PARALLELE DES ROMAINES ET DES NAPOLITAINES
Les unes et les autres sont également étrangères aux sentimens moraux qui composent une partie de l’existence des femmes des autres pays. Comment y aurait-il place dans leur cœur pour la piété filiale et l’amour maternel , quand la galanterie absorbe tous les instans de leur vie ? Aussi l’histoire d’une Italienne n’est que l’histoire de ses amours. Cependant on est frappé , en visitant Rome et Naples , de la nuance qui , sous le rapport licencieux , existe entre les femmes de ces deux villes. Le front de la Napolitaine 11e rougit plus : celui de la Romaine rougit encore. La première a une ingénuité de dissolution inconnue à la seconde; celle-ci associe la religion à ses intrigues eu qualité de consolatrice , celle-là en qualité de complice. La Napolitaine , pour se garantir de tous les dangers d’une liaison illicite, se met avec confiance sous la protection de la Vierge; elle s’écrie : la Madonna miaïuta. La Romaine dira: la M adonna mi perdona. L’une se livre à toute la vivacité
( ao6 )
de ses désirs , à tous les emportement de sa passion , en présence de l’image découverte de la Vierge : l’autre a le soin scrupuleux de voiler cette peinture. Une jeune Romaine , ayant oublié de remplir ce devoir , s’arracha des bras de soi! amant pour jeter le voile obligé sur le pieux simulacre. •
La voisine du Vésuve admet chez elle la galanterie avant la religion : l’habitante des bords du Tibre fait passer d’abord la religion ; elle compte avec elle , et lorsque tout est réglé , elle donne audience aux autres personnages. La Parthénopéenne interrompt son dévot exercice dès qu’elle voit son amant à l’église : la beauté des bords du Tibre jette à peine à son ami un coup d’œil furtif ; elle reste à son poste pieux , immobile comme un soldat sous les armes , et elle ne lui fera pas grâce d’un des cent grains de son chapelet. « — Vous me verrez à l’église de • Jesu- Maria', dit une jeune Romaine à un « Français. Nous irons nous promener après « la messe. » Celui-ci se trouve au rendezvous à l’heure indiquée. La messe finie , il s’approche discrètement de la dame , qui lui fait signe de ne pas la troubler. * — Permettez-moi « de vous faire observer , madame , que l’of- *■ fice est terminé. — Je le sais bien , répond- <■ elle ; mais j’ai coutume d’entendre deux «messes. ■ -