‹ Tablettes napolitaines (volume 2)Chapitre 49 sur 61 · DE PAUSILIPPE · texte numérisé non relu

DE PAUSILIPPE

Amen ! me répond une voix sépulcrale ; je frémis , comme si un son surhumain était venu mourir à mon oreille. Mon regard s'efforce de percer l'obscurité du lieu, j'avance avec précaution , je vois une femme agenouillée , immobile devant la petite chapelle de la Vierge. Sa figure pâle et recueillie jetait dans les ténèbres un reflet mélancolique. Que tient-elle dans ses bras? un enfant plus pâle qu'elle. Je la salue : « seriez- vous souffrante, madame ? — Je suis malade de sa maladie ; je n'ai plus que celui-là : conjurez avec moi Sainte-Anne de me le conserver. » Son accent , son geste m'émeuvent , m'attendrissent, me subjuguent. O pouvoir sympathique de la douleur maternelle ! son âme tout entière passe dans mon âme : je me jette à genoux à ses côtés ; mon univers, c'est la mère et l'enfant ; ma divinité , c'est Sainte- Anne. Je m'abandonne à une ferveur d'oraison jusqu'alors inconnue. Je trouve un ravissement mêlé d'angoisses à supplier un être

surnaturel de ne pas changer un berceau en cercueil , de ne pas déchirer une seconde fois les entrailles d'une mère. Quel vœu entendra une divinité si elle est sourde à celuilà? Ma compagne avait cessé de prier, je priais encore. Elle alors : « Avez-vous un enfant ? — Non , mais une mère. » Je l'envisage pour la première fois à la lueur de la lampe de la madone ; ses traits , bien que désordonnés par l'anxiété maternelle , offraient des lignes harmonieuses et la plus suave expression; les longues tresses de sa chevelure, arrondies sur sa tête en cercles multipliés, caressaient le regard de leur nuance soyeuse. Elle se lève , développe une taille élevée, élégante ; mais ses genoux fléchissans semblent se refuser à porter le poids de sa douleur. Je lui offre mon bras ; elle me remercie, me fait signe de ne pas la suivre, s'éloigne ; puis se retournant: « je reviendrai ici demain à midi, dit-elle, remercier Sainte- Anne, à moins que.... » son cœur sentit le besoin d'une réticence.

DE PÀUSILIPPE. I^l

lendemain matin je retournai à la grotte de Pausilippe ; j'avais porté avec moi mes fidèles tablettes , pour y noter les expressions , les gestes , les soupirs de bonheur de la jeune femme, qui allait revenir me donner de bonnes nouvelles de son enfant. Je ne sais quel pressentiment m'assurait de l'efficacité de nos prières; j'avais de la foi en Sainte- An ne : mère de la mère du Sauveur du monde, que de titres pour retirer un j enfant du bord de la tombe. Pourquoi ne ferait -elle pas ce que le moindre médecin prétend faire?

Ecrivons le titre de mon chapitre sur les marches de la chapelle de Sainte-Anne , et en quelque sorte sous sa dictée :

.«; il '. •> , • Comment la grand-mère de Dieu entendit et exauça la prière d'une

ïi>*î femme dont 1* enfant touchait à sa dernière heure.

rf ' Prenons pour épigraphe ce vers de Legouvé : v!^;\t / >|fA:ÎA'->.'.

Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère.

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