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BANS LA VILLE DE NAPLES

Pour les câlins, j'en fais assez de cas :

L^ur art est doux et leur -vie est joyeuse.

Si quelquefois leurs daugeretix apj^as A Phôpilal mènent un pauvre diable , Un gtabd benâl qui fait l'homme agréable , Je leur jiardonne. il l'a bien mérite.

Voltaire.

S'il revenait ce temps où des pluies de soufre consun aient les cités dont les habitans étaient dominés par de viles passions qui outragent la nature, combien Naples devrait trembler! car nulle part cette dépravation n'est poussée à un tel excès. C'est ce qui explique pourquoi les filles publiques, peu nombreuses, ne se répandent ni dans les

I Femmes scrupuleuses sur la chasteté du style, passez ce chapitre sans le lire.

194 PROSTITUTIOM.

rues , ni dans les carrefours de cette ville , comme à Paris et à Londres* A Naples, les prêtresses de Vénus traitent par ambassadeurs : des individus à mine discrète s'approchent en tapinois des étrangers , et leur demandent s'ils ont besoin de leurs services ; ils affirment qu'ils sont honnêtes gens , ayant la tromperie en horreur, et que pour tout Tor du Pérou ils ne voudraient pas compromettre leur excellente réputation.

Plusieurs femmes, afin d'éviter les frais de la diplomatie , et pour d'autres motifs , vont chercher dans les églises des dupes et des galans; elles se placent de manière à attirer l'attention , et dès qu'un homme les approche, elles lui glissent un petit papier contenant leur adresse. Quelquefois elles vont se promener dans les lieux publics , aujourd'hui en habits d'élégantes Phrynées, demain en costume de veuves éplorées. Ces manèges, direz -vous, se pratiquent dans toutes les grandes villes , oui ; mais je vais citer des cîr-

PROSTITUTION. IqS

constances qui donnent à la ville de Naples une supériorité de dépravation sur toutes les autres capitales. Des mères de famille instruisent elles-mêmes leurs filles dans Tart de la séduction ; elles cherchent avec elles et pour elles des hommes, les livrent à eux et en reçoivent le prix. Voulant ajouter à Fexpérience d'autrui ma propre expérience , j'ai dû me résigner à fÎEiire moi-même l'épreuve de celte affreuse et révoltante dépravation de mœurs : u Quelle est cette jeune personne qui est à vos côtés ? » dis-je , à une vieille femme qui me lorgnait de temps à autre, dans l'église S*-Ferdinand. m C'est ma fille , » et elle me jette son adresse dans mon chapeau^ puis elle continue sa prière, se frappe la poitrine, prend de l'eau bénite , et sort ; je la suis , je monte chez elle , et après cinq minutes d'entretien , je dis que je reviendrai ; elle insiste pour que je reste , en disant : u Ma fille cadette vous plaira- peut-être davantage?» Je parvins, non sans peine, à m'échapper.

ig6 PROSTITUTlOir.

Quelques jours après, me promenant k la FiUa-reale, je fis remarqiier à ur Napolitain une femme de 5o ans, accompagnée d^une jeune fille fort jolie; je fus surtout frappé de Texcellente physionomie de la première, elle retirait l'honnêteté et la douceur ; je suis sûr que Lavaler lui aurait donné au premier coup d'œil un brevet de vertu.

« C*est la mère et la fille, me dit mon compagnon; un de mes amis a connu la jeune personne, et il en a été aussi satisfait qu'on peut l'être de cette espèce de femmes. »

Le soir, je me rends chez elle ; les discours de la mèj^e sont en parfaite analogie avec ses traits; elle fait un petit commerce de mouchoirs, elle est veuve; elle a bien de la peine à pourvoir aux besoins de son fils, à qui elle veut donner une bonne éducation , et de sa mère qui loge avec elle. Je veux voir moi-même cette respectable aïeule dont la petite-fille est livrée à la prostituticm par la mère : c'est une femme de 70 ans, mais

- PI^OSTITUTIOV* »97

encore verte pour son âge ; elle me reconamande sa petite fille, pour laquelle elle a une grande prédilection.

Je retourne dans la chambre de la fille, où la mère, après avoir arrangé le lit, me laisse tête à tête avec la victime : u Vous êtes bien jeune, ma belle enfant, lui dis- je. — J'ai vingt ans moins deux ans. — Y a-t-il longtemps que vous n'avez reçu ici quelque homme ? — Monsieur, hier. ~ En avez<-vous connu beaucoup? — Je ne sais pas le nombre, mais à peu près une trentaine. — N'avezvous pas de crainte de porter- atteinte à votre santé ? on dit qu'il y a beaucoup de maladies à Naples. — Oh! si, monsieur, j'en ai bien peur ; ^ais la. Madone me protège. ( Ma la . Madona mi aïuta. ) Et elle me montrait du doigt une image de la Vierge avec l'enfant Jésus..

Si ces détails semblent un peu crus à quelques lecteurs, je les prie de considérer que le dialogue ci-dessus a été inscrit sur mon

I^ PROSTlTUTIOir.

album dTec la plus grande exactitude, au moment même où il a eu* lieu. J'ai cru- devoir le conserver dans sa nudité native.

Personne plus que moi n'apprécie la pudeur du langage ; mais lorsqu'il s'agit de donner une idée exacte des mœurs d'uti payt^,* il faut être vrai avant tout.

L'art décrit, la nature- »eule a le droit de peindre. Il y a plus de vie dans les tableaux de Teifiers que dans ceux de i'Albané.

J'ai avance que la dépravation de cœur d'une nation était en raison directe de la dépravation de son esprit ou de son fanatisme religieux; ce n'est que par des faits énoncés de la manière la plus simple que je puis prouver cefte assertion.

Au surplus , désirant être lu des femmes et des jeunes personnes les plus délicates en matière de pudidté, et ne voulant pas les exposer à rougir , j'ai pris soin d'avertir leurs dbastes regards dé sauter par dessus

PROSTITUTIOir.

ce chapitre! Cette précaution doit me mettre à Fabri de tout reproche.

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