 'étais très-mal édifié ; mais bientôt ma surprise fut à son comble en jetant les yeux sur les tribunaux delà pénitence, où quelques vieilles femmes s'accusaient des péchés qu'elles ne

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pouvaient plus commettre. Les confessionnaux n'étant point fermés comme en France, et laissant exposés au grand jour les confesseurs et les pénitens , je pouvais facilement observer les mouvemens de leurs physionomies : il y avait une volubilité dans les mâchoires des confessans, en opposition avec l'air distrait des confesseurs , dont les oreilles et les yeux écoutaient et regardaient toutes autres personnes que celles agenouillées à leurs pieds. Bientôt ces hommes de Dieu firent signe d'une main à leurs patiens de suspendre rénumération de leurs péchés , et de l'autre main ils invitèrent à s'approcher quelques individus désœuvrés de leur connaissance, avec lesquels ils lièrent de longues conversations. Je me sentis tout scandalisé; je fus sur le point de m'écrier:

Hé quoi ! Mathan , d'un prêtre est-ce là le langage ?

Les pénitens, malgré la grâce concomitante , devaient dans cette situation perplexe

mettre en fuite la contrition suffisante et le pouvoir prochain de l'attrition. Enfin les confesseurs reprirent en sous -œuvre leurs pénitens, qui durent ajouter à toutes leurs peccadilles celle de l'impatience. Si j'avais été moins ferme catholique, il y aurait eu de quoi me dégoûter de la confession.

J'étais livré aux plus tristes réflexions sur l'indifférence religieuse, sur le laisser-aller sacerdotal avec lesquels sont traités Jésus et Marie , lorsqu'une espèce de diacre , un aspirant à la prêtrise me proposa de m'introduire dans la chapelle de St-Cajetan, qui contient la dépouille mortelle de ce saint, et de S t- André d'Avellino. C'était la première fois que ces noms sacrés frappaient mes oreilles. Je demandai au diacre si ces saints étaient de nouvelle date et de la dernière promotion papale : il me répondit avec amertume et un sourire de pitié que S*-Cajetan et Sl-André d' Avellino n'étaient point des saints nou veaux ,

mais bien de l'ancien régime , et que , les

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