ME DIMANCHE DES RAMEAUX
Cette cérémonie , qui a lieu dans la même chapelle , n’ofï’rc rien de bieu intéressant , ni sous le rapport religieux ,.ni sous le rapport allégorique. Les cardinaux déroulent encore leurs queues comme des paons , et vont recevoir de la main de Sa Sainteté chacun un rameau de palmier de cinq à six pieds de long. Les., feuilles de ces rameaux sont tressées avec art, de manière à ne plus ressembler à des rameaux, mais à de longs rouleaux couleur de paille. Les poignées sont plus ou moins enjolivées , selon la dignité de celui qui les reçoit ; mais à la troupe menue, à la populace catholique , on ne distribue que des branches d'oliviers. Bou, me disais-je en recevant la mienne , on va sans doute , en suivant la gradation , donner de l’herbe à la valetaille ! Il faut être bien infatué des distinctions pour en attacher à des feuilles d’arbre ; mais l’orgueil tire parti de tout , et je ne serais pas surpris que la cendre destinée aux cardinaux ne j£nt passée dans un tamis plus fin que celui dy
reste du clergé. 11 est plaisant de voir la vanité se glisser dans les cérémonies romaines , instituées ponr corriger de la vanité. Cette fêt’e des Rameaux est renouvelée des Grecs : les Athéniens l’appelaient la fête des Oscophories. Les iilles et les garçons , vêtus de Liane , se promenaient en agitant dans les airs des rameaux sacrés de figuier et d’olivier , et- eu chantant des hymnes à Cy belle, pour la remercier de sa fécondité, Ce fut Thésée qui , dit-on , institua le premier celle solennité. Voici à quelle occasion. Une grande stérilité désolait l’Atliqne. Le vainqueur du Minotaure, ayant obtenu, par scs supplications et ses sacrifices aux dieux , le retour de l’abondance , voulut perpétuer le souvenir de ce bienfait par la fête des Oscophories. On lit tous ces détails dans Plutarque (/'7e de Thésée). L’hymne des Rameaux est ainsi traduit r
O rameau précieux ! tu portes du froment ,
Des figues f et de l’huile , et du miel excellent ,
De ce vin qui procure un sommeil salutaire:
En toi nous chérissons vue source prospère.
11 paraît que le traducteur n’est pas appelé à faire des vers français , et qu’il s’attache plus à l’exactitude qu’à l’élégance.
llome antique adopta , avec la religion des Grecs , presque toutes leurs cérémonies ; et Constantin , pour ne pas trop eflàrouclier les esprits auxquels il imposait un culte nouveau , touserva les fêtes du paganisme. Avec cette me-
» thude, la transition devint Insensible. Je ne prétends pas toutefois établir un parallèle entre la fête des Oscophories des Athéniens et celle des Hameaux de Rome papiste. La première est plus poétique, il est vrai , elle parle plus à l’imagination ; mais la seconde est plus sainte.
Pie vu était aujourd’hui- très-causant ; et , entre autres réflexions de ÎVapoléon, il a cité celle-ci à M. Riario Sforza , son maître de chambre , qui me l’a répétée : Je gouverne les Français avec une main de fer couverte d un gant.
Cette citation du Pape doit d’autant plus étonner , qu’il ne parle de l’Empereur qu’avec une bienveillante admiration. Lors du retour de File d’Elbe , il adressa au prince de Canino les félicitations les plus empressées sur le reve- ’nant miraculeux , en assurant à Lucien que l’oing pouvait toujours compter sur celui qui était venu l’oindre. Lorsque le moderne Prométhée fut enchaîné sur le rocher de Sainte- Hélène , après avoir ravi le feu du ciel ( car le génie est un feu céleste). Pie vu ne se joignit point aux vautours qui le déchiraient; il n’insulta pas à celui qu’il avait présenté à la vénération des peuples, en imprimant sur son front le sceau de la divinité , et il pensa que , si le vulgaire des hommes rampe devant le pouvoir sans borne, les sages et les cœurs sensibles ne considèrent qu’avec respect une grande âme luttant avec calme contre une grande adversité.