‹ Tablettes romaines, contenant des faits, des anecdotes et des observations sur les moeurs, les usages, les ceremonies, le gouvernement de Rome. Par un francais qui a recemmement sejourne dans cette villeChapitre 39 sur 45 · POLITIQUE ARCÏE5NE ET MODER5B · texte numérisé non relu

POLITIQUE ARCÏE5NE ET MODER5B

Diviser pour régner , voilà la politique perma. pente des pontifes de Rome: unir pour gouverner fut celle des premiers empereurs Romains. Les uns et les autres l’ont prouvé dans leur conduite à l’égard des Grecs . Auguste , vainqueur à Actium , la pensée riche encore du spectacle de cette terre rayonnante de la lumière des arts , médita dans son cabinet le profond dessein d’associer les peuples de la Grèce à ceux de lTtalje , en leur -démontrant , et la communauté de leur origine, et l’identité des objets de leurs cultes. Dans cette yue , il insinue à ses poètes les plus célèbres , Ovide et Virgile, de consacrer leur beau génie à propager cette importante conviction. En

même temps il appelle du fond de la Carie un jeune savant , Denis d’HalicarnasVe , dont les recherches, pendant vingt-deux ans , furent employées à consolider, par les preuves de l’histoire , l’oeuvre enchanteresse de la poésie. Que firent , et que font encore les Papes? En vain la translation du siège de l’empire à Constantinople opérait naturellement une fusion de ces peuples : eh bien ! pour de misérables arguties scolastiques , ces pontifes ne se sont occupés qu à effectuer leur éternel divorce.

Ces réflexions me conduisent à rechercher quelles sont les institutions et les coutumes de l’ancienne Grèce dont Rome conserve encore l’usage. On aime à suivre à travers les siècles ces fils qui , se rattachant à la civilisation , à l’organisation politique ou religieuse de l'antiquité, nous expliquent le dédale des préjugés et des cérémonies modernes. Chez les Grecs, les prêtres étaient très-multipliés ; et, pour se multiplier davantage, ils créèrent nouveaux dieux:

à Rome , presque chaque année , un saint de nouvelle promotion exige un nouvel autel et des prêtres pour le desservir. Là, on payait aux prêtres un droit d’arrivée dans ce monde, et un droit de départ pour l’autre: ici , on acquitte la même taxe, de la même manière , en denrées et en argent. Outre ces avantages, le clergé des Grecs levait des impôts indirects sur le droit d’asile accordé aux temples et aux bois sacrés , ea

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faveur de tous les criminels : le clergé romam, plein d’une sainte émulation , investit des mêmes privilèges les églises et leurs dépendances. On purifiait la ville d’Athènes avec de l’eau lustrale , une fois l’an , au mois de thargelion : à Pâques , on purifie , avec de l’eau bénite , la cité de Romulus. Dans la ville de Minerve , les ministres de la religion, réputés premier corps de l’Etat, ne contribuaient point à ses besoins, quoique leur entretien absorbât la plus grand© partie des revenus publics et qu’ils possédassent de grandes richesses : dans la ville saiute, le clergé a conservé les mêmes droits , non pour son intérêt personnel , mais afin que la vraie religion ne fût pas environnée de moins de splendeur que la religion païenne. 11 résulte de ces citations , et de mille autres encore passées sous silence , que toutes les institutions , cérémonies et pratiques religieuses lucratives , ont traversé l’océan des âges les plus reculés, et se sont transmises de cultes en cultes opposés, jusqu’à nos jours, non seulement sans altération , mais avec de notables agrandissemens.

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D’où vient que , dans la ville qui n’est pas la plus tolérants du monde , où l’on exige des certificats de communion pour les domiciliés, d’où vient qu’il existe la tolérance la plus illimitée

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pour les étrangers , et eu égard à toutes les cérémonies qui se font en plein air? Ce n’est pas à Rome que l’on iutentera procès à ceux qui ne tapissent pas leurs maisons le jour de la Fête- Dieu ; ce n’est pas à Rome qu’un porte-soutane porte-croix vous forcera d’ôter votre chapeau à son passage : on suppose que vous avez vos raisons pour ne pas vous découvrir le chef, ou plutôt on n’y fait pas attention; et pour peu que vous soyez livré à vos réflexions, vous êtes au milieu de processions de toute espèce , perdu dans des fourmilières de moines de toutes couleurs sans vous eu apercevoir. Le pape ne passe jamais dans les rues de Rome sans qu’on en soit averti par son bruyant cortège 5 mais le bon Dieu y passe souvent incognito. Hélas ! les moi , tifs de cette conduite ne dérivent-ils pas d’un calcul fiscal qui , ménageant les étrangers comme des tributaires, ferme les yeux sur leur peu de ferveur pour les usages religieux d’uu pays où leur concours supplée à l’absence de l’iudus- , trie ?

Quelle qu’ait été votre profession à la chaire , au théâtre , au bareau , vous pouvez mourir sans craindre qu’un audacieux curé vous ferme les portes de son église; vous paierez comme ailleurs votre droit d’entrée , et voilà votre passeport en règle. Il est vrai qu’à Rome , à mille contradictions, le clergé n’ajoute pas celle d’excommunier les acteurs aux talens desquels il paie

lui -même tribut pour son plaisir. Le cardinal Spina , gouverneur de Bologne, a une loge à tous les spectacles qu’il fréquente autant que les séculiers , et il trouverait fort ridicule d’encourager par sa présence les acteurs à se damner.

Lorsque , à Rome , je dis à un prêtre que les acteurs, eu France, étaient excommuniés, il se prit à rire, s’écriant : » C’est une profession comme une autre j ce n’est pas possible, parce que ça n’a pasle sens commun. — ■ C’est précisément, répondis-je, ce qui fait que c'est possible. »

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