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par le Rédempteur, de la part des hommes, du diable et de la nature.
L’homme d’église s’est tiré, avec assez de succès des deux premiers points de sou sermon. 11 a représenté Jésus impassible, au milieu des outrages du peuple , et mettant promptement le diable à la raison; mais, parvenu à son troisiè- *‘ nie point (les tentations delà nature), le moine . s’est jeté dans des descriptions un peu vives, en détaillant les charmes de la Magdeleine que ses pleurs embellissaient encore. Je ne savais comment il sortirait de ce labyrinthe érotique , dans lequel il s’était égaré; mais lui , sans nulle transition , apqstrophant tout à coup les assistans :
« Allons, mes frères , a-t-il dit, aripez-vous cou- « tre les aiguillons de la chair! châtiez- vous « courageusement ! punissez -vous d’avoir tant .
« de fois succombé ! et faites hommage de queln ques coups de discipliné à celui qui a tantsouf- •' fort pour le rachat de vos péchés ! »
11 se tait alors ; et à ses accens de basse succède la voix de fau set d’une espèce d’enfant dé t choeur qui récite les éternels Ave, Maria. Tout le monde alors déroule de longs chapelets auxquels pendent de petites figures, de petites médailles, espèces d’amulettes bénites et indulgenciées , préservant des maux et des maladies qu’on 11 e doit pas avoir. Le dévot placé à ma droite , s’apercevant que je n’étais pas muni de ce pieux instrument, tire’ de sa poche un second rosaire
qu’il tenait en réserve , comme les marfns ont des.màts de rechange p6ur remplacer ceux que brise la tempête : il offre de me le prêter , et j’accepte. Pendant la prière, un sacristain, dont la soutane est tellement grasse et tachée qu’il semble vêtu de crasse , se promène dans l’assemblée , en distribuant à chacun des disciplines. A l’instânt où tous les assistans sont armés , les ciex-ges s’éteiguent simultanément : les ténèbres régnent.
Soudain toulps. les disciplines sont en mouvement^ et chacun s’en administre sur les reins , nus ou couverts, selon son degré de piété. Je tenais" mon fouet à la main, et, ne voulant pas rester inactif, je frappai alternativement sur un pilier de l’église et sur la personne qui m’avait .si obligeamment prêté un chapelet : c’est ainsi que je crus devoir lui témoigner ma reconnaissance. La manière est nouvelle! dira-t-on. Je la soutiens bonne : ne l’aidais-je pas à faire sou salut ?
La chair mortifiée me fit des observations , soit qu’elle n’appréciât pas mon moiif , ou que sa ferveur ne fût pas très-grande. Je crus que c’était une raison d# plus de redoubler : le bruit que je fis échauffa le zèle de l'assemblée, et la flagellation devint si violente qu’il semblait que le démon des tempêtes eût fait une irruption dans l’église. On entendait , de temps à autre , de
sourds gémissenjens mêlés au •sifflement des fouets, * •
Le prédicateur n’aura pas nianqué d’attribuer au pathétique de son éloquence l’énergie avee laquelle se fustigeaient les pénitens ; mais je puis, sans vanité, réclamer une portion du succès. Après tin quart d’heure , les cierges se rallument : on se lève , et l’assemblée masculine s’écoule pour faire 'place à l’assemblée féminine. •Pâtirais bien voulu contribuer aussi à stimuler .son ardeur dévote; mais en > vain je me cachai dans le coin le plus obscur de l’église , je fus découvert par le maudit sacristain ; en vam j’alléguai le besoin d’achever mes oraisonS t Vous reviendrez mercredi,, me répondit -il.
Enfin , j’offris de l’argent , qui fut refusé avec une fierté digne d’un Curius.
J’ai su depuis que les fcrfimes , qui , sous le rapport des pratiques dévotes , vont plus loin que les hommes , s’étant autrefois blessées au sein , ont adopté une autre méthode de flagellation plus positive , selon le procédé du révérend père Girard : il ne peut en résulter aucune blessure dangereuse. Mais quel singulier remèdfe ' contre les révoltes de la chair! N’est-ce pas éviter - Carrybde pour tomber dans Sylla ?
* Hinc exaudiri gemitus , et sæva sonate Verbe ra.
SOIRÉp LITTÉRAIRE.— IMPROVISATRICES,
Italie , empire du soleil ; Italie , maîtresse du monde ; Italie, berceau des lettres , je te salue. Combien de fois la race humaine te futsoumise! tributaire de tes armes, de tes beaux arts et de ton ciel !
Ici les sensations se confondent arec les idées ; 1a vie se puise tout entière à la même source , et l’àme , comme l’air , occupe les contins de la terre et des cieux. Ici le génie se sent à l’aise....
Improvisation de Corinne au Capitole.
D’on vient cet éloignement à donner aux Italiens de Rome le titre de Romains ? et pourquoi trouve-t-ôn tout naturel de donner aux femmes celui de Romaines ? Est-ce parce que ceux-là n’ont rien de commun avec les Scipion , les Marcellus ; au lieu que celles-ci rappellent involontairement les Julie, lesCornélie? Plus on examine les statues et les médailles antiques J plus on y retrouve les traits et l’empreinte extérieure qui nous frappent dans les Romaines actuelles. Les mêmes rapports n’existent pas pour les hommés : il semble t^ue le vieux Saturne, qui a donné son nom à l’Italie ( Satur nia Tcl/us), apres avoir brisé le moule des héros, ait voulu conserver sans altération le type de la beauté originelle des femmes à travers la succession des siècles.
La Romaine a la taille destinée selon les beaux modèles de la sculpt ure grecque , les gestes nobles .
Elle marche , et son port révèle «ne déesse ;
son air, son maintien respirent je ne sais quoi de dominatéur : c’est une reine descendue du trône,, mais qui en a conservé les habitudes. Le visage des autres femmes , avec le mouvement du sourire et des regards , est moins impressif que le , visage delà Romaine, dont tous les traits se re-
posent dans le calme et l’immobilité , tant est magique l’harmonie des .proportions , et puissante cette animation intérieure qui produit sur la physionomie l’effet du génie sur l’àme.
Les Romaines sont enflammées du feu des beaux-arts : elles ne parlent de leur pays qu’avec une admiration mêlée d’enthousiasme. Dans une société où le beau sexe s’occupe de littérature , manière de passer le temps qui vaut bien les cartes , je donnai à une improvisatrice le Ltetium pour sujet, Elle se recueillit un instant , lit d’abord une description plutôt de géographe que de pocte ; puis , s’animant par degrés , elle i peignit à grands traits le caractère , les mœurs ,
l’héroïsme des antiques habitans de cette contrée ; bientôt elle s’abandonna à toute l’ivresse de sou ravissement, et son àme, riche d’images et de souvenirs , se réfléchit dans les expressions, hardies et pittoresques dont elle inonda ses pé- . riodes cadencées et musicales.
Madame de Staël s’est efforcée d’imiter ces élans créateurs inspirés par la poésie des lieux et la poésie des souvenirs : c’est en écoutant les ■ improvisatrices italiennes qu’elle conçut’ l’idée^ du roman de Corinne, où elle a versé les trésors de sa sensibilité et de son imagination. On s’aperçoit aisément que les plus belles pages de ' cet ouvrage , celles qui peignent l’Italie , ont été écrites en présence de cette belle nature , sous la dictée même des objets. Malheur à ceux qni décrivent les sites dont ils sont absens ! Leur pinceau colorie , et ne colore point. Les impressions puisées ailleurs qu’à leur source ressemblent aux rayons solaires réfléchis par notre planète : ils édlairent encore , mais n’échauffent plus. . ■••••.
’ 11 faut saisir l’inspiration aux éheveux : le» improvisatrices sont bien persuadées de cette vérité. En voici un exemple : après la brillante description du Latium, on pria une jeune Romaine de composer des stances de huit vers , dont chacune devait renfermer une comparaison nouvelle d’une femme avec tel ou tel objet. Elle préluda sur le piano-forté par un air de son choix; et, dès qu’elle sentit venir Yestro ( la verve), elle s’écria, comme la sibylle: «Ne me « faites pas attendre ; Deus, ecce Deus. » Et soudain : « A qui comparez-vousiucille? » demandà-t-elle à la première personne du cercle. L’objet indiqué, elle fit de suite la stance, par-
courut tout le cercle en moins d’un quart d’htfure, improvisa vingt stances, nombre égal à celui des personnes ; et, malgré les bizarres parallèles qui lui furent imposés , elle n’hésita pas un instant, rencontra des idées heureuses , et saisit plusieurs rapprochemens ingénieux. Cette facilité me parut un véritable phénomène, d’autant plus surprenant que l’inspirée fie put faire usage du charlatanisme que j'avais remarqué chez les improvisateurs.
La langue italienne a un grand charme dans la bouche des femmes :• c’est comme Técho de la belle et harmonieuse nature qui leur a donne naissance. Leur flexible intonation est purgée de cette redondance et de cette monotonie syllabiques qui alladisseut souvent le parler des hommes ; elles savent imiter les vibrations prolongées des harpes éoliennes; cette demi-teinte de sons qui repose si agréablement l’oreille , et que \'£ muet a rendue l’apanage de la langue française. Dans les rangs les plus infimes de la population , le langage est si pur , que , sons ce rapport , il n’y a pas de populace à Home.
Presque toutes les femmes de la bonne compagnie entendent le latin et parlent le français avec facilité. Les idiomes septentrionaux , encombrés d’amas de consonnes, offensent la- délicatesse de leur oreille euphonique. Les sifîlemens de la langue anglaise semblent agacer leurs nerfs : de là l’espèce d’antipathie qu’on, rcinar-
^LUpgle
<jue chez elles pour les habitons des rives de la Tamise, Est-ce pour faire ressortir les contrastes existons entre ces deux peuples que madame de Staël impose à son héroïne un amant britannique ? Celui-ci voit l’univers dans sa patrie : celle-là voit sa patrie comme un point dans l’univers. La pensée de la première bondit dans l’espace : la pensée du second ne sort point de l’ornière de l’éducation native et des préjugés nationaux. L’Anglais raisonne sur les émotions, pcndantqueritaliennc en éprouve mille; Oswald sent avec la tète, Corinne juge avec le cœur. L’esprit parlementaire , irrésolu, flegmatique de l’un relève d’abord l’éclat de l’imagination passionnée de l’autre ; mais peu à peu il la glace , comme la neige, en tombant sur une fleur , la flétrit et la courbe sous le poids des frimats.
En dernière analyse , cette production , malgré sa métaphysique amoureuse , sa théologie sentimentale , malgré les taches , les imperfections , les défauts qui la déparent , est bien supérieure à tous les poèmes en prose , et demeure l’ouvrage le plus distingué que nous ayons sur l'Italie , parce qu’il abonde en pensées, et que l’auteur a souvent trempé ses pinceaux dans les couleurs locales. Dans la soirée littéraire dont je parle, on en fit les plus grands éloges. Cette soirée se termina par une improvisation de vers latins composés par un jeune homme avec assez de facilité, mais où je n’apereus rien de saillant.
Tout l'honneur de la séance appartint aux femmes. INon seulement la nature les a mieux traitées que les hommes sous le rapport physique, il y a encore dans leur intelligence quelque chose de plus fini , de plus ingénieux, de plus élevé ; elles ont la répartie plus vive , plus incisive. Avec des études sérieuses , et moins d'offrandes à la déesfce mère dé leurs aïeux , elles apprendraient à penser : cette faculté , captive chez elle , et asservie à tant de préjugés, deviendrait libre et indépendante.
Qu’ils reconnaissent ou non la supériorité du beau sexe , les Romains n’usent pas même envers lui des premiers éïémens de la galanterie. Peutêtre aussi les ignorent-ils. Leurs empressemens sont gauches , leurs égards importuns , leurs soins fatigans. Ils sont punis de ne pas savoir sacrifier aux grâces : les grâces les abandonnent dans les salons, au barreau., à l’église, au théàtrç. On sent tout ce qui manque q leurs entretiens de société; on ignorh ce qui s’y trouve. Pour leur genre d’esprit , je dirai mieux ce qu'il n’est pas , que ce qu’il est : il n’a aucun rapport avec l’esprit français ; il ne connaît pas l’art des demi-mots, des réticences, des allusions , et de toutes ces adressés du langage , par lesquelles Un homme supérieur , évitant de semer ses pensées dans des terrains stériles , n’est entendu que de ceux qui lui ressemblent.
Le Romain, pour l’objet le plus mince, prodi-
DigifcîÆ t
gue les exclamations , adjure les Dieux de l'ancienne et de la nouvelle Rome -..Per Diosanto! Cospetto di Bficco ! Il commence ses discours parla précaution oratoire sono sjncero le diro la verità schiettà ; et il n’en est , pour cela, ni plus vrai,. ni plus sincère. '• ,
Ce qui prouve, jusqu’à l’évidence, l’abscnccde capacitédes Italiens en littérature, c’est qu'ils apprécient fort peu nos cliefs-d’œuvredramatiques et classiques du siècle de Louis xivjilsne les comprennent pas. Ils trouvent Racine ridiculement sensé, vrai et naturel ; leur mémoiren’en possède pasdix vers, Mcîlièrfe n’est, pour eux, qu’un tissu d’énigmes. Cela se conçoit : la comédie est le miroir de la .société ■, et ils n’ont pas de société. On ne peut avancer qu’ils ne possèdent pas assez bien le français pour être initiés à notre littérature j l’assertion serait fausse : les langues française et italienne sont les deux sœurs jumelles du latin ; les Italiens savent mieux notrelangue que nous la leur. Cependant nous avons lu cent fois leurs bons auteurs ; nous les portons aux nues j nous les apprenons par cœur. Quels éloges Voltaire n’a-t-il pas prodigués au Dante , à l’Arioste , au Tasse ! Ces poètes ont-ils jamais été mieux loués de leurs compatriotes ? Nous avons prouvé aux Italiens, en mille occasions, que nous comprenions les beautés de leur littérature , et que nous savions l’admirej. Eux ,
Lien loin «l’avoir fait leurs preuves à notre égard* ont toujours lancé sur nos cliefs-d œuvre des critiques lourdes comme le pavé de l’ours de la fable , mais qui n’ont rien écrasé que leur jugement. Ecoute?. Alfieri parlant de Racine : il leconsidère comme un pauvre poète , sans verve , sans énergie , comme le dernier des auteurs tragiques. PauvreAlfieri ! cela prouve que tu ne sentais pas Racine , et tes œuvres dramatiques ne l’attestent que trop !
On deviueaisémentqu’à l’exception del’Opéra , tous les spectacles de Rome sont pitoyables. La tragédie n’est qu’un amas informe de récits , de sentences ampoulées , exprimées en vers de même nature. Tout cela est débité par l’acteur avec un ton emphatique où il y a plus de mélopée quç dans le récitatif denos opéras français. Il est inutile de dire que toutes les règles du théâtre grec, de la poétique d’Aristote et du bon sens , sont méconnues. On insulte ,'puis on frappe, puis on tue le héros : à peine immolé, ilse relève avec le poignard dans le côté, pour annoncer , toujours sur le ton déclamatoire , le titre de la pièce du lendemain.
La comédie n’a de comique que les prétentions de ceux qui honorent de ce nom la composition la plus insipide , la plus plate de style et dépensées , sans caractères , sans vérité , sans peinture de mœurs , et où on ne trouve qu’un ira-
broglio sans intrigue , des plaisanteries sans esprit , et beaucoup d’amour en concetti.
L’état de la littérature dramatique des Italiens met eft relief cette vérité , qu’il en est de hr 1 raison comme de l’honneur : - ■
On n’y peut plus rentrer quand on en est dehors*