DIORAMA
vages; on dirait qu'ib sont tristes encore des joies des Çaligula et des Néron , et que le sang d'Agrippine, égorgée dans ces lieux , y flétrit la nature et Tépouvante encore. Le lac d'Averne touche le golfe de Baies. Les Champs-Elysées en sont bien plus éloignés.
Ainsi les excessives yoluptas sont plus voisines des douleurs que de la félicité.
Je ramène mes regards sur le golfe de Naples : plusieurs frégates et vaisseaux de guerre, les uns à l'ancre , les autres, les ail^ déployées, venant sur les ondes, complètent le mouvement et la vie de la perspective maritime, qui semble rivaliser avec la perspective terrestre , pour faire édore dans l'âme mille idées et mille sensations nouvelles. Que viennent faire ici ces escadres de diverses couleurs? Représenteraient-elles des oiseaux de proie , poursuivant d'un vol achaimé le phénix de la liberté paitout où il s'efforce de renaître? Quelle que soit Içur destination, elles pi^oduisent sur le golfe un effet très-
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pittoresque. Un brîliant solril de janvier, aussi chaud que edm de mai en France, colore vivement tous ces riches aspects des deux , de la terre et des flots , en les enveloppant comme d'un réseau lumineux. Quelle imagination ne serait anéantie devant ce sublime spectacle ! quelle magique, quelle fabuleuse création peut en approcher! Quelles fictions deê poètes ne sont prosaïques à côté de cette poétique réaUté ! Ailleurs la nature n'a fait que des esquisses; ici, voulant créer un tableau parfait , elle a. réuni tout ce que les sites du globe ofifrent de plus enchanteur, comme Zeuxis choisit les traits des plus belles femmes de la Grèce pour en composer sa Vénus.
Si l'on m'accusait d'exagération , |'en appellerais à tous les voyageurs qui n'ont pas vu avec des yeux éteints cette partie du globe ou sont étalées toutes -{es merveilles de la création. Gonstantinople seul peut le disputer à Naples ; mais quelque magnifiques que soient
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les rives du Bosphore, elles ne sont point éclairées par le flambeau d*un Vésuve '.
Du château Saint-Erme, mes regards quittant l'horizon pour décrire une moindre circonférence, aperçoivent le Champ-de-Mars où deux nombreuses armées pourraient se livrer bataille, et près duquel le Champ-de- Mars de Paris n*est qu'un modeste enclos.
A Torient s'élève , sur une colline , le château royal appelé Capo di Monte ^ dont la lourde masse semble affaisser la terre qui le pointe et menacer la ville de Naples ; l'architecte n'a fait qu'une mauvaise épigramme : car l'existence des rois est si légère aux peuples , qu'il faut leur bâtir des palais presque aériens.
Quoi qu'il en soit, ni la France , ni aucun des grands Etats de l'Europe ne possèdent d'aussi nombreuses , d'aussi magnifiques de-
' Florus, liv. I , c. iD, dit de la campagne de Naples : Omnium non modo Italiœ , sed toto orbe terrarum pulckerrima Campaniœ plaga est.
meures royales que le petit royaume des Seus-Siciles. Les arpeos envahis par ces immenses constructions nourriraient plus de vingt ntiUe individus. Inconvenante réflexion des esprits chagrins! Les bons esprits, au contraire, trouvent ces vingt mille sujets trc^ heureux de ta satisfaction de penser que leur souverain est bien logé.
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