INDUSTRIE CONJUGALE
ANECDOTES DETACHEES.
Chi Ta lontan dalla ma patria , vedo Cose da quel ’clie già credea lontane ,
, Che , narrando le poi , non se gli crade,
E stimato bugiardo ne rimane.
Aiuosto.
C’est une chose remarquable que l’exactitude scrupuleuse avec laquelle le peuple de Rome prend de sa religion toute la partie matérielle , sans s’occuper delà partie spirituelle. Ainsi, un enfant, laissant de côté les sentimens et les pensées d’un livre , s’attache seulement aux images et à la reliure. La morale du culte papiste estelle donc tellement surchargée de cérémonies qu’on ne puisse l’apercevoir ? Ressemble-t-elle à ces oiseaux-mouches qui , dépouillés du luxe de leur plumage , se réduisent presque à rien ? On voit les plus grands criminels associer les pratiques religieuses aux vols et aux assassinats. Ont-ils usé des dernières violences envers des femmes qu’ils massacrent ensuite ? ils baisent l’image de la Sainte-Vierge et se préparent à de nouvelles atrocités. Toutdégouttans du sang de leurs victimes , ils se feraient scrupule de ne pas entendre la messe. S’ils y ont assisté , leur
conscience est tranquille. Ainsi que les fanatiques, ils aiguisent leurs poignards sur les marches de l’autel et y déposent leurs remords. Tel est l’effet de l'abus des indulgences et des abso- . lutions. « Quand uous serons bien gorgés de . « lirfaits , disent les scélérats , nous irons les « vomir au tribunal de la pénitence , et plusaf- « famés ensuite , nous retournerons aux pillages « et aux meurtres. » Ainsi un confessionnal sert de point d’appui au levier du crime.
J’étais occupé de ces réflexions, en me promenant dans l’église de Saint-Pierre, lorsque ^ j’aperçus une dame romaine , d’une taille noble et d’une figure gracieuse, qui, aprèsavoir trempé k ses belles mains dans une eau sale, mais bénite, ’ salua à droite et à gauche différens autels, s’approcha de la statue en bronze de saint Pierre , lui b aisa le pied de la bouche et du front , le rebaisa, fit plusieurs signes de croix , puis se mit à genoux , puis tira un chapelet et un livre de son sac , puis remua les lèvres avec rapidité, puis se leva, eteufin entra dans unconfessioual. Elle y était à peine , que je vis venir de loin un Français domicilié à Rome depuis dix ans. Je cours à lui. « — Connaîtriez-vous , lui dis-je ,
« un candidat féminin qui se donne beaucoup
* de mouvement pour faire inscrire son nom sur « la liste étroite des élus ? Elle est dans cecon-
• fessional : attendons qu’elle en sorte. » Notre patience ne fut pas mise à une longue épreuve<
fticirtôtla belle pénitente paraît le front haïsse , humble et contrit ; elle s’arrête à quelques pas du lieu où elle avait déposé le fardeau de sa conscience. Alors unc pcrche longue de dix à douze pieds , que tenait le coufesseur, la frappe trois fois sur les épaules. Cette cérémonie estle commencement de la pénitence et le complément de l’absolution . « — Si je la connais ! me dit mon « compagnon ; oui , certes : c’est madame R..., « à laquçlle s’intéresse particulièrement le car- « dinal ***. Son mari à passé avec ce prince d’é- « glise un petit contrat synallagmatique par le- « quel il reçoit une certaine somme chaque mois « pour l’entretien de sa maison. » Ace récit, partout, ailleurs je me serais scandalisé ; mais après quelques mois de séjour à Rome , le scandale devient impossible.
J’ai pris de nouvelles informations sur madame R... Il en résulte qu’elle est , dans la ville sainte, l’objet d’une bienveillance générale. Jamais épouse , assure-t-on , ne fut mieux disposée à remplir tous les devoirs matrimoniaux , et même , chose extraordinaire , à aimer son mari. Qui donc a pu la détourner du sentier de l’honneur ? Devinez lecteur. Mais fussiez - vous OEdipc , vous ne devineriez pas. C’est son mari lui-même. 11 a mis en usage tous les moyens imaginables ; il l’a tourmentée de cent façons pour recevoir d’elle ce titre si redouté de la plu-
part des maris. Elle voulait s’obstinera lui être fidèle; mais son digne mari l’a tellement persécutée que , pour avoir la paix dans son ménage, elle s’est résignée à se cardinal iser. Chaque jour elle se rend à l’église dans un brillant équipage , -pour offrir sa tribulation et sa soumission conjugale a celui qui a ordonné aux femrties d'obéir à leurs maris.
On cite encore à Rome d’autres dames qui , ayant la manie d’être des épouses fidèles , ont disputé assez long-temps le terrain de leur vertu contre les efforts de ceux à qui elles étaient unies par un lien légitimé et sacré. Si elles ont fini par céder , c’est à leur corps défendant , et , sous le rapport intentionnel, elles n’ont aucun reproche à se faire.
Il ne serait pas médiocrement plaisant d’entendre ces messieurs les Romains actuels •employer les tours oratoires de Cicéron , s’épuiser en raisonnemeus ingénieux , user d’instances et même de menaces pour décider leurs Lucrèces à ouvrir leurs bras à des amans dans cette même Rome où César répudia sa femme parce que sa vertu était tcrpie par un soupçon.
Somme toute , ici comme partout ailleurs , le mariage n’est qu’une spéculation d’intérêt. A Londres , quand on vend sa femme , ou renonce au fonds et à l’usufruit. A Rome, on n’aliène .que l’usufruit : on garde la propriété. A Paris , ou s’assure de l’argent avant de prendre
la femme. Dans la villè papale , on prend la femme pour faire de l’afgent. Là, le cac.... ne passe qu’en fraude ej de contrebande : ici , l’introduction en est permise en payant de forts droits d’entrée. C’est peut-être la raison de l’harmonie qui règne dans les ménages romains où les maris voient clair dans leurs affaires.
■ Comme un statuaire dit d’un bloc de marbre i « Sera-t-il table ou cuvette 1» ainsi un Romain se demande ce qu’il fera de sa future épouse « s’il la teindra de violet ou de pourpre , s’il la lancera dans la prélature ou dans le conclave*. Dès qu’il a fixé ses idées , il se marie.
ANECDOTES DETACHEES-'
Un cardinal n’ôte jamais sa calotte pour saluer un de ses confrères , mais il doit l’ôter en présence de trois cardinaux , parce que ce nombre fortuné èst réputé suffisant pour constituer le sacré collège. Il y a deux jours qu’un cardinal , rencontrant deux de ses collègues dans une maison particulière les salua de la calotte par distraction. « Que faites-vous, lui dit l’un ' - d’eux , avec un sourire de conclave ? Tious « ne sommes pas trois. » *
J’ai vu hier un livre dédié au Pape : c’est une Vie de Saint- Jean-Baptiste . Pie vu est qualifié de Beatissimo Padre , et le Saint ne reçoit que le titré modeste de Beato. Ainsi un élu qui
voit Dieu face à face n’est heureux qu’au positif, et un évêque de Rome dstlieureux au superlatif. Que de sottises lait imaginer et débiter l’adulation !
Ou le mariage , ou les galères : telle est l’alter ■ native à laquelle les tribunaux condamnent ce lui qui a traité une fille comme si elle était sa femme. . 1
J’ai vu un bel hqjnme qui sort de la chaîne des galères où il a passé cinq ans , plutôt que de consentir à un bail indéfini dans les chaînes de l’hymen. On- eut beau le prêcher sur les douceurs et les avantages du lien conjugal , rien ne put ébranler sa résolution, et il persista adonner la préférence aux travaux forcés. Comme l’année galérienne a été réduite, à huit mois par je ne sais quel Pape , il en a été quitte pour quarante mois ; et si pareille aventure lui arrivait encore , il serait homme à dire : « Ramenez-moi « aux carrières. » L’ayant rencontré dans l’atelier d’un sculpteur -, où il sert de modèle , je lui demandai quelles avaient iité ses occupations. Au lieu de me parler des galèfes , il nie répondit que le gouvernement l’avait employé aux travaux du Colisé'e : tournure vraiment oratoire , par laquelle il associait son infortune aux ruines de la grandeur romaine. - ’
Une mère de famille , respectable et dans l’aisance , déclarait dernièrement à ses deux filles qu’il fallait songer à trouver des maris. « Vous
«approchez, leur disait-elle , de votre drx- « huitième années et des demoiselles ne doivent « point arriver à cet âge sans avoir fait l’amour, « Vous ne devez pas vous attendre qu’on vienne V vous déterrer dans votre maison. En un mot, « il est urgent d’aviser à un moyeu quelconque « pouf former une liaison. » Ces jeunes personnes , pleines d’obéissance et de zcle, ont attiré vers elles , par des regards expressifs , un beau jeune homme qui , feignant de se laisser prendre dausle filet du mariage , a bientôtpassé au travers, comme los grosses mouches passent à travers les toiles d’araignées.'
« Si Vous êtes bien sage , disait une autre * bonne mère--à sa fille -, je vous permettrai au- « jourd’liui de faire l’amour pendant une heure.» Ce.cjui Signifie : « Vous pourrez écouter celui « qui vous recherche en mariage. » Les étfan-t gors sont souvent dupes de ces formes de langage. • Une jeune et jolie Romaine courtisée par un Français lui dit qu’elle consentait à faire l’amour avec lui.. Voilà mou homme triomphant.
11 se croit le Thésée de cette Ariane qui , gardant pour elle le fil dn labyrinthe amoureux , voulait enfermer son homme dans celui de l hy-i uien. ll se hâta d’en sortir, et fut uès-mystifié.