CAVERNE
L'enfant, quand il saura lire, apprendra dans mon livre qu'il est deux fois redevable de l'existence à sa mère. Quelle profonde morale il y a dans la fable païenne d'Orphée et d'Euridice ! comme elle fait sentir l'alliage d'égoïsme qui réside à leur insu dans le fond du cœur des amours. Remplacez Orphée par une mère allant chercher son fils ; le danger qu'il court en le regardant l'occupera tout entière; ne craignez pas qu'elle ^détourne la tête.
Pendant que je me livre à mes réflexions, le soleil a dépassé le méridien. J'écoute , avec un sentiment toujours croissant d'espoir et de crainte , le retentissement des pas humains sous la longue voûte : Ah! voici le frôlement d'un habit féminin ! c'est une jeune laitière ; elle passe près de moi en chantant; elle n'a pas d'enfant moribond. Le temps s'écoule , elle ne vient pas , elle ne viendra plus, il est trop tard. Je quitte la chapelle en jetant un regard accusateur sur Le simulacre
Je sors de la grotte de Pausilippe, j'y retourne le lendemain , les jours suivans : point de mère, point d'enfant. Toutes mes perquisitions sont vaines, je ne puis découvrir leur habitation. Hélas î ils habitent probablement tous les deux leur dernière demeure ! ô vous Ste-Anne, que j'avais priée de si bon cœur, vous ne m'y rattraperez plus!! î