POMPÉI
Teolom augustnm, isgens , oentum snbUroe coliimoM, Urbe fuit summft. ......
Hoe iUis curia templum ;
HaM aacrïs sedes epulis ; bîc , ariete ckso , PcrpetuU leliti patres consîddre mensi».
PoMPÉi est situiée à douze milles de Naples , sur la route de Salerne et à deux milles de la mer : on perd son temps à vouloir préciser répoque de son origine ,' tant il y a de sottiises et de contradictions débitées à ce sujet.
On en attribue la fondation à Hercule, comme celle d*Herculanum. On devrait se contenter de ses douze travaux sans lui faire bâtir tant de villes et de ports. De ce qu'une ville porte le nom d'un dieu ou d'un demidieii , il ne faut pas en conclure qu'elle a été l'ouvrage de ce dieu , mais bien qu'elle lui était dédiée.
Jusqu'à l'année 1748, époque oîi cette
ville fut exhumée \ les savans de tous les pays
!2IO POMPBI.
disputaient entre eux sur la position géographique de Pompéi , bien que Strabon , fameux géographe, qui vivait sous Auguste, Pline, Sénèque et plusieurs écrivains anciens, donnent siu* le âte et le plan de cette ville les détails les plus circonstanciés.
La ville découverte, les doctes antiquaires ne s'accordaient pas encore ; les uns affirmaient que c'était Pompéi , les autres le niaient , et cependant il ne fut jamais question de l'existence d'aucune autre ville dans ce lieu ni dans le voisinage ; il y aurait de quoi dégoûter à jamais des savans. Des milliers de preuves, tirées des inacriptions , ont enfin convaincu ces messieurs. Personne aujourd'hui ne conteste à Pompéi ni son nom ni ses calamités.
Sous le consulat de Virginius et de Régulus, la 63>*« année de l'ère idiréti^ne, un horrible tremblement de terre détruisit cette ville en partie, et seize années après, le Vésuve l'abîma sous un déluge de cendres
POMPÉT. ail
et de pierres eDflammées ; en même temps la terrible montagne roulait un fleuve de feu sur Herculanum ; le plus grand naturaliste de l'antiquité eut aussi part à ses présens: la mort de Pline, autant que les ruines de ces belles cités , marquent cette époque d'une empreinte étemelle, et son nom est gravé en caractères ineffaçables sur les laves du Vésuve.
Près du fleuve Sarnus^ qui baignait la ville de Pompéi , des laboureurs trouvèrent une petite statue de Priape ; c'est à cette occasion que le roi de Naples Charles III ordonna de& fouilles. •
Selon des auteurs classiques , Pompéi était l'entrepôt du commerce dés villes de Nocera, Acerra et Nola. La rivière Sarnus baignait la partie méridionale de Pompéi , et la mer entrait dans ses murs.
Pompios celebrem Campanix urbem marc ex aperto conductum amœno sinu cingit.
SÉaè^jUE.
aia poMPEi.
Aujourd'hui la mer en est éloignée de deuK milles, et le Sarnus a changé son coui*s et son embouchure.
Tel fut TefiFet de l'éruption du Vésuve, arrivée sous Titus. Ce volcan a le pHvilége de déplacer les montagnes, d'imposer de nouvelles limites à la mer, et de changer en-' tièrement l'aspeot dei contrées qui l'envi-' ronnent.
L^énceinte des murs de Pompéi est de trois miBes ; • sa configuration est celle d'un ai*c teniiu. Il n'y a guère que la douzième partie de la ville qui soit déterrée. Les fouilles se poursuivent maintenant avec |>eu d'activité ; je n'ai vu cependant que cinq à six pieds de terre sur les maisons, et cette terre est trèslégère.
La plupart des voyageurs laissent ghsser leurs regards sur les monumens de Pon^i ; ils disent qu'ik les connaissent et ils ne les ont pas même aperçus. On ne saisit pas à la première vue, quelque perçante qu'elle soit,
• POMPAI. ar3
tout ce qu'il y a de beau dans le plus pejtit objet, sous le rapport physique, que s^a-ce donc si Fou veut deviner la pensée de l'auteuf? Le premier regard jeté sur Pompéi est comme celui qu'on lance sur l'océan : la vue s'y perd d'abdrd ; il faut une Igngue et réitérée contemplation pour revenir de son preQiier étourdissement; il faut i*ecueillir-son esprit sur l'ensemble de la physionomie* dp cette ville, pour descendre heureusem^t au détail des traits particuliers.
Tous les sût mois on peut écrire une nouvelle description de Pompéi , car tous les sk mois on la dégage des entrailles de là terre. J'entends u^e voix qui |Ut à quelque dieu ou à quelque héros : le^ez-i^ous ! ils se lèvent et viennent nous révéler l'esprit, les mœurs, les coutumes des nations abîmées dans l'océan des âges. Ils nous initient à tous les mystères des beaux -arts qui réveillent en nous mille sens^tipns , et multiplient le sentiment de l'existence.
ai4 poMpii. .
G*est, pleiD de ces peniées , que je me promène parmi ler arbres , les vignes, sur les gazons fleuris qui «ouvrent la terre qui cache Pompéi« Je tressaille en marchant, pour ainsi dire , sur la cadavre d*une grande cité qui faisait les délices de Gioéson.
Les raisins et las épis jaunissent sur le faite du temple de Bacchus et de Gérés.
yoyez-vous ces laboureurs qui se livrent à^eurs travaux et demandent ses fruits à la terre , sans s'inquiéter, si à quelques toises sous lem^s pieds elle recèle les fi^ts du génie ; danslem* stupide in^uciance, et sans penser à rien , Us foulent d'un pied pesant comme celui de leurs bœu&, les pensées de l'antiquité ; ils forment des danses .grossières avec leurs lourdes compagnes, au-dessus d*élégantes m^ons où la peinture a rendu vivans de légers danseur;) et danseuses , dans les attitudes les plus gracieuses de la moUe lonie.
Le soir, ils vont goûter les douceurs d*un rustique hyraénée, dans une cabane enfumée^
POUPBI. 3l5
SOUS laquelle est peut-être un temple de l'amour. Ce qui devrait se passer à Pompéi avec ce qui a lieu aujourd'hui sur le terrain qui la couvre , présente le contraste le plus sin^lier; les pinceaux de Teniers et de FAIbane ne sont, pas plus opposés . Pour conserver ce spectacle, j'^ m|s réduit à désirer qu'on n'exhumepas emièrement la ville et qu'on en laisse un petit coin au dieu Pan et aux nymphes bocagères ; mais faisons trêve aux réflexions que nous inspire la variété de ces objets ; tâchons de nous faire une idée nette du coup d'oeil général que présente l'état actuel de Pompéi.
La ligne décrite par les murs de la viHe représente ;, comme je l'ai dit, un aro tendu^ une partie des fouilles a été pratiquée au midi: à la corde de l'arc; elles 'occupent environ en longueur la moitié de cette corde, et en largeur le tiers de la largeur de l'arc ; l'autre partie se dirige vers le nord ; et un peu vers l'orient, où l'on n'a découvert que
ai6 pOMi^éi.
l'ampithéâtre , tout le reste de la ville est encore enfoui sous terre, et sur cette tcsrre on voit éparses quelques maisons de paysans et une maison plus élégante, destinée à recevoir les personnes de la famille royale. .
Murs de la ville, "tggte la partie des murs -qui forme la cord^O^rarc au midi et à l'occident, est entièrement tombée; on a beaucoup de peine à en reconnaître les ruines et quelquefois même la trace. La cause de cette destruction s'explique par le voisinage de la grande r^ute de Naples , bordée par ces murs, lesquels n'ayant pas été autant ensevelis que les autres par les cendres du Vésuve, restèrent plus exposés à l'action du temps et à la rapacité des bommes. Beaucoup de sédimens marins trouvés dans ce lieu sout une nou^^Ue preuve que la mer baignait ces murs avant l'éruption de 79, ainsi que le témoignent Sénèque et Strabon* Mais à l'orient et au nord , dans la partie la plus curviligne que j'appelle l'rt/r^ les mui^ sont res-
POMPBr. 21^
tés debout; id ils sont formés de grandes pierres superposées ; là avec œs grandes niasses sont mêlées confusément de petites pierres unies avec du ciment ; ailleurs enfin il y a des pans de murailles entiers , faits de petites pierres.
Les murailles étaient toutes de construction régulière , faites de pierres sans ciment ; mais le tremblement de terre arrivé en 63 , et le terrible assaut que donna à Pompéi le dictateur Sylla, au temps de la guerre sociale, obligèrent les habitans de faire à la hâte des réparations à leurs remparts. Les murs ne forment aucun angle rentrant ni saillant; les tours seules ressortent un peu de la ligne. Dans les endroits les moins fortifiés par la nature, du côté du nord et de l'orient , les murs sont garantis par une contrescarpe.
On Gcxnpte cinq grandes portes aux murs de la ville : Là porte d'Isis, qui regarde Nola,
au nord-est , est intacte et voûtée ; on y voit 4Mtle inscription :
Popidius. reitiiuit, et, JtitiL consecrauit.
Une rue de la viUe , dont les maisons sont toutes ruinées, aboutit à la porte dVsis. La porte du Sarno, à l'orient, celle de Stabia, au sud, celles du Vésuve et ^Herculanum, au nord, ne présentent que quelques pierres de leur base.
Maintenant que nous avons parcouru l'enceinte des murs et reconnu les diverses portes, rendons-nous au centre de la ville et cherchons à en découvrir l'étendue.
Je monte sur un arbre, j'aperçois vers lamer les maisons de Pompéi rendues à la lumière , tandis que vers le Vésuve, vers le nord et l'orient, une partie du sud , plus des neuf dixièmes de la ville dorment encore dans les ténèbres de la tecre* C'est ainsi que, dans la statue de Py^alion , une partie est pal-
pitaDte tandis que l'autre est encore cachée au sein du marbre.
Mais déjà la journée sur son déclin nous chasse à notre grand regret de Pompéi ; nous cherchons un souper et un lit à la Torredélia 'Puziata^ gros bourg à deux milles de distaace.
SECONDE JOURNÉE A POMPEI.
Dans une ville en partie déterrée, où règne k silence , qui n'est peuplée que de souvenirs, qui a épuisé toutes ses. espérances et qui' voit tout son avenir dans le passé, il y a une solennité de plus à entrer par la rue des Tombeaux ; un< sentiment de mélancolie- indéffnîssable s'empare de votre être lorsqu'en mettant le pied sur le pavé de la rue consulaire, qui traversait Pompéi pour conduire dans la grande Grèce, vos regards se prolongent sur une double ^e de mausolées; l'âme tressaille en passant en revue tous ces^
aao POMPBi.
monumeiis de la mort qui sont rangés là comme les avant-postes de son empire. Oo croit Toir des tombeaux dans une immense tombe ; le bruit des pas sur qbs larges quartiers de laves vomies par la destruction, retentit à Tôi^eille tds que les sons expirans d*une cloche funèbre mêlés à ceux de l'oiseau nocturne , dans la solitude d'une foret. Mais la foule des sentimens dont on est oppressé , qui enivrent d'une lugubre volupté, je renonce à les peindre à ceux qui n^ont pas mardié danis la rue des Tombeaux de Pompéi.
U est des objets dont on ne peut transmettre l'impression ; leur présence à le pouvoir exclusif dé les produire, de faire vibrer certaine (orde sensible, muette jusqu'alors, et de nous révéler des émotions inconnues.
Horace n^aurait pas dit aux habitans de Pompéi : Oublieux des tombeaux^ 'Vous bâtissez des maisons ; car la plus élégante architeeture, les plus beaux marbres , les basreliefs le plus savamment exécutés soht pro-
ppMpéi. aai
digues à ces monumèns fiinèbres, dont la plupart non-seulement sont intacts, mais ont conservé toute la fraîcheur de leur primitif édat. Le temps- a eu des égards pour la mort.
La rue des Tombeaux est hors de l'enceinte de la yille ; elle commence à la porte d'Herculanum et fait partie du faubourg appelé At^guste-heureux* Quelques maisons sont sur le même alignement et au milieu des mausolées.
Voici la maison de Diomède, qu'honorait le titre d'ami deCicéron. Le premier étage est au-dessous du niveau de la rue , le deuxième un peu au-dessus ; c'est une habitation qui tient le milieu entre les maisons de ville et celles de campagne; car les maisons renfermées dans l'intérieur des murs de Pompéi n'ont point d'étage. La famille de Diomède devait être nombreuse : on compte dans sa demeure plus de trente chambres à coucher.
Le jardin est vaste et environné d'arcades
aaa. pompai.
qvi soutîenneiit un portique sous lequel , en Ipuissant de Taspect du jardin, on se promenait à L'abri de la pluie; Au milieu s'élève une fontaine dans un beau bassin de marine destiné à reœvoir des poissons , et qini est pariaitement conservé; il y a près de la fontaine un emplacement pour un parterre, avec m colonnes latérales propres à supporter un berceau de vignes et de fleurs. Le jardin a une issue qui donne sur la campagne; c'est près de cette porte qu'on a trouvé un sque?
lette dont les mains tenaient encore âes monnaies d'or et des ornemens de prix.; c'était apparemment un avare ne s'oocupant que de son trésor, tandis que ses semblables, peut-être même sa femme et ses enfans-, couraient éperdus dans le logi&., en^ implo^ rant son secours. Beaucoup de squelettes attestent que la maison était pleine d'individus. Ce vil harpagon ne dépensa jamais son or que par ostentation ; combien de fois des infortunés réclamèrent-ib en vain, son
POHPBI* 3a3
secour»! G>inbien de fois refusa-t-il Fobole à rindigence 1 II entend tout à coup une voix sourde et tonnante : ce n*est plus une obole dont il s'agit, c'est le terrible Vésuve qui vient lui demander et la bourse et la vie.
Descendons dans les souterrains qui servaient de caves au logis : voici encore les amphores qui contenaient le Faleme ; ces vases, formés de terre cuite, de forme allongée de la capacité d'une dame-jeanne , sont placés debout l'un à la suite de l'autre , ce qui explique l'expression d'Horace : interiore nota Falerni. C'est dans ce lieu que se réfugièrent les malheureux, habitans de cette maison ; ils fuyaient le déluge de cendres et de pierres enflammées vomies par le Vésuve; mais le volcan les atteignit jusque dans les entrailles de la teiTe. On a dégagé d'un tas de cendres compacte leurs squelettes, au nombre de dix-sept, parmi lesquels était celui d'une femme qu'on suppose avoir été la maîtresse du logis. On a trouvé ses bracelets et
3^4 POMPél.
ses bagues d*or. J'ai vu au muséum de Portici sa tête , assez bien conservée , avec un peu de la chevelure. J'ai considéré avec admiration les formes semi-sphériques de son sein , qui sont empreintes et moulées dans un morceau de cendre durcie sur lequel elle était appuyée en mourant ; où y voit aussi quelques parcelles très-fines de sa robe. On peut en conclure , sans être taxé d'inconséquence, que madame Diomède avait lès chairs trèsfermes et une belle gorge. Je doute que les dames parisiennes , surtout depuis la mode des corsets à buse, puissent laisser de pareils moules à la postérité.
Vis-à-vis de la maison de Diomède sont les tombeaux de sa famille, avec cette inscription :
Arius, L, Diomedes. sibi. suis, memoriœ.
Ils ont la forme de petits temples. Là reposaient son fils aîné et deux de s&s filles , dont
PQMPJÉI. 235
une Pliait la neuvième. Voici toulje l'ëpitaphe;
Arriœ. M. F.j VIII.
On lit aussi cette aiitre épitapl|e toudiante:
N. P^elasiœ, gratç, .
Vix. Ann, XII.
Ainsi le premier o|[}jet qui frappait les yeu:i de la £unille Diomède, en sortant de sa maiaon , c'étsdt le cimetière des siens.
Au côté droit de la même ^naison paraît lin petit édifice quarre ayapt l'apparence d'un tombeau ; j'y- pénètre par une petite porte très-basse , je Tois peints sur les murs des cerfs et des oiseaux avec d'autres figures symboliques de la mort»; je reconnais un triciïniam oa tà)>le à' manger des 'anciens; x>n devine aisémept que c'est id' qu'on célébrait le festin funèbi^e appelé par les Romains siiécemium. C'est sur cette petite colonne que l'on plaçait le simulacre du défunt; il avait la place d'honneur, ses amis ne pou-
aa6 poMpii.
Taient pas boire à sa santé , mais ils lui souhaitaient les bocages et les ruisseaux les plus frais de Félysée. Ils se le figuraient vivant, en rappelant dans leurs discours ses actions nobles et généreuses. La véritable existeiu»
de rhomme est dans ses vertus.
Mais Tombre* d'une dame romaine me reproche mon peu d'empressement à visiter son palais funéraire; u je l'ai fait construire, dit«elle , pendant ma vie , pour moi et Munatius ; morte , j'ai su le préserver de toute atteinte du temps et du Vésuve ; j'ai fait venir de Paros le marbre qui le décoré-; j'ai donné le sujet des bas-reliefs ; ici c'est un sacrifice à Proserpine , là c'est une barque qui , après avoir essuyé bien des tempêtes , arrive enfin dans le port ; les matelots plient les voiles et jettent l'ancre. Vous comprenez l'allusion.?
— oui; cela signifie qu'après avoir bien battu la mer de ce monde, nous abordons enfin. à notre tombeau.
Ce buste, sculpté h la partie supaneur^ est
POMPAI. 337
le mien. De ce côté c'est le bissellium de Munatius :
Nt^volea, Tjrche.
sihL et. Numatio» Fausto.
eut, decurionesy consensu. populi,
BiseWum.
o&. mérita, ejus,
deerewerunt.
Hoc, monumentwn,
Nœvolea, Tjrche,
viva, fecit»
'Veuillez me dire, madame, ce qu'on entend par bissellium ? -^ C'est un siège à deux places que le peuple et les magistrats accordaient, dans les fêtes pu]>liques , aux citoyens distingués par leur mérite. — Et Munatius Faustus, honoré du bissellium et avec lequel vous avez voulu mêler vos cendres, queUes étaient, je vous prie, vos relations avecjui? — Je ne puis répondre à votre question , Mercure m'appelle. Sad&ez que toutes les femmes mortes sont discrètes ; adieu. » Je veux entrer
aaS vomrài.
dfenslackaiDbre intérieure dn sépulcre, une porte griUée m*en empêche ; j'aperçois à travers , des os et de la cendre confondus dans des urnes à demi brisées. Sans cet obstacle, j'aurais peut-être mis dans ma poche quelques os de M"* Naevolea.
Le tombeau de Galventius, à côté de celui de Naevolea, est aussi décoré du hisselliuni; il étale dans toutes 9&& parties la beauté àes marbres , réléganoe de rarchitecture et des basrelieb ; mais il est fermé de toutes parts.
Vis^-vts , et jde l'autre coté de la rue , est un grand .tombeau avec une petite porte en marbre blanc fermée à idéf ; on y a, découvert , dit «on., plusieurs d>jets précieux , entr'antrca un, grand vase d'albâtre et des anneaux d*or«
«Un loup n'est pas phis impatient de péné Irer dans une bergerie, que moi d'entrer dans un des tombeaux. En voici un fait en dôme, très-grand, envnronné de murs, comme si la mort avait besoin de le défendre contre
des ^issauts ; ei^ il m'est permis d'ârrmr ju^u'au .&9iiclilaire dece pcftit teinpie. J'y xiionte par trois degrés , me Voilà dans le saloo de .compagnie des ombres dVii^ famille pompéienne anonyme, car il n'y a pab d'inscription» ^
Ce ..lieu était appe^ CohmbanUpij txilombier ^ parce que lesi urnes cinéraires sont ^cébs dans de petites niches* qui ressëm^blent aux.alvéoks deâ nids àfi p%eôns d'un c6k»Enbier. Cette dàmmination est une nouvelle preuve dé. l'attentiofi délicate deé aàciens, à mîarier les images gracieuses avec les imagés fusètiresi Je m'arrête ' dveé plaisir dans cet appartement binmlaire ; malgré moi des idées de 'Colombes , d'amoar de repk*c^ dnction, se masient avec des idées de cen* dres, d'insensibilité, de déduction ; le Trépas a .perdu son horreur, ses manières sont civi-. Usées, sdn langage a de la grâce , et je m'entretiens familièrement av(e<s lui, a^sis dans le colombarium du tombeau, la main dans
a3o poMvii.
«me alvéole* « Je ne sais pourquoi , me dit-il, on me querette tant dans le monde; que deviendrait- il sans moi? ne suis -je pas le grand {pourvoyeur de la vie? Si je consomme les individus, c*e8t pour recruter les espèces. » Alors il m*engage à sortir pour visiter ses autres petits Trianons* Un mur seul nous séparait du mausolée lé plus noble qui décore cette rue. Ce monument, ainsi que le témoigne Tinscription , fut érigé par Scaurus, père, à Fabridus Scaurus son fils, juge de la tribu Ménénia , k qui les décurions firent ériger une statue équestre dans le forum. A la ^nort de ce personnage, il y eut de grandes fêtes à Pompéi : tous les murs sont couverts de bas-reUefe représentant des combats de gladiateurs entre eux , et avec des bêtes féroces de toute espèce.
Au-dessus de la porte d'entrée qui regarde la rue et qui conduit dans la cour du monument, on voit cinq de ces malheureux, armés de lances et de boucliers j un d'eux est su4-
pouviu aS*!
pendu à quelques pieds de terre, dans l'attitude d*un homme qait tombe de tout son poids, blesse morteHeraent, Que de» guerriers se battent à outrance près du tombeau dfun gueiTier, on peut jusqu'à un certain- point tolérer cette coutume; mais on est indigné qu'à la mort d'un magistrat qui, par ses fonc* tions est le conservateur des hommes, et punit toute efiusion de sang , on est indigné que des hommes s'égorgent pour honorer ses funérailles. Je ne reconnais pas dans cet 'lorrible usage la sagesse philosophique de& anciens. J'entre avec ces réflexions dans l'intérieur de la tombe du duumyir Scaurus : au premier aspect du réduit sépulcral , je pui»
juger que son orgueil lui a survécu. C'est ainsi qu'à l'arrangement du cabinet de toi«> lette d'une femme , on peut apprécier le degré de sa coquetterie : voyez-vous ce pilastre qui s'élève au milieu de la chambre funèbre , et dans lequel est pratiqué un emplacement beaucoup plus vaste que les niches d'alen-
a3ia pOMPii.
tour, qui sont sans distinctioti comme celles d'une ruche d'abeilles? c'est dans oe centre que siégeait l'urne magistrale. M. le juge a voulu donner à ses cendres une espèce de présidence parmi les cendres des siens.
Que penseront nos magistrats de France , nos présideœ de grandes et petites coui*s, de OEMir suprême , de la vanité de M. le juge Scaurusy eux qui sont si modestes ! 3e leur <yniwîHp de cifer l'ombre du duumvir & leur tribunal, pour lui faire subir la censure avec réprimande ; car depuis deux mille ans il est suspendu de ses fonctions.
On a trouvé ici quëlqiies débris d'os brûlés et une petite lampe de terre cuite , mais point de vases lacrymatoires ; il est à remarquer que ces vases ne se trouvent ordinairement que dans les tombeaux les plus simples, et dans la terre, aux pieds d'un morceau de marbre ouest grossièrement ébauchée la tête du défunt* Ces marbres rappellent les croia:
de b0is de nos cimetières.
poMPBi, a33
Le cœur du pauYre serait-it plus jsenfii|Ne que celui du riche? ou bien faudrait -U de trop grands vases pou|: contenir toutes les larmes versées à la mort des grapd^ et das rois ?
Dans une enceinte e^viroi^née de murs et adjacente au n^onument de Sçaiff^j m ne voit qu'un marbre tel quts ceu;^ q^^on place sur les tombeau:^ ; c*est une espè.ce de statue dont la gaine est profopdément epfoncée dans U terre : de la têtç , grossièren^^nt taillée , tombent des cbeveux attachés fiutpiur du cou; Tinscription qu*op lit sur la poitrine de la statue j^st des plus G^ryçuses, et son laconisme ouvrç le champ le plus vaste aux commentaires des savans ;
Junoni.
Tjrche. Juliœ.
Aiigustœ. veher.
Ce qui signifie : à Junon^ Tyché intendante des plaisirs amoureux de Julie Auguste.
Voilà une insci*iption bien impudepte ! s'é-
:i34 POMPAI,
dferont les premiers valets de chambre , les maîtres de la garde -robe, les chambellans des maisons des rois et des altesses royales. Efa! messieurs , lem* répondrait Tychée, ne savezvous pas qu*il est d*usage de se glorifier des diarges et des emplois que Ton occupe auprès des personnes augustes? La lumière du trône a, comme le feu, le privilège d*épurer tout ce qui rapproche. Voyez M"* de Pompadour faire des mercuriales aux membres du parlement prosternés à ses pieds. Vous-mêmes, examinez vos titres j soyez moins sévères à mon égard, et donnons-nous la main.
Vous avez remarqué que dans Tinscription du tombeau de Nsevolea il y a aussi le nom de Tychée ; est-ce elle ou une de ses sœurs qui était Vamie de la princesse Julie?
c'est ce qu'il ne m -appartient pas de décider: je m'en rapporte à l'académie des inscriptions ou à la décision du premier concile.
Quelle est cette autre maison confondue avec les tombeaux , qui paraît aussi considé-
rable qae celle de Diomède, mais beaucoup plus ruinée? M. RomanelU me répond que c'est probablement celle de Gioéron ; toutes les preuyes qu'il m'en donne dans son ouvrage sur Pompéi sont pitoyables , pourtant mon imagination s'en accommode, et eHe me fait fureter dans les coins et recoins de ce logis en déclamant ses Catilinaires. Ce qu'il y a de certain, c'est que Gioéron avait une maison de campagne à Pompéi ; il en parle dans dans ses lettres à Atticus : Tusculanum et Pompeianum valdè me délectant,
n est à remarquer que ce grand orateur avait des propriétés dans tous les beaux sites de l'Italie , ce qui laisse à penser qu'il fit quelques moissons dans les champs de la Cilicie, dont il eut le gouvernement: j'ai beaucoup de respect pour ses talens , mais , il faut l'avouer, il était un peu tracassier : que lui importait-il que Clodius, à la faveur des mystères de la bonne déesse , se fut -introduit dans la maison de Pompéia, femme de César? pour-
a36 ¥oupii-
quoi $e porter son accusateur? .oa ne peut se dissimuler qa'îl n'a rien négligé pour s'attirer la çatastropbiB qui termina sa vie*
Non l(»n de la maison de Gioéron on a
trouvé les squelettes d'une mère, de ses deux
fiUes et d'un petit enfant ; die tenait ce der-
,nier dans ses bras. Elle conjure les dieux
d'épargner ses enfans , elle ne pense qu'à eux,
elle écarte de leurs têtes la poussière voica*
nique qui s'amoncelle, comme une neig^e
abondante sur le sommet des Alpes : vains
efforts ; les malheureux, teb que des naufragés
auipilieii des vagues^ sont englouti^ dans ce
gouffire de cendre : leurs bras élevés vers le ciel
apparussent ^uls quelques instans ; le Vésuve
leur épargne les frais de sépulture. La mère
les presse contre son sein , ^on dernier soupir
est pour 9es enfans ; vivante au milieu de sa
famille, elle eut offert la plus gracieuse image
du plus noble sentiment de la nature ; morte,
ses os mêmes présentât encore un tableau
d'amoui* maternel.
POMPAI. a37
Je ne parle pas ()es autres toin})eaax, qui., après ceux dont j*ai fait la d^sciiption , n'offrent rien de très-remarqfiable. Celui de )a prêtresse Mammia occupe un emplacement considérable : on ne ppuvaiVdPQQer les coudées trop franches à une persoi^ne de cette <li$tii)ction; envo^ci l'inspription ;
Mammiœ, P. F.
tacerdoti.
* puhlicœ. locus, sepuhurœ, datas.
Decurionum, décréta.
C'est le plus grand de tous les monumens, mais non pas le plus riche et le plus élégant.
C'est une heureuse idée des anciens d'avoir appelé les femmes aux fonctions du sacerdoce ; ce sexe a le secret de nos douleurs et de nos plaisirs , et il semble cpe par ses charmes et le fini de sa nature, il soit plus en rapport que les homme savec la Divinité.
Mais quoi! se peut -il que j'aie consume une journée entière à examiner la seule rue
a3S poiipii.
des Tombeaux? Déjà le solefl touche la surface de la mer; ses rayons rougeâtres glissent obliquement sur le sommet des tombeaux, dont les ombres projetées dans la rue semblent se confondre avec les (MBbres des habitans de Pompéi.
Cette teinte incertaine d*un beau jour sur son déclin répandue sur les mausolées d'uMe ville qui n*est plus depuis dix -huit siècles, remplit l'âme d'une singulière mélancolie. Plus de passions tumultueuses, la substance de mon corps est plus légère, mes pensées sont dégagées des liens des sens , ^entrevois les jouissances purement intellectuelles ; mon être reste quelque temps suspendu entre la terre et le ciel. Mais bientôt toutes ces douces chimères immoitelles s'évanouissent k Faspect d'un bon souper qui me rend tout entier au monde physique , et je retombe sous l'empire des grossières sensations.
poMPBi, a39
TROISIEME EXCURSION A POMPEI.
A mon lever, |é remercie le soleil de me donner à la fin de l'automne une jçumée printanière, et je retourne à Pompéi : nous ne sommes pas encore entrés dans Jia ville pour l'examiner; ici toutes les pierres parlent. Remarquez que la porte d*Herculanum est à l'extrémité de la rue des Tombeaux. La demeure de la vie est limitrophe de celle de la mort , et les citadins n'avaient qu'un pas À faire de leurs maisons à leur sépulcre.
Pompéi , comparée à Paris et à Londres , semble avoir été habitée par des Lilliputiens ; car je ne suis pas assez impoli pour insinuer que les grands hommes de l'antiquité habi* taient des maisons petites et que c'est tout le contraire de notre temps. Quoi qu'il en soit, nous voici dans une des principales rues de Pompéi , c'est comme sa rue de Richelieu.
Trois brouettes pourraient à peine y passer de front, et deux charrettes comme celles que
traînent les chiens à Paris , courraient le lisque de s'accrocher, pour peu que les Pliaètons manquassent de deKtérité.Cependant des traces de roues profondément empreintes dans les pierres volcaniques , attestent que les équipages d^Ponkpéî ébranlaient souvent le pavé.
Sur les deux trottoirs qui Ix^dent la rue , un homme et une feitime ne passeraient ensemble que dos à dos*
Biëtl que de doctes écrivains prétendent que les maisbns ont un étage, m^ conscicnoe me force à dire qu*ettes ii*ont qu'un reE-dechaussée. Un habitant de PariS) du haut de son sixième étage, va trouver cela bien mesquin ; mais les ancieds n'aimaient pas comme nous à se pîeirchet' les uns au-dessus des autres; et si Tarquin et Âppius avaiei^t dû monter cent degrés pout* aller voir Lucrèce êl Vil-ginie , peut-être 1 un des deux eût4l renoncé à son projet, et Aome aurait eu FinappréciaMe avantage de garder ses rois ou au knoins ses décemvirs.
PoùPii. air
Si les hiaisl)h$ d& Pbhl'^ëi tte sont gûière jniik'ëlèVéesqûëfe^'tbidbéàtix, du moins élle^ pi^êéAiéûi, fàr U divièioii et lâ h]tilti|)libi1^ àéi ]pîècëé1ii1?ériéUri^s, toute espèce dé cômnlbâité : 'èntit>ns datis éëlle-ci à gaùbhe ; tnàh\ àvatit de pasisérle seuil de ïa porte, tendez 3bn salut au maître de la maison : sur le pave éb ihdsaïqué est écrit en gros caractères sat^fc. Qu'elle esi touchante cette invitation' hospitalière, et par son laconisme et par' rendroîi où elle est placée. ïlme semble que j'entends la voix même des anciens habitàns de ces demeures, qui, avec un visage riant et facile, m'invitent à entrer, à partager leurs repas et les douceurs de leur, société. Je crois pénétrer dans Tintërieur d'iin petit temple dédié à l'hospitalité. Heureuse et noble invention que celle aes dieux pénates ! Ulysse, échappé du naufrage , entre dans le palais du roi des Phéfllcienset va s'asseoir avec confiance auprès du foyer domestiqué ; il lit le salve sur le seuil de la porte, et cela lui suffit.
Presque toutes les maisons de Pompéi sont uniformes dans leur architecture et dans leur distribution intérieure. Voyez-vous cette cour assez vaste et découverte autour de laquelle règne un péristyle soutenu par des colonnes ? et au milieu voici un bassin fait en marbre blanc, destiné à recevoir les eaux pluviales* Cette cour ressemble aux cloîtres d'un couvent; vous en verrez de semblables dans foutes les maisons un peu considérables de Pompéi»
Les chambres à coucher sont très-petites , sans fenêtres sur la rue; elles ont leurs portes de sortie sur la cour ou bien sur le jardin, d*où elles reçoiv ent la lumière ; il est très-rare qu'il y ait communication entr'elles. Admirez la quantité de cabinets de bains : en voici pour Teau chaude, celui-ci pour l'eau froide, et cet autre, voûté , est destiné aux bains de vapeurs; c'est dans ce réduit qu'après le bain on se parfumait d'essences précieuses. Le bain était pour les anciens une récréation pleine de recherches voluptueuses : l'empereur Hélio-
poupit. 343
gabak se baignait jusqu'à sept fois ie jour.
L'on se faisait une jouissance de la propreté. Tous les pa\és des salons de compagnie ef de tous les autres appartemens sont faits en mosaïque , représentant quelques figures ou bien quelque dessin. Immense est la collection de vases de bronze ou de terre, d'instrumens des arts, de candélabres, de ferres peints , de tables à écrire incrustées de pierres précieuses , et enfin de pierres gravées; elle a été trouvée dans les maisons de Pompéi : on ne peut se lasser d'admirer tous oes objets au musée national. Je ne dirai rien des papyrus, qui sont tellement consumés, qu'ils ont la blancheur et la forme de petits morceaux de cendre durcie; on les monti*e comme des reliques qui ne sont utiles à rien. Mais ce qui ravit en extase, ce sont les belles peintures qu'on a détachées des murs de Pompéi. Des murs ! direz-vous ? oui , les anciens ne tapissaient pas leurs appartemens , et ceux qui n'étaient pas assez tîdies pour en
a44 poMPÉi.
faire revêtir le$ çinr^ de belles figures et de tableaux de divers genres, les faisaient ouvrager en oompartimens peints qui coûtaient peu, }ç vous dirai \\^ mQt sur le prooédp usité dans cette manière de peindre des anciens : d'abord qn appliquait sur le mur un enduit de l'épaisseur d'f^n dpîgtf faif avec df^ marbre et dç F^lbâtr^ pil^s ; qette première couche était.reçouvecte d*i)^e sepoocfe beaucoup xnoin^ épaisse, composée de di^ux:
n^élée de sabl^ tf è^t-fîn oif dp ip^bre pilé et tamisé-; c'est «ur ce fopds 1;rès-li^^, légèrement coloré de jfiifpe, que sont peintes ces belles figures que tai^t de siècles |;x'piit pu effacer, et qui sonf encqre si fraicfies que Ton croirait qu'eues sortent d^ majns de l'aftiste. Adu^irez ce§ 4^nsei^^ et cf^.4wsçH^ de râqppartçfmfept o^ noi;s somnpies : qq^Ue variété dVttifu4es éléga^^s ^t Yo|,uptupy^^ I quelle légèr^fé ^érien^e 4aps tpus l|^^r8 p^Quyemens ! tou^ Ifeurs gest^ sont des ei^pressiqn^ passionnées, toMfi ^rs p§s §ppt di^^^és nar les
POMPIBI. 24^
gV^to^ » comme le pied gauche de cette jeune loDieone est caressant, fandis que sur l'autre elle se balance en équilibre entre le c^el et la teiTe! comme Ton sent toutes les formes de son ))eau corps à travers la mollesse des contours onduleux de la draperie , et la fluide transpa^ r/epoe de ses yêten^ens l sa poitrine semble 4>ppre$$ée d^ iésirs et sa tête $e penche avec longueur sijlt une épaule d'albâtre.
Ainsi la découverte de Pompéi et d'Qerçulanupi a fait une révolution non-seuLer pifent dans la peinture et la sculpture , mais dans ra|*t de la danse. Nos Bigotini et nos Gos^elir^ se sont per^ecti<Hinée$ à l'école des danseuses de Pompéi; les sylphides parisiennes ont apprqfpndi , devant les peintures de Pompéi, la science de la séduction et la théjologie des sens.
Les anciens surpassaient les inodernes dans les peintures à fresque : Michel- Ange et Raphaël se servaient de contours préparatoii*es composés avec de la poussière noire
246 POMPil.
dont an voit la trace trè9<listincteiiieiit -êsaa leurs ouvrages^ mais on n'aperçoit rien de semblable dans les figures de Pompéi, qui sont peintes avec autant de confiance et de dexté'rite qu'ettes pourraient Tétre sur le bois ou sur la toile. Il fallait que ces couleurs fussent détrempées avec une espèce d'eau particulière, car on a employé le feu et Teau-forte pour détacher de plusieurs tableaux les croûtes de cendre et les incrustations pierreuses , sans endommager les peintures. Les couleurs à rhuile s'obscurcissent avec le temps, et celles employées par les anciens conservent tout leur éclat en exprimant un plus grand degré de vie et de véritable carnation.
Les maisons de Pompéi, au lien d*être numérotées, portaient le nom du propriétaire écrit en grands caractères rouges : beaucoup de ces inscriptions se sont conservées , et ce n'est pas une Ses choses les moins curieuses de reconnaître ainsi la maison du consul Pansa j de Caïus SallusUusj de lii*e les mani-
pouviu 34^
Testes des édiles, des duumvirs, des ffamînes, les affiches des fêtes , des jeux publics , et des maisons à louer et à vendre. Voici une de ces affiches les plus remarquables :
In prasdiis Juliae Sp. F. felicis locantur Balneum yeDerium et qongentum tabern»
Pergulae cœnacula ex idibus aug.
primU in idus aug. sexta annos contînuos
quinqae. S. Q. D. L. E. N. C.
Par cette annonce, Julie FéUxe offire pour cinq années consécutives le loyer de neuf cents boutiques d'une maison de bain et d*un venerium.
Elle ajoute la formule usitée en pareil cas:
S. Q. D. L. E* N. G. ; c'est-à-dire, si quis domi lenocinium exerceat, non conducito.
Je ne me lasse pas de considérer les jolies peintures à fresque de cette maison ; par malheur je n'en puis connaître les propriétaires, faute d'inscription ; on a prétendu qu'elle était habitée par les vestales : je serais tenté de le croire, en voyant les peintures d'un
a48 poHpii*
grand £^partement , Itesquelles représentent des cerfe , des daims , des chevaux, seulement avec les parties antérieures de leurs, corps. Tous ces animaux coi^rentayec les deux pieds de devant ; il me semble qu'il y a là une recherche de pudidté. Mais dans une petite chambre à coucher je vois une Vénus habillée par les Grâces, un Endymion auprès de Diane, un faune qui surpi*end- une nymphe endormie , tous ces tableaux ébr^lent un peu ma toi* Quedois-je penser m^ntenant? J'aperçois l'attribut distiôctif du dieu Priape sculpté en guise d'enseigne , sur la façade de la maison située vjs-à-vis de oelle où je suis. Eh quoi ! des vestales, ^x^ sprtant de leur maison, auraient ei^ une semblable perspective! Fi donc ! s'jécriera une dame moderne, loger des vestales ej^ face d'une niaison de prostitution! — Qui voiis a dit, madame, que cette maison fût de ce genre? Cet horrible et indécept simulacre , qui révolte vos regards , i^'est auti-e chose que l'enseigne d'un bijou-
POMPAI. 3^9
tifr fipl>riGapt d'amulettes , de tatisqians. Les daiQ^ de Pompéi , à rimitation des dame^ égyptiennes , 'portaient à leur cou , à leurs oreilles et consacraient dans les tepipl^, des Phallus, pnapes de toutes les grosseurs, depuis une once jusqu'à plus d'un quintal de pesau^ur ; il y en a en bronze , en argent, ^{^ pf et en marbre; )a collection de ces eacvoio qu'on f oit au musée est des plus riches et desi plvu variées:
J'en ai Vu de toutes les formes,
Qn^nds, gros, petits , ipediqcres, éiioripeâ.
C'était., selon la croyance du temps (et il faul respecter toutes les croyances ) , des préservatifs puissans contre les maléfices et les attaques de nerfe; les missionnaires d'alors faisaient bénir tous ces objets par les prêtres d'Jsis* Ils en rendaient à tout prix à la pQite des temples. Peut-etre même, pour émouvoir les cœurs les plus endurcis, en plantaient-ife de cinquante pieds de hauteur dans les places publiques*
aSo poKpiBi.
Sbr les mun intérieurs et eitériftars de phisieurs maisons de Pompei on remarque des peintures allégoriques représentant ud gros serpent entrelacé à un pomtnier dont il mange les fruits : on a prétendu que oes maisons appartenaient à des médecins, parce que le serpent est le symbole de la santé ; mais il faudrait prouver avant tout que la santé a quelque rapport avec les médedos.
Je crois plutôt que les andensmultipliaîent le portrait du serpent, parce qa*iU avaient beaucoup de Tx»nsidération pour ce reptile, auquel ils attribuaient une heureuse influence. Il faut avouer qu'il est bien dédiu de sa réputation parmi les chrétiens, qui, pour toute civilité, tâdient de lui écraser la tête. Voilà comme dans le monde on porte sur le même individu des jugemens diamétralement opposés* Mais pourquoi les andens le représentent -ils mangeant une poaime, lorsque c'est le plus grand délit que nous kà reprochions? Il y a dans ce rapprochement
quelque chose de très-bizarre, et de quoi exer^^ car messieurs les érudits; pour moi, je me contente de trouver l'antiquité bien impertinente d'attacher un augure favorable à un serpent mangeant une pomme. Cette interprétation doit indigner tout bon chrétien ^ et c'est à cela qu'il faut sans doute attribuer la ruine de Pompéi.
Après avoir parcouru dans toute la longueur cette rue appelée le cours de Pompéi, on passe sous un arc et l'on arrive au^brum.* à l'exception de l'amphithéâtre, c'est l'édifice public le plus considérable : sa forme est un quarré long bordé d'un grand nombre de petites colonnes doriques, faites de briques revêtues d'un espèce de plâtre appelé stuc. Cette manière artificielle de composer des colonnes est très-mesquine; il semble qu'elles ne sont que postiches ou d'attente. Après avoir vu les colonnes de Pestum, lesquelles ont vingt pieds de circonftrence et sont faites de quatre blocs de rocher , on peut juger avec quelle pitié
aStk
POMPEI.
j'ai «egardé celles de Pompéi, qui soht piresque' toutes faites de petites briqués agglomérées.
A Textrémité septentrionale du forum s'élève un temple qu'une superbe tête de Jupiter, trouvée dans ses débris , a fait appeler temple de Jupiter. Il a Tair d'un temple de carton , comparé à ceux de Festum ; on n'y sent nullement la présence du dieu. J'en dirai autant du fameux temple d'Isis , dusfié-je faire pousser les hauts cris à tous les érudits grat> teurs de terre. Ces messieurs se sont servi des expressions les plus ampoulées , en décrivant chaque partie de cet édifice , afin d'impo^r à leurs lecteurs ; mais l'antiquité pour être grande n'a pas besoin d'être montée sur des échasses; il faut révéler enfin la vérité:
Pompéi était une des villes les moins considérables de l'ancienne Gampanie; mais son orgueil citadin voulait être servi par autant de dieux que les plus grandes capitales.
Tout bourgeois veut avoir des pages.
De là cette multitude de temples érigés à Jupiter, à Isis , à Vénus , à Esculape , à Mercure et à Hercule ; mais comme la ville n'était pas assez riche pour loger convenablement toutes ces divinités, au lieu de colonnes de marbre ou de pierres de taille , elle en composait de briques, et au besoin elle se serait servi d*une matière encore plus commune.
Mais si l'architecture du temple d'Isis est aussi mesquine que la matière dont il est construit , il oflTre néanmoins plusieurs particularités curieuses; voyez sous Tautel cette espèce de grotte , c'est là que se cachaient les prêtres lorsqu'ils jugeaient à propos de faire rendre des oracles à la divinité. Il était défendu aux dévots d'approcher de ce sanctuaire , ils devaient se tenir à distance ; ces prêtres imaginaient mille moyens d'en imposer au peuple et de vivre à ses dépenà ; ils ne ressemblaient pas, comme on voit, aux nôtres.
Parmi les raretés qu'on a découvertes , on
a54 poKpii.
estmie ia pkv curieuses , les tabks d'Isû. qui sont au mu^ée; on a aussi détaché de belles peintures des parois de muj^s : une Isis avec un sistre à la inaîn, une Ânubis avec sa tçte dechien. On a trouvé sur un pilasbre les sl;^,- ^es de marbre de Vénus, dlsis, de Bai^chus, et de Priape; remarquez <iue ]e dieu des jardins se trouve dans tous Ita temples; il est de toutes les parties , et toujours une place d'honneur bu est assignée dans les réimrôns divines. Il a un talisman devant lequd s'ouvrent les portes les plus infleipbles» et il s^mbiedire: « avec moi on ne peut gfiter rien. »
La plus imposante des cérémonies du culte divin 4taât celle des si^pUcaiions publiques : on servait un somptueiu repas aux divinités dont le peuple était de droit le pourvoyeur.
Les prêtres oonscmunaient les prqvision^ pav piété et pour ob&j^ à l'ordre des dieux.
Dans des appartemens sitiiés derrière le sanctuaire du temjJb, et inarçcessible aun^ regards du pro&ne vulgaire , on a déocm^ert plusieurs squdlettes de prêtres : Tun d'eux ,'
* pompi&i. a55
appuyé sur un tnur , avait une espèce de kâche à la main dont il avait déjà peroé deux murailles ; un autre, dans l'attitude d'un bomme qui fuit, avftit déjà gagné la câur qui^est au chelà du sanctuaire ; les autres wpielettes forent trouvés ayant devant eux des os de vietîues immolées à leur divinité^y.dea vases d'argile «t des œu6. J'ai vu ces œufs au musée ; il y en a une douzaine, et ils sont encore tellement (rsôs qu'on croulait qu'as viennent d'être pendiis. Il paraît que ces hommes sacrés, au momeiit le plus violent de l'éruption V(^Miique, prêtai^t humblement leur estomac à leurs dieux p6ur faire hon* neur a^ repas servi par les bons habitans de Pompéi ; îàs riaient de la crédulité du peuple, et buvaient à sa santé. Le Vésuve répondit à leur toast , les uns alors désertèrent la table , les autres estèrent à leur pclste avec une vorace intrépidité et moururent , au milieu des fumées du vin et duVésU'vie. Avec des instrumens de sacrifice aussi cisrieux par leur variété que par leur non^are , on a recueilli
a56 poMPBii
dans le temple d*Isis deux idoles égyptiennes^ qui soutiennent de leurs mains une grande coupe.
Les relations commerciales qu'entretenaient les habitans de Pompéi avec ceux d'Alexandrie, alors en possession de tout le co mmerce des grandes Indes , introduisirent peu à peu dans la Campanie le culte d'Isis ; Pompéi , Naples et Pouzzole l'attestent par plusieurs jnonumens : tout ce qui regardait FÉgypte , les sacrifices, les rits sacrés, les emblèmes, les paysages était de mode à Pompéi. Les dames avaient des coiffiires ornées de feuilles de lotus , et les hommes , des chapeaux au bœuf Apis j d'où, par corruption, sont venus nos chapeaux à cornes. Damnosa qidd non imminutt dies ?
Les deux théâtres comique et tragique se touchent : cela veut-il dire que des rires aux pleurs il n'y aqu'un pas? ils ont la forme d'une demi-circonférence, et l'espace destiné aux
spectatem*s est rempli par des gradins en amphithéâtre. Le premier était couvert, le second
poMpii. 367
ne rétait pas; celui-ci pouvait. conteDir dix mille personnes, celui-là environ le tiers. Les représentations n'avaient lieu que {de jour, car les andiens ignoraient Fart d'embellir leurs acteurs par le reflet des lustres et des lampes.
Aucune inscription, aucun papyrus ne font conn^atre si Içs porte-faix de Pompéi étaient chargés de faire réussir les pièces des jeunes auteurs , qui mettaient sur la scène les saints du paganisme ; il est à croire que les anciens ignoraient cette subtile et noble invention.
Néron seul , en sa qualité de souverain , arrachait des applaudissemens à coups de sabre ; c'est de meilleur goût que des coups de poing.
Ainsi qu'à Athènes, les personnages les plus distingués occupaient les gradins inférieurs; l'empereur était placé au côté droit, les vestales à gauche : ces pauvres vestales Venaient là attiser des passions qu'il leur était défendu de satisfaire.
a58 poMpii.
En I^e les {>rétres assistent an spectacle ; j%ii ai Vu au théâtre S^-Qiaries, lùais je n'ai pBs vu de religieuses.
Mon imagination mé fait assister à VITyppùUte de Senèque ou aux comédies de Plante et de Térence : j'entends l'ivresse de la joie , IVntbousiasme et l'explosion de milliers de spectateurs qui sembteiA animes d'une seule &me. G^est id que Phèdre a prononeé t e Vsf tùi qui Vas ntAhTtté.
aMphitskatre.
Cet édîfioe est le ^us vaste de tous les raonumens publics de Pompéi; il est entièrèmeat isolé de la partie de là ville qu'on a découverte. Après a voir traversé des champs spacieux 9 en se din|[eaat 4 rorient\ on bso'live tout près des murs cet amphithéâtre^ le mieux ootiservé de toils ceux âevés len Italie. Sa forme est elliptique^ selon l'ostige; il peut contenir environ quarante mille spectateurs. C'est là qu'eut lieu la sanglante i{uerelle entre les habitans de Pc^npéi et cgok
poupéi. 95^
de Mofi^a« dont Tacite feit mçnljpn m
XIV*» livre de s^^ ipm^s, A cette pcc$tm9<»
Iç séput roipain exila le proconsul^ Régulm^ et
ix^terdit qe ge^^^e de spectacle peïulanJt dU
4ns; il eAt a^plu& sagewait e^ i^e liiuila^
pas. cette interdictiQ]^,, cai: on ne peut ipiar
giner liei^ de pli^ révolj[«iM9t et de ]^q&
barbare : iioi^sieuleineQt 1^; nmltitude repaie
saiVsç^ regards de i^aljheu^eux gladiate^iirs
dédûr^ft par d^s hète» férctoes, mai». eUe &^
geait qi^'^s ipour^s^pt avec gajté^ et même
a¥ec grâpe. Sénéque , dans sa septifà^^e é^-
tre , répète 1<9$ cris fiiàtooes du peuple ,. alors
qu'il s'apercevait du peu d'empressement des
gladiateurs à courir au devant de la mort :
Occide-y ure^ verberuy quare tum tinUde incurrit inferrumy quare parum audacter accidii^ quare pan/km Ubenêer moraux?
Voilà les loges des Hons , des tigres et d*autrès bêtes fëroces ; c'est par cette porte qu'on emportait les gladiateurs morts ou expirans ; c'est ici.... Mais hâtons-nous de sortir de ce
a6o ,voupii,
lieu : quand on éprouve le besoin d'estimer l'espèce humaine , il ae faut pas s'y arrêter. Depuis quelques mois on a déterré le monument le plus intéressant, eu égard au travail et à la matière. C'est un grand bassin de marbre blanc de cinquante pas quarrés , soutenu par beaucoup de colonnes de marbre de la plus grande beauté et d'une blancheur éclatante ; ces colonnes sont cannelées et massives. On a aussi découvert la statue de marbre d'Emnachia, qui fit construire à ses û-ais cet édifice , qu'on présume avoir été destiné à servir de lavoir ; voici Finscription :
Emnachia, L- F. sacerd. public, nomine. suo. et M. Numisiri.frontonU, fili. Chalcidigum.
Cryptant, porticus, concordicB. augustœ. pietatis. Sua. pecunia. frcit, eamdemque. dedicauit.
Tel était , il y a six ans , l'aspect de Pompéi. J'y retournerai bientôt, ^i Dieu me prête vie ; lorsqu'une fois on a vu ces lieui on est tourmenté du besoin de les revoir.