‹ Tablettes napolitainesChapitre 2 sur 37 · DES ENVIRONS DE NAPLES · texte numérisé non relu

DES ENVIRONS DE NAPLES

Oui j'en jure et Yîrgila et ses accords subUni«<s, ]*irai , de l'A^imia ie IranebiiM les cimes ; J'irai , plein de soa nom , plein de ses -wer» sacrés , Let lira enk mAmes lieux qui les ont inspirés.

Les sermens des poètes ressembleraient-ils à ceux des joueurs ou des diplomates ou des .... ? car Delille n'a pas franchi les Apennins :

combien ne doit-on pas regretter que cet amant passionné dé la nature ne Tait pas vue à Naples dans toute sa y^le majesté et

pam de toutes les grâces 4*uiie éternelle jeunesse !

Hic t/cr af9iduiun ittçue aliê/iis mensibut çutas.

Si Delilie avait écrit ses vers en présence, ^t, pour ainsi dire, soiis la dictée des beaux sites chantés par Virgile , peut-être, recevant ehes inspirations analogues à celles du poète latin , eût - il conquis TEnéide à la langue française , comme il lui avait déjà conquis les Géorgiques. La poésie des lieux féconde la poésie des pensées; les muses ne font résonner le^rs lyres que sur l'Hélicon; le point élevé d'où l'on contemple les merveilles de la terre et du ciel, est, pour un enfant d'Apollon , le trépied sacré.

Telles sont aujourd'hui mes réflexions au sommet du promontoire qui , le fort Saint- Ërme sur sa tête , le fort de TOEuf ' à ses pieds , divise la ville de Naples en deux par-

t C'est au fort de TOEuf que le jeune Augustule , dernier empereur de Rome , fut enfermé par Odonére, roi des Heruies, Tan 476.

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^e^, orientale et occidentale. De cette émri^nce, l'œil^ devenu centre du phis imposant des paysages, en embrasse toute l'étendue et la variété ; à gauche , le long cordon des Apennins oppose un front couvert de cyprès et de neiges, au front chauve et brûlant du Vésuve S qui, toujours respecté des frimas, s'isole en souverain de la foule des monts , et s^avance jusqu'au rivage de la mer comme pour se mirer dans ses ondes; la colonne de flambe exhalée de son cratère représente, selon ses divers degrés d'impétuosité , tantôt un panache guerrier balancé par les vents, tantôt l'ardente respiration de cette montagne vivante. Se» secousses convulsives menacent de vomir encore des

■ Talent dwes arai Capua, et ^icina f^esevo Orajugo, et vacuis Clanius non œquus Acerri9.

Geobg.

Telles on aime à voir ces campagnes fécondes , Que le Glain trop souvent engloutit sous ses ondes y. Tels les champs de Capoue, et ces vallons iàmeuic Que du bouillant Vésuve épouvantent loi ieux.

Delille,.

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fleuves de feu et des pluies de rodbers embrasa* J'eiïtends ses rugissemens plus formidables que les rugissemens des lions africains, lorsqu'ils ébranlent le cap des Tempêtes. Aux yeux de certaines religions, qui font du Dieu de l'univers le génie de la yengeance et de la destruction , le Vésuve , lançant vers le ciel des tourbillons de soufre et de fumée, doit paraître un grand autel élevé par la nature à son Créateur, pour y brûler un étâmel encens.

Sur la pente insensible du volcan sont répandus des villages, des villes , des palais , des maisons de plaisance entrecoupées dé massifs de citronniers et d'orangers tout couverts de fleurs et de fruits* Mes regards , en suivant la courbure du rivage , se fixent avec émotion sur les murs de Sorrente, berceau du Tasse : là , s'essayèrent ses premiers pas ; là , environné des beautés et des phénom^es de la nature", il retrouva cette divine extase qui , aux mêmes lieux , avait

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io^iré Virgile. G^est en côtoyant le golfe de Baies , c'est sous Tombrage des bois de l'É-* lysée qu'il fut saisi de cet eutibousiasme épique qui créa les enchantemens et le palais d'Ârmide. Ses Tcrs réflédûssent-ds l'image des passions brisant tous les freins? c'est dans Yoade du Styx qu'U trempe ses pinceaux, c'est aux flammes du Vésu're qu'il aBume son génie« Heureux ! s'il n'avait point quitté le séjour de délices oh le dd le fit naître, pour aller prostituer sa lyre à un Alphonse*. • ; et si, comme Homère , il avait préféré mendier son pain , à mendier les faveurs d'une tête couronnée.

En &oe du diâfeau Saint-Erme, le eolfe de Naples, étendu ei||)argeur du cap Misène au qap Minerve , se déroule majestueux jusqu'à ce qu'il se confonde à l'horizon avec l'azur du cid. La mer, toute scintillante des feux du soleil 9 mollement agitée par une brisé légère , court au loin blandUr de son écume les écueâs noirâtres de Caprée, qui

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apparaît menaçante, comme si Tibère Thabitait encore. Cette île aride, inhospitalière, de tous côtés hérissée par la nature , de rochers perpendiculaires touchant aux nues, était certes en harmonie ayec le cœur du Ittonstre couronné qui , inaccessible comme elle, la choisit pour y méditer ses vengeances, et y cacher ses immondes voluptés. Gaprée, à plus de vingt milles du rivage , semble le toucher, et son aspect formidable poursuiyant Toeil de l'observateur, of^e un rapport frappant avec Finé^vitable tyrannie qui, à toutes les distances, menace toujours de nous écraser.

A droite, le mont Pausîlippe se courbe en croissant et s'allonge dans le golfe de Naples : au delà s'élève File de Procida , contrastant par .sa surface plane ,' le luxe de sa végétation et sa riante culture, avec la montueuse île dlschia sa voisine, dont le volcan , eadbrmi maintenant, ne Tétait pas au temps de Virgile, qui représente le géant

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Typhée accablé sous le poids àe la montagne et exhalant sa fureur par le soupirail. Le plus beau titre de noblesse d'Ischia et de Prodda est d'avoir été citées par le poète latin , et de retentir dans ses vers , au bruit des rochers jetés par les Romains dans le golfe des Baies , pour servir de fondement à leurs palais'* Cette Baies , si célèbre dans les annales de la dissolution romaine, et qui, selon Texpression des auteurs du temps, métamorphosait toutes les Pénélopes en Hélénes, aujourd'hui veuve de tant de somp^ tueux édifices , en présente à peine quelques vestiges reconquis pai* les flots.

Un morne et lugubre silence habite ces rî-

> Telle aax rivec de Baie, antique en&nt d'Eubëe, Dans le ^olfe de G urne avec fracas tombée , XJoe masse de roc qu'anit nn dur ciment, ébranle att loin la rive^en son noir fondement : Inarime en frémit , et du géant Typhée Presse d'un nouveau poids la p<Htrine étouffée; L*air en tremble , la mer craint un second chaos El de son vieux limou noircit au loin les flots.

Delille.

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