LE JEUDI ET LE VENDREDI SAINTS
1ÈJAX.
Ct le* cris importuns de ce peuple odieux?
TII1Ê HJ.
Du pain, les jeux du cirque , un sacrifice aux dieux, Tibère , trag. de Chénxea.
Ainsi en ont usé tous les gouvernemens depuis leur origine jusqu’à nos jours. Le peuple réclame-t-il une partie du pouvoir législatif , ■ on lui jette du pain; demande-t-il compte de l’emploi des revenus publics, on l’amuse par des spectacles; demande-t-il compte de son sang versé pour satisfaire l'ambition oligarchique , on le conduit au temple rendre grâce aux deux du succès de tous les complots tramés contre sa liberté. S’agit-il de légitimer une guerre injuste , un c guerre de précaution , on se hâte de rendre le Ciel complice de ces grands assassinats , en lui attribuant la meilleure part de la gloire et en avouant, avec humilité , .
Que dans la ville en cendre on n’eût rien fait sans lui ;
Qu’on ne peut ni piller, ni violer son monde ,
Ni massacrer les gens , .ci Dieu ne nous seconde.
Voilà l'origine de la plupart des fêtes reli-
gieuses , qui ne sont autre chose que <les spectacles populaires où l’on mêle le nom de la Divinité. S’il s’agissait uniquement de rendre hommage au Créateur , étalerait-on une pompe si vaine ? Plus vos appareils sont fastueux , plus ils sont misérables devant les merveilles de la création. En opposant l’cclat de vos habits à l’éclat de la parure de l’univers , vous imitez des mendians qui , pour honorer leur seigneur , mettraient des galons sur les haillons de leur misère. Des cérémonies simples et champêtres , rappelant les bienfaits de la nature , l'offrande des prémices des fruits de la terre , et surtout l’offrande d’un cœur pur ,■ voilà les seules fêtes qui puissent plaire â 1 ; Eternel. La fête du Jeudi- Saint à Rome est-elle de ce nombre ? On va en juger. C’est du moins la solennité religieuse la plus remarquable, sans en excepter celle de Pâques; c’est aussi le jour le plus fatiguant pour le Saint-Père qui est dans un excrcicecontinuel.