‹ Tablettes romaines, contenant des faits, des anecdotes et des observations sur les moeurs, les usages, les ceremonies, le gouvernement de Rome. Par un francais qui a recemmement sejourne dans cette villeChapitre 32 sur 45 · ET ENTRE LA ROMAINE ET LA NAPOLITAINE · texte numérisé non relu

ET ENTRE LA ROMAINE ET LA NAPOLITAINE

Esce da vaghe labbra aurea catena Che l’aime a siio voler prcndc , ed afi'rena.

' • Gli accorgimenti, e le più occulte frod»

Ch’uai o femmina , o maga , a leî son note.

" * -1 . Il Tasso.

S’il y a de la présomption à ne pas présenter sous la forme dubitative le jugement que l’on porte sur les femmes de son pays, après les avoir étudiées toute sa vie avec une véritable aptitude à ce genre d’observation , que penser des voyageurs qui , ayant à peine séjourné quelques mois chez une nation étrangère , prétendent avoir saisi les traits caractéristiques et distinctifs des habitons ? qu’ils mettent des fictions à la place des réalités : car , en ce genre, il est bien plus facile de faire des portraits piquans et spirituels que des portraits ressemblons.

Il n’y a pas d’espèces , mais seulement des individus dans la nature , ont dit certains philosophes. Nous nous sommes servis delà dénomination collective pour soulager notre mémoire. Ce raisonnement est surtout applicable aux femmes. Où trouver une définition qui convienne à deux d’entre elles ? Elles diffèrent. non

seulement les uues des autres , mais encore d’elles-mêmes.

Leur physique qui est comme le moule de leur moral lui fait subir toutes ses fréquentes p k . altérations et scs métamorphoses. Aucune , impunément pour son caractère , ne cesse d’être jolie , d’être jeune , d’être courtisée , etc. , etc. Olympe , à vingt ans, était douce , indulgente; elle aimait l’instruction. Une maladie l’a enlaidie : elle devient acariâtre , intolérante et dévote. Elle se plaint alors de l’inconstance des hommes , sans songer que le comble de l’inconstance eut été de l’aimer toujours.

On croit généralement, en France, les Italiennes plus faciles à séduire que les Françaises, et l’on en conclut que celles-ci sout plus estimables que celles-là. Cette opinion me semble erronée , et le raisonnement très-faux.

Céder ou résister aux désirs des hommes ne constitue pas la vertu des femmes ; la manière fait tout. C’est presque toujours avec beaucoup d’égoïsme et peu d’amour , que l'on rend vaines les tentatives d’un amant : il n’y a rien là de si digne d’estime ; et il sc rencontre des femmes qui , capables de résister à toutes les considérations , cèdent à la seule persuasion de faire le bonheur de celui qu’elles aiment. Je ne vois rien là de condamnable. Celle qui, par son organisation , est très en contact avec la nature , se défendra difficilement du sentiment le plus impé-

Digifeed by Gébgle»

rieux delà nature, peut-être même obéira-t-elle à la voix de ses sens , croyant écouter celle de son cœur : la punirez-vous de son erreur?

Au contraire, cette autre qui -reste insensible à toutes les révolutions de l'atmosphère , que la foudre même ne peut électriser , dont le feu de Prométhée n’échauffe ni le cœur ni les sens, la louerez-vous de n’avoir pas succombé ? La récompenserez-vous de sa force d’inertie ?

C’est en tâtonnant , et avec lapins grande défiance de mon jugement , que je vais hasarder quelques conjectures sur les rapports et les oppositions qui semblent exister entre laParisiennc et la Romaine. L’esprit, l’instruction, les talens, font beaucoup d’impression sur la première. Eu passant par son âme , on peut arriver à ses sens. Près d’elle, l’homme intellectuel sert non seulement de passe-port à l’homme physique , mais il en prolonge le règne et en fait ajourner le congé. La seconde, au contraire , presque invulnérable sous le rapport moral , n’est touchée que des avantages extérieurs et matériels. Un sot beau et riche aura plus de succès à Rome qu’à Paris. Un homme sur le retour , distingué par son esprit , ne pouvant plus faire de conquêtes à Rome , en fera encore à Paris. 11 ne suffit pas à la Française d’aimer : elle veut surtout être aimée. Elle peut résister à sou amour : elle cède à la conviction du vôtre. Aussi tout

lart do la séduction consiste à faire naître cette persuasion.

L Italienne ne s’inquiète guère des imprécisions qu elle produit sur le cœur de son amant : ce sont les siennes qui la déterminent. « — 11 v a

* 1 u * nze jours, disait une jeune Romaine à sou.

« amie , que je me suis livrée à •; je

• ne sais pas s’il m’aime. »

Je ne puis décider quelle est la plus inconstante dans scs liaisons , de la Parisienne on de la Romaine ; mais la première , n’aimât-eUe qu un jour , se livre tout entière à son amant. Sa faiblesse est justifiée par une confiance sans restriction. Sa passion expirera demain peatctre; mais aujourd’hui elle n’y voit pas de terme,, tant elle est sous le charme de l’illusion. Son amour , dans sa pensée , se prolonge dans l’avenir, comme à nos yeux, par un prestige d’optique , un espace très-borné se perd dans le lointain. L’Ultramontaine , dans ces momeus où le délire amoureux semble interdire toute réflexion , calcule la durée de son amour, lui assigne un terme ; infidèle par la pensée , en attendant qu’elle le soit d’une manière positive ; enfin , clic se prête, quand la Française se donne.

Si l’on prenait des conclusions d’après ce seul exposé , la Française l’emporterait de beaucoup sur ritalicnnc ; mais le portrait que je viens de tracer ne convient qu’à l’élite des femmes de .

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France , bien supérieures , sans contredit , à celles de tous les pays. Malheureusement elles sont en si petit nombre, qu’on doit les considérer comme des êtres hors de ligne, des créatures d’exception qui ne peuvent présenter une masse assez considérable pour faire corps , et constituer une généralité. Mettant donc a part ces sommités individuelles, comparons lesFrançaiscs de la classe distinguée , assez nombreuse pour composer une agrégation nationale , aux Italiennes placées sur un même plan. Ces dernières reçoivent des impressions vives et profondes ; leurs scntimens , même les plus désordonnés , sont vrais , intérieurs , et exprimés dans un langage énergiquement pittoresque et marqué au coin de la nature. Elles aiment d’abord pour elles-mêmes , ensuite pour leurs amans. Au contraire , les premières aiment avant tout pour le monde , et pour elles ensuite. Leurs pensées et leurs expressions sont , comme leur tête , ornées de fleurs artificielles ; leurs manières sont élégantes , mais étudiées. Un salon de compagnie est , à leurs yeux, un petitthéâtre sur lequel elles s’efl'orcent toujours d’être eu scène ; toutes leurs sensations glissent à la surface , et, pour ainsi dire, à fleur de peau. Ni les unes ni les autres n’ont d’attachement durable , parce que la passion de la Française a une nourriture idéale et peu substantielle , et que la passion de l’Italienne dévore prompte-

ment tous les alimens. Chez la Transalpine , la séduction n’a d’accès que par les sens : elle s’introduit de mille manières chez la Cisalpine ; elle entre surtout par la porte delà vanité, ouverte nuit et jour. Ln acteur de théâtre et un acteur en surplis , pourvu qu’ils aient une grande célébrité , font faire mille extravagances à mainte Parisienne , qu’ensuite tel magistrat de cour supérieure ne dédaignera pas d’épouser.

L habitante des rives du Tibre se détermine par ses premières impressions; elle se laisse guider par l’instinct de la nature, qui trompe rarement. Entre-t-elle au milieu d’un cercle nombreux , une attraction secrète l’avertit de la présence de l’objet qu’elle doit choisir, et sou premier coup d’œil se fixe sur lui. Mais l’habitante des rives de la Seine , conduite moins par des sensations innées que par des sensations acquises , laisse errer ses regards et flotter son indécision sur plusieurs individus , et souvent celui qui , d’abord , lui aura déplu , pour qui elle aura senti une sorte de répulsion , deviendra son amant. Celle-ci abandonne à la persévérance , à l’importunité , et presque à la persécution de l'homme le plus indifférent , des faveurs que celle-là n’accorde qu’à l’être pour lequel a parlé la voix secrctede son cœur ou deses sens. C’est ce qui explique l’ardeur des liaisons d’Italieella tiédeur de la plupart des liaisons en ‘ France. Ici les ruptures se font sans éclat , les

tendres nttachemcns se décousent •. là ils se déchirent. Enfui, la Française, aimant avec la tête autant qu’avec le cœur et les sens , oflre plus de points d’attaque et doit succomber plus facilement que l’Italienne qui ne place jamais ses amours dans le siège de la pensée.

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