CAMPAGNE DE ROME
* Ove ’ï’ulîk) t Virgilio aptian le labra ,
% î ^ «'!. ■ Ore colle non&, che una cantate
F ronte non levi , e non che xnuro , ed aroo Sasao non treyi , che non goda un nome»
.. Pmamos-r»
Qtjï je les plains ceux .qui, en laissant errer leurs regards sur la campagne de Rome , n’ont pas en le cœur pénétré de je ne sais quelle volupté poignante, n’ont pas éprouvé ces douces angoisses, ces mélancoliques ravissemens dont l’âme s’enivre à cet imposant aspect! Toute cette * plaine immense , dénuée de villages , de fermes, d’h agitations champêtres , et parsemée de poétiques ruines et de tombeaux où dorment les débris des vieux Romains ; ces voies Appienne , Colla tine , Flaminienne, pavées encore des mêmespierres sur lesquelles retentirentles chars des Auguste, des.Trajan ; ces longues lignes d’arcades qui , s’élançant du creux des ravins , ou descendant du sommet des monts , conduisaient à plus de soixante-dix milles , à travers tous les obstacles du terrain, des sources salubres et abondantes au sein de la capitale du monde; ces pins mélancoliques qui , tantôt isolés çà et là , semblent les jalons funèbres de cette terre si-
nie Un.
trtrt
“ornas
ns
errer
ont
res
it
lencieuse , qui , tantôt groupés, figurent avec leurs cimes Je vertes terrasses dont les ombres
sympathiques se projettent sur le temple des muses et sur la fontaine de la nymphe législatrice ; ce Tibre, au cours tortueux, qui mine sourdement de ses eaux jaunissantes la dernière arche d’un vieux pont républicain ; tout enfin , dans ce paysage, touche le cœur, élève l’ûmc, ébranle l’imagination. Et lorsque la lune, se dégageant par degrés des bois du mont Soracte, verse sa clarté rêveuse sur la campagne de Rome , et argente de ses reflets mobiles et ondoyans les mausolées lointains , on croirait voir les antiques enfaus de la liberté romaine secouer en frémissant les plis de leur toge autour de leur monument , et s’indigner d’avoir pour successeur un peuple d’ilotes tonsurés.
De ce que la campagne romaine est presque inculte , on a conclu qu’elle était inféconde. Elle refuse de produire, a dit un écrivain romantique *, depuis que, veuve des conquérant du monde, elle tri est plus foulée par les pieds des consuls. Ce qu’il y a de véritablement stérile , ce sont ces phrases aussi fausses qu’alambiquées. Au contraire, la vaste plaine au milieu de laquelle Rome estsituée offre partout aux géologues tous les indices de la fertilité ; partout le solanum de Lynnée , l’herbe à triple feuille et
le sainfoin abondant cl fournissent aux troit-' peatix des sucs salubres et nourriciers ; une grande énergie de végétntion se fail partout sentir à tel point que la rosée d’irae nuit suffit pour reproduire toute l'herbe consommée dans le cours de la journée. Ce n’est pas la terre qui manque aux cultivateurs, mais bien les cultivateurs qui manquent à la terre. Le despotisme théocratique traite la campagne comme les hommes: il étouffe les germes de la fécondité comme les germes de l’instruction , cette féconditc morale. Nul encouragement n’est donné à l’agriculture , à 'laquelle est si funeste le monopole des grains. De robustes paysans font dire des messes, et chantent des litanies pour obtenir du soleil ou de la pluie , et ils ignorent les premiers élémens du labourage. Au lieu de tenir là bêche Ou la boue , ils trempent leurs mains dans l’eau bénite. Allez les visiter : vous ne trouverez pas à leurs charrues ces descendans des Cincinnatus. La plupart n’ont point de charrue : ils aiment mieux, couverts de peaux de chèvres, se traîner, un rosaire à la main , sur les pas de leurs troupeaux , que d’ouvrir le sein de la terre avec le soc de Triptolème. Cybellc, cette mère des humains, est, comme lès moines, condamnée au célibat. On châtre le règne végétal connue le règne animal. Mais que les actifs laboureurs des plaines de l’Orléanais soient jetés dans la campagne de Rome , alors s’opérera une telle
métamorphose , que vous verrez autour de la ville aux sept collines des champs plus féconds que ceux de la BeâuCfi ; et de même que Minerve sortit tout armée du cerveaii de Jupiter, l’abondance sortira du sein de Cybelle toute couronnée de fleurs , de fruits et de moissons. Alors s’accomplirait, dans les environs de Rome, la plus salutaire des révolutions : les eaùx ma* récageuses et croupissantes, infiltrées dans le sein de la terre par les irrigations et le labourage, ne corrompraient plus l’atmosphère de leurs vapeurs malfaisantes et de leur gaz mépliy tique ; les étrangers , que chasse de la ville sainte , à l’approche des chaleurs , un air pestilentiel , pourraient le respirer toujours pur, et la prolongation de leur séjour serait une source de richesses pour le pays. Des étrangers ont souihis au gouyefnement papal , pour assainir la contrée , divers plans dont les résultats présentaient des avantages prodigieux et des dépenses fort modiques. Nul doute que , si cette * bienfaisante opération était donnée à entreprise , mille capitalistes ne s’empressassent d’a- Vancer les fonds ; mais la tiare trouve bien plus convenable de s’occuper des jésuites, d’imposef un concordat à la France , et de recevoir la loi des brigands. Quels peuvent être les motifs d’une si étrange conduite ? Us seraient introuvables Chez les autres gouvernemeus ; mais l'égoïsme théocratique explique tout. Il craint la prospé-
rué rurale comme il craint le développement des arts industriels. Ces sources de richesses , se répandant au sein de la partie ignorante de la population, lui donneraient peu à peu la facilité de s’instruire : quand on n’est plus occupé de là nourriture physique, on s’ioccupe de la nourriture intellectuelle. Le démon de la pensée s’introduit alors partout : ce démon est l’épouvantail du \ alican ; et le Pactole d’un tel gouvernement ne peut couler que parmi des terres incultes, habitées par des pauvres d’esprit.
Gcpeudant le sol, malgré son état de délaissement , est encore prodigue de libéralités. Dans les environs de Poli , le froment vient sans engrais deux ou trois ans de suite dans la même terre , qu on repose en y semant du chanvre et du lin. La récolte a lieu en juin et juillet ; les pieds des chevaux foulent le blé dans une aire ; dès qu’il est séparé de l’épi , on le vanne à la même place , dans un crible suspendu entre deux longues perches : ainsi on obtient les dons de Cérès preque gratuitement. Ceux de .Bacchus coûtent un peu plus de soins et de peines : presque tous les engrais sont réservés pour la vigne. Des branches de sarmens enfoncées dans la terre entre les dents d’une fourche produisent les jeunes ceps qui , dès la seconde année, commencent à se couronner de pampres et de raisins. Des qu’ils étendent leur bois pour chercher uu appui , on lès enlace à des érables. A Na-
pies encore, on marie la vigneà l’ormeau, comme au temps de Virgile. L’olivier qui, dans les champs de la Provence, fait attendre plus de deux lustres l’effet de scs promesses , donne , dans les environs de Rome, des fruits dès l’àgcde deux ans ; à six ans, il est en plein ra'pport. Sa longévité le dispute à celle du chêne ; et tel olivier qui , tant il est décrépit , ne semble plus végéCer que par l’écorce ., produit 24° pintes d’huile par année.
Le pommier, plein de sève et de vigueur , se montre toujours digue de l’éloge d’Horace * . Parlerai-je de cette multitude d’arbres aux feuilles tendres et soyeuses, qui nourrissent ces vers industrieux dont les cocons sont envoyés ymx manufacturiers de Tivoli et de Palestine ?
Outre tous les légumes de France , il eu est de particuliers à la campagne romaine, tant, décréditée par d’insipides descriptions. Le Pape, çn voyant une lisière d’épis de peu de profondeur , crut tous les marais pontins cultivés : l’auteur d’Atala , à l’aspect de quelques terres iucultes , en a conclu quelles étaient toutes en friche, arides et infécondes. Lequel des deux çst le plus infaillible?
£ .Et uda
Mobilibus pore aria rivis.’ •
-attscu! *'
TJ VOL! .
MOl*:f SACRE.
Me dcc tam patiéns Lacedæmou ,
Nec tdm Larissa? percUssit campus opimæ, Quarn domus Aibuneæ resonantis ,
£t præceps Apio, et Tiburni lucus. —
•' Hoblat.
Si , dans le vaste désert appelé la campagne de Rome , tout porte l'empreinte du génie de l’homme, la nature reprend tout son empire au milieu des hautes montagnes sur lesquelles Tivoli s’élève comme l’aire d’un aiglé.
Arrivé au pied de ces monts , je me plus à les gravir lentement. J’étais seul : <J ue dis- je? j’étais accompagné de mille souvenirs. Les voilà donc ces lieux dont Horace a fait Je Parnasse romain ! Ils sont toujours dignes du poêle qui semble les éclairer des rayons dp sa gloire , et Jps remplir encore de scs . chants. Ce murmure aérien , c’est le frémissement de sa lyre effleurée par l’aile des vents ; les notes gémissantes qui s’exhalent de ces bois mélodieux , ce sont les plaintes que soupire sa Muse sur la tombe de Quintijien. Tous ces bruits qui frappent mon
oreille sont comme le retentissement de soumno lurmonieuse. Ne s’esl-il pas reposé aux bords de 4 ce ruisseau où le pin et le peuplier se plaisent à enlacer leurs bras et à marier leur ombrage hospitalier ? Ne s’est-il pas assis sur ce rocher^ taille en siège par la nature ? Mais certes il a pénétré dans cette grotte sauvage tapissée de mousse et de lierre ; peut-être y a-t-il modulé la gracieuse ode à Pyrrha. Essayons d’en traduire la molle cadence sous la dictée de ceS lieux inspirateurs.
. , . ■V \n '■ tfÊ> ’ ü»'“»b
Au fond d’un antre frais qu’une eau limpide ai roses, ryrrna , quel jeune amant , de désirs transporte ,
T’enivre ,sor un Ht do rose, " ,i ,; . ' 1 . .
De pariumsetde voluptés?t»' >•' ü 1
Tes blohds cheveux flottans , pour lui tu les enlaces ,
Pour lili tu fais serment d’éternelles amours ,
Et pour lui tes simples atours r i 1 ' *
.Offrent le négligé des Grâces. , "• , ; .li
Quand tu .trames déjà tes infidélités , .vu.- .
Crédule , dans le calme il repose sa tête , < Sans soupçonner quq la tempête.;
Déjà bat les flots irrités.