DE VOEL
ûe cet infernal concert, il y aurait eu de quoi le dégoûter de son entreprise et le faire battre en retraite vers les cieux.
Les boutiques de comestibles de toute es* pèce sont ornées de guirlandes de roses que l'on moissonne à Naplesmémeau sein de l'hiver : vous voyez , dans les places publiques, le long des rues, d'énormes anguilles qui resseibblent à des serpens à sonnettes : c'est un mets obligé pour le jour de Noël; on serait coupable de lèse-gourmandise si l'on ne u régalait pas d'une anguille-serpent. Le serpent fit jadis manger la pomme fatale , on le mange à son tour, c'est une affaire de représailles. Le jour de Noèl est bien choisi, puisqu'il eut à pareille époque la tête écrasée par notre rédempteur. '
C'est dans les repas que consiste la dévotion des Napolitains ; ib jugent du degré de piété par le degré d'appétit. Pour eux , prier, c'est manger. Dieu sait ce qu'ils consomment de comestibles à la Noël, à la Tous*
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saint y à la Pentecôte. Ils dévorent , le jour des morts ; si qudqu*un meurt alors d'indigestion , il est canonisé de droit ; s*ils s'approchent fort rarement de la sainte table, c'est parce qu'il s'agit d'un farineux imperceptible , au lieu qu'il faudrait, pour exciter leur ferveur, que la transmutation s'opérât sur de vastes écuelles de macaroni*
On s'étonne que les Napolitains aient si peu d*inclinatîon pour la gloire, c'est que ^a gloôre ne se mange pas; et s'il y a une recette pour les empêcher de déserter, ce serait de leur donner pour enseignes militaires , des jambons au lieu d'aigles. Jamais ce peu^e n'a été infidèle à son estomac*
Cette vérité n'est nulle part plus frappante qu'à la place appelée Larfp de Castello; là, le spectacle des mœurs populaires se développe dans toute sa native ingàiuité. On y voit pêle-mêle les tréteaux des bateleurs et des prédicateurs , les marchands d'orviétan et de chapelets, les théâtres amovibles et
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inamovibles de marionnettes et de polichinelles. Tous ces spectacles sont au milieu d'une multitude de marmites énormes pleines de yictuailles, et de poêles oîi se font les fritures en plein vent.
Voyez tous ces individus des deux sexes environnés d'une fourmilière d'enfans, les uns à la mamelle ^ les autres marchant à quatre pattes , et tous ces hommes de peine appelés improprement Lazzaroni ( car cette race est presque éteinte) ils sont tout yeux et tout oreilles; mais leurs mâchoires sont dans un mouvement perpétuel, comme celles des animaux ruminans ; ils dévorent je ne sais quoi : en voici dont la main droite est occupée à transporter des vivres à leur bouche , tandis que de la main gauche ils ôtent leur bonnet bi garré, autant de fois que le joueur de marionnettes prononce le nom de Jésus ou de Marie ^ ce qui a lieu à tout moment , car le bateleur regarde ces mots magiques comme indispensables à son art. Je m'étonne que le capucin
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^ui , à peu de distance, fait en ptein air un sermon au peuple , n'élève pas de réclamations contre son confrère le joueur de polichinelles ; craindrait-il de son côté les plaintes de celui-ci, et se font -ils tous les deux de mutuelles concessions?
On raconte qu'un capucin , impatienté de voir ses auditeurs l'abandonner pour courir à polichinelle , tira brusquement de dessous son froc un long crucifix, ens'écriant : u voici le vrai polichinelle ! ecco ilvero puUcinelio J » Ce mouvement oratoire fit impression sur l'assemblée, et la désertion cessa.
Je ne pense pas que jamais capucin ait prononcé un mot plus profond. Le bateleur, c^est l'homme aux marionnettes que je veux dire , un peu avant de terminer son diver.
tissement, of&e aux spectateurs une petite image béni te de la vierge, plus un petit papier oîi est écrite votre bonne aventure, le tout pour un granoy environ trois centimes. Il s'exprime en des termes où respire le senti-
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ment de sa dignité personnelle. Il est remarquable qu'à Naples, il n'y a peut-être que le joueur de marionnettes qui s'abstienne de demander la charité.