‹ Tablettes romaines, contenant des faits, des anecdotes et des observations sur les moeurs, les usages, les ceremonies, le gouvernement de Rome. Par un francais qui a recemmement sejourne dans cette villeChapitre 2 sur 45 · CARNAVAL · texte numérisé non relu

CARNAVAL

Fuit Ilium , et ingens

Gloria Tcucrorum.

Viao.

^ * Cette ville présenté une physionomie tonte moderne aux premiers regards du voyageur. 11 oublie d’abord où il est ; il se laisse aller à toutes les distractions , à tous les plaisirs d’une capitale. Mais , après un second examen , il cède à un sentiment inconnu de mélancolie douce qui lui fait peu h peu retirer sa pensée dans le recueillement ; Rome lui apparaît enfin comme Janus, avec deux faces : l’une dont les traits nobles respirent une vieillesse virile , l’autre dont les traits indécis n’étalent aux yeux qu’une jeunesse décrépite.

Les étrangers , pour la plupart, reprochent

à cctlc ville son peu de population ( 1 35 mille âmes) : moi, je lui en sais gré. Si l’on n’a pas respecté la solitude de scs grandes ruines, du moins en a-t-on respecté le silence ! Ces hommes se promenant avec calme, avec une physionomie intérieure , dans les rues de cette capitale , semblent des pensées personnifiées - , éparses sur le domaine de la méditation ; tous ces ministres des autels répandus çà et là , unissant leur deuil au deuil de la grandeur romaine , pénètrent de rêverie l’àme étonnée d’être appelée à des réflexions philosophiques par une religion qui les a proscrites.

Si j’entre dans les édifices particuliers et publics, je trouve plus de tranquillité encore : partout l’étude, que les trophées des Romains empêchent de dormir , est assise avec recueillement, devant des fragmens d’architecture et de sculpture j .partout les débris sont des modèles. De tous les points du globe, les beaux-arts envoient des députations à Rome pour y étudier , et en rapporter les lois du génie gravées sur les décombres des mouumens , comme jadis Rome elle-même envoya des députés à Athènes pour y conquérir paisiblement le code de la sagesse humaine.

Depuis l’adolescence jusqu’à la vieillesse, tous les yeux brillent de l’enthousiasme du beau : tous les cœurs palpitent de cette vie morale qui l’on puise à la source de la véuérable antiquité

A la vue tic celle multitude d’arlistcs étrangers par leur pays natal, niais compatriotes par l’amour tics beaux-arts , opposant leurs travaux conservateurs aux travaux destructifs du temps, il semble que Rome moderne soit transformée en un immense atelier qui s’efforce de reproduire l’image de Rome antique.

Entré-je dans les églises qu’on rencontre à chaque pas dans tous les quartiers de la ville ? le peuple, exact aux cérémonies de la religion extérieure , s’y succède sans bruit ; le silence n’est interrompu que par le sourd murmure de la prière et le froissement des grains des longs chapelets.

Si je parcours les marchés de toute espèce , point de cris discordans , point de brouhahas , point d’instances importunes aux acheteurs; toutes les transactions ont lieu avec décence , avec civilité , et une dame de la halle romaine vend le poisson du Tibre avec autant de politesse qu’un riche banquier de Paris conclut une affaire de plusieurs millions. Enfui il règne dans tous les rangs de la société je ne sais quel sentiment inné de la dignité humaine : c’cst une des oppositions les plus remarquables entre Rome et iNaples.

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