POLICE
Créé pour protéger l’innocent qu’on opprime, Ce pouvoir qui devrait faire avorter le crime, Et du repos public assurer les bienfaits, Féconde trop souvent le germe des forfait».
La police cst-ellc bien faite à Rome? Ceux qui ont lu les détails que je viens de donner sur les atrocités commises par les brigands auxquels on accorde un asile dans l’intérieur de la capitale penseront sans doute que tout doit être trouble et confusion au dedans comme au dehors des murs. Ils se tromperaient fort ; et à en juger par la tranquillité qui règne dans cette grande ville, on peut affirmer que nulle part il n’y eut une meilleure police , d’autant plus parfaite que les rouages en sont invisibles. On jouit des effets sans être importuné par la cause : jamais les regards ne sont attristés par l’aspect de ces vils agens portant la livrée de l’espionnage. Depuis trois mois qüe j’habite le quartier le plus populeux de Rome , je n’ai pas entendu la moindre rumeur séditieuse , le moindre accent provocateur. Vainement je cherche le spectacle de quelques querelles entre les gens du peuple, pour observer les effets de l'emportement et de la co-* 1ère sur le visage de ces descendans des maîtres du monde : c’est une récréation dont je n’ai pu
encore goûter les avantages. Il faut, malgré moi , que je me résigne à l’ordre éternel , à l'immuable harmonie qui régnent dans les derniers rangs de la population. Faut-il voir dans ces âmes si peu irritables, ou une apathie incapable d’aucune espèce d’énergie , ou les vestiges indélébiles d’une antique dignité? Quoi qu’il en soit, j’ai souvent laissé sortir à moitié mon mouchoir de ma poche, dans tous les lieux où il y a quelque alflueuce populaire, et pas un seul va-nupied n’a daigné faire le Lacédémonien. Les Napolitains , qui , sous les autres rapports , ne sont pas des Spartiates, ne me faisaient pas attendre, et ils n’ont que trop souvent extrait mes mouchoirs du fond de mes poches. A Rome , il n’est jamais question de vols avec ou sans effraction , ni de filouterie, et les disciples de Mercure semblent avoir renoncé à y exercer leur industrie. Enfin , la vie-, la fortune , le repos des citoyens , sont parfaitement assurés. Cette sécurité générale ne révèle-t-elle pas une police bien organisée ?
Toutefois, on prétend que, de temps à autre, il se donne certains coups de poignard pour tirer vengeance des entreprises galantes : je n’en ai pas encore vu d’exemple ; mais je ci-ois que ces événemens doivent arriver quelquefois. Y a-t-il grand' mal à cela? C’est un inconvénient de situation pour les séducteurs. Qu’ils se tiennent sur leurs gardes : Thésée et Pirithoiis ne
tentèrent pas impunément d’enleverProserpinc.
Si le Français ne lue pas* les aimables corrupteurs de sa maîtresse on de sa femme, est-ce par civilisation ? Non ; mais bien parce qu’il n’attache pas autant d’importance que l’Italien à la possession exclusive des objets de son amour. Ne peut-on pardonner aux Coups de poigûard où il y a du sentiment ?
Rome n'est pas , comme Paris et nos villes de province, encombrée de tas de boue et de filles publiques. Quelques instans après la cessation de la pluie , les rues , quoique pavées en petites pierres , sont presque sèches : on évite facilement la crotte etl’humidité. Vous ne rencontrez pointeaux promenades ni dans Ici autres lieux publics ces femmes qui , par leur mise et leurs manières effrontées , font parade de dissolution , et semblent braver la mère de famille, honteuse- ' de penser que son mari entretient leurs dispendieux et insolens caprices : scandale trop commun en France, où la vertu rougit souvent pour le vice qui ne rougit jamais. A Rome on ne voit ni. ces créatures , grands-dignitaires de la dépravation ,. ni celles qui , remplissant les emplois subalternes , s’attroupent aux coins d< rues , arrêtent les passans , en leur detnanda la bourse et la santé. La ville n’est jamais souîl lée , pas même aux heures les plus avancées de la nuit , par cette soldatesque féminine , et les ombres de Lucrèce et de Virginie peuvent , «ms
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faire une seule rcnconlrc dont leur pudeur soit alarmée, se. promener nuitamment dans la capitale du momie chrétien. /
Sixte-Quint fut aussi sévère pour les courtisanes que pour les brigands : comme il avait purgé ses Etats de ceux-ci, il nettoya Rome dé celles-là ; et , s’il eût extirpé la race des mauvais plaisans, qui sontoussi un fléau, on n’aurait pas, à cette occasion, chanté le p.scaumc Laudatc, pucri, Dominum.
Mais, dira-t-on, il faut que cette surabondance de vie , attribut des climats méridionaux , se dissipe quelque part : la disette des courtisanes expose les femmes honnêtes aux entreprises effrénées des hommes. Ridicule objection ! plaisant remède que de prévenir un inconvénient éveutuel par un fléau, positif ! Je dis plus , ce prétendu- spécifique donne naissance au mal qu’on veut éviter, et en accélère les développemens; et , de niême qu’un cancer s’étend peu à peu sur les chaires saines , ainsi la prostitution gagne de proche en proche les parties saines de la société : l’aspect des • femmes impudiques émousse insensiblement chez les hommes le . sentiment de la décence , les familiarise avec la pensée des jouissances faciles , et ils perdent bientôt toute retenue envers les autres femmes. A Paris , que de respectables artisans , malgré les soins donnés à l’éducation de leurs fdles , les ont vues entraînées dans l’abîme par la conta-
gîon de 1 exemple. Le poison circule , monte et atteint les plus hautes niasses : alors les nuances pntre l’honnête et le deshonnète deviennent si fugitives , que les homme* , trouvant plus commode de confondre tout sous la même dénomination , ne voient plus dans l’antre moitié de leur espèce que des êtres dégradés, auxquels ils ne s associent que par l’instiuct des sens ou par des spéculations d’intérêt. Les femmes, qui puisent leurs opinions dans celles des hommes, notant pas estimées par eux, cessent de s’estimer elles-mêmes : bientôt le culte qu’on rendait à la beauté dégénère en un despotisme de sérail. Les femmes, destinées par la linesse de' leur organisation , la délicatesse de leur tact, la justesse de leurs aperçus , à tenir le sceptre du goût et à stimuler le génie , se bornent à faire , comme des automates , résonner sous leurs doigts quelque triste iustrument. L’instrument de la pensée reste endormi dans leur cerveau , et elles linissent, pour ainsi dire, par être assimilées à de* meubles de salon. De là la décadence des beaux-arts : car Apollon , pour animer sa lyre, se place sous l’inspiration et au milieu des Muscs. Je pourrais tirer encore bien d’autres fâcheuses conséquences de ce trafic de dissolution autorisée par les gouverneraens ; mais a me suffit d’avoir prouve que cette plaie , non seulement ne sert pas de préservatif à la chasteté des autres femmes, mais qu’elle l’altère peu à
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peu , et exerce une funeste influence sur les' mœurs /l’esprit et le génie d’une nation.
A Rome , les courtisanes sont en très-petit nombre, et elles n’ajoutent pas à la honte de ^ leur profession l’impudence de colporter leurs faveurs dans les carrefours : elles traitent par ambassadeurs ; elles n’insultent pas à la décence publique; elles se tiennent dans leur' maison , comme les oiseaux de mauvais présage dans les trous d’une masure. ,
La police pontificale , bien loin de vendre aux filles des patentes , des brevets de libertinage et de crapule, les surveille strictement , leur inflige les peines les plus sévères , et s’efforce d’extirper ces vers rongeurs de l’organisation physique et morale. Pour parvenir à ce but louable , le gouvernement favorise toutes les unions légitimes ; les mariages secrets mémo n’éprouvent aucune entrave. Rien de plus simple que les formalités à remplir : on demande la permission de se marier au vice-gérent , et on l’obtient avec aussi peu de difficulté qu’un passeport. A la vue de la signature de ce fonction-ïiaire , le curé de votre paroisse vous donne » immédiatement la bénédiction nuptiale : c’est une conséquence de ce principe religieux qui considère le désir d’être marié commê un senti- « riient sacré , mais susceptible de devenir trèsprofauç s’il était contrarié. Le gouvernement a senti qu’ifétait urgent d’user de mesures efficaces t
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cil faveur du mariage , et contre la dissolution publique, pour atténuer les etl'ets dépopulateurs, et du célibat qui mine peu à peu les familles . nobles, ambitieuses de dignités ecclésiastiques, et du monachisme qui envahit les derniers rangs de la société, et enfin de cette castration catholique qui pousse au suicide de l’espèce , plus coupable que le suicide de l’individu.