‹ Tablettes romaines, contenant des faits, des anecdotes et des observations sur les moeurs, les usages, les ceremonies, le gouvernement de Rome. Par un francais qui a recemmement sejourne dans cette villeChapitre 23 sur 45 · DES ROMAINES · texte numérisé non relu

DES ROMAINES

Chi'vtiol veder quantnnquc puô nature

E’I ciel Ira noi , vcnga a »\irar costci.

Pétrarque.

On nc"demande par an qu’une moisson au grain semé dans le nord ; semé au midi , on peut fin exiger deux , tant est prodigieuse l’influence de la température sur les plantes. Et que sont les hommes ? Des plantes douées de la faculté de se mouvoir. Voulez-vous donc être impartial dans votre jugement sur les femmes ? faites d’abord la part du climat. Si beaucoup de Voyageurs en avaient usé ainsi , auraient-ils débité de si ridicules diatribes contre les Italiennes ? Avant de les traduire à leur barre , ils devaient accuser et cet air si actif, si suave, qui tantôt donne aux fibres une élasticité frémissante , et

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tantôt les assouplit dans un bain de parfudW éthérés; et cette harmonie desélémens qui enivre l’oreille de sons voluptueux ; et ce soleil , enfin , dônt les émanations vivifiantes pénètrent et incendient tous les sens. En Italie , les femmes sont sans cesse aux prises avec la nature , dont l’irrésistible ascendantles travaille et les domfte,

comme le souffle d’Apollon , agitant la sibylle sur le trépied sacré , la forçait de se soumettre à ses inspirations. Mais les hautes classes, qui aux torrens des passions opposent la digue de l’éducation et des bienséances Sociales, ne sontelles pas exceptées? Moins <jue les autres. Ces soins délicats qu’elles prennent de leur personne, ces pâtes et ces parfums qui donnent au tissu de leur peau une finesse et une sensibilité nouvelles , tout ce luxe de sensualité rend plus immédiate l’action de l’atmosphère voluptueuse qui les enveloppe de toutes parts. En France, les femmes tiennent les rênes dé leurs' passions : en Italie, ce sont les passions qui tiennent les rênes. La Française fixe le nombre des combats qu’elle aura à soutenir avant de se rendre ; elle capitule avec scs désirs : l’Italienne n’obtient aucun quartier de ses sens qui vont à leur but avec impétuosité. A l’appui de mon assertion je vais citer une petite aventure dont un de mes amis , actuellement à Paris , a été l’acteur, et dont j’ai été pour ainsi dire le témoin.

M. 1..., étant au spectacle , aperçoit dans une loge une femme d’une mise élégante et d’une figure distinguée , dont les yeux sont fixés sur lui connue sur quelqu’un de sa connaissance ; il change plusieurs fois de place , et partout la Romaine le poursuit de ses regards ou de sa lorgnette. Le galant chevalier, persuadé que ce langage muet cache un mystère , et qu’il es 1

destiné peut-être à rendre quelque service à la belle lorgncuse , épie le moment où elle sort de la salle ; il la voit monter en voiture ; il s’élance derrière , donne de l’argent au laquais qui lui apprend le nom de la dame ; il remarque l’hôtel devant lequel s’arrête l’cquipage, et revient ■chez lui croyant tenir entre ses mains le fil d’un labyrinthe enchanté. Mais le lendemain , vains, efforts pour découvrir cette beauté : soit qu’il eût oublié ou mal entendu son nom , ou que le domestique l’eût trompé , il ne savait plus à quel saint se vouer, lorsqu’il reçut un billet anonyme ainsi conçu : *

« Vous êtes Français : une femme attend de « vous un service important. Trouvez-vous à dix « heures au pied de l’obélisque de Monte-Cito- « rio. Soyez armé. »

Nous faisons divers commentaires sur cette lettre. Que signifie cette recommandation d’être armé? Veut-on , par la perspective d’un danger offert à un chevalier français , îe déterminer, dans le cas d’une indécison , à accepter le rendez - vous? L’expédient serait neuf et ingénieux.

Dix heures allaient sonner, et voilà mon chercheur d’aventures , armé jusqu’aux dents , au lieu du rendez-vous. Bientôt un homme enveloppé d’un manteau passe et repasse près de lui en faisant le tour de l’obélisque, et en prononçant son nom. «'■ — C’est moi , répond M> I... — ■

• Veuillez donc me suivre» , dit l'inconnu ; et il le conduit à la place de V enise. Après quel* quesinstans , une voiture s’approche , la portière s ouvre ; il monte et reconnaît la dame du spectacle. 11 veut lui exprimer toute sa reconnaissance , 1 assurer d’un dévouement à toute épreuve. « -Je devine , dit-elle en l’interrom*- „ « pant , tout ce qu’un Français peut dire en « semblable circonstance : il faut peu de paroles « actuellement, et beaucoup de diligence. » Les chevaux partent au galop , traversent la ville , passent le pont Sixto et s’arrêtent dans la cour d’une villa. Les voyageurs entrent dans une élégante maison de plaisance , dont les appartenions sont éclairés d’une manière mystérieuse; du vestibule ils passent dans la salle à manger, où était servi mi souper délicat, destiné moins à satisfaire l’appétit qu’à exciter la sensualité; de cette salle ils se rendent au salon de compagnie ; de là dans une chambre à coucher, décorée des plus expressives métamorphoses d’Ovide ; ils pénètrent enfin dans la pièce la plus intérieure, le sanctuaire du temple , le saint des saints. La belle inconnue s’assied à côté de son chevalier, • sur un vaste canapé ; elle a peine à trouver des v expressions , tant elle est palpitante de crainte et de pudeur ; elle a été frappée d’une grande '* *ressemblance avec... Elle est bien légère , bien inconséquente ; mais son cœur a toujours emporté sa tète. Elle ne sait comment justifier....

11.1.,. l’interrompt par un discours mâle et éloquent ; il lui prouve qu’il a compris toutes ses pensées , même les plus secrètes : l’enchanteresse parait goûter cette première explication. Il eu donne une seconde : elle le juge digne de sa confiance. Elle propose alors un. léger repas , pour réparer la fatigue du voyage. Ils prennent quelques mets légers, qui flattent à la fois l’odorat, le palais et les yeux. Le cécube et le falerne , mariant leurs parfums aux parfums des fleurs et des fruits du jardin des Hespérides , annonçaient que la maîtresse du logis avait ln son Horace , et était philosophe. D’après les conseils du sage de Tivoli , ils retournent au sanctuaire du temple où le dieu dont le culte est universel avait manifesté pour eux sa présence réelle ; ils lui offrent un dernier sacrifice. Les heures avaient fui. « — Ah ciel ! il est minuit : mon « mari sera inquiet , s’écrie la charmante Arté- « mise. — Qu’importe? — Il importe beaucoup : « mon époux est un homme estimable, plein « d’excellentes qualités ; je luisuis très-attachée , « et je serais désolée de manquer aux égards « que je lui dois. Montons en voiture. — Mais « à peine y a-t-il quelques instans que je jouis « du bonheur dette avec vous, et déjà il faut » se séparer, dit le Français d’un tou pénétré , « et j’ignore même votre nom. — Ah ! ah ! voilà « de l’indisCrélioD ; vous en demandez trop en « un jour. Jeudi , chez la duchesse Dev. .. , nous

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