LES PETITES MARIONNETTES
D’un long tube île bronze aussitôt la mort rôle Dans la direction qui (ait la parabole >
Et renverse , en deux coups prudemment ménages 4 Cent automates bleus à la file rangés.
* ' Voitawe.
A Rome , il j a deux espèces d’automates qui, ne se font jamais tuer : les uns n’ont que quelques pouces de haut , les autres ont cinq pieds de plus. Mais comme l’esprit se rit de la taille corporelle , les automates lilliputiens sèment dans leurs discours des saillies enjouées et fines; ils lancent des traits malins et spirituels sur les travers et les ridicules de la société’ leurs gestes, sont aussi expressifs, que leur diction est variée.
Les grands automates au contraire n’occupent le publie que d’objets monotones et funèbres ; leurs intonations et leurs pantomimes sont éternellement les mêmes. Cependant ils offrent aux curieux , entre autres singularités , celle de ne rite jamais, et d’être aussi risibles que leurs, petits, confrères dont la gaité est fréquente.
Sur l’une et l’autre scène , les artistes rivalisent d’originalité |et de bizarrerie dans leurs, costumes. Aux grandes marionnettes , il y a plus de frais de décors , plus de pompe , surtout plus d’intrigues : aux petites marionnettes, plus, de mouvemens dramatiques , plus de vivacitéd’action.
Les premières roulent dans des chars dorés , et se sont assuré dans l’avenir une somptueuse existence : les secondes vont à pied et vivent au jour la journée. Toutefpis l’opinion s’est partagée sur leur mérite respectif ries uns exaltent jusqu’aux hues lés Bùrattini, les autres se prosternent devant les grandes marionnettes.
Comme il faut mettre de l’ordre dans ses occupations et de la gradation dans ses plaisirs , commençons par le spectacle des, Bùrattini.
, Entrons : rien de plus gai -, de plus animé que l’aspect de la salle ; toutes les places sont prises , et si la musique n’était pas partie nécessaire du divertissement, on s’empâterait de l’orchestre on s’étale une énorme basse , avec des violons et autres instrumens. Comme toutes ces figures romaines sont épanouies ! comme elles sont sûres d’avoir du plaisir ! comme leur impatience soulève la toile encore abaissée ! Faisons d’abord le recensement de l’assemblée. J’aperçois des personnages que la fortune a portés rapidement au sommet de sa roue : ce sont des étalagistes , des perruquiers , et même des marchands à boutiques inamovibles. Tous ces parvenus qui veulent se séparer du vulgaire, et qui semblent avoir pris pour devise : Odi profanum vulgus et areeo , oceupeut les loges et les galeries : ils se croient obligés d’être un peu moins gais , et l’on remarque aisément sur leur physionomie le combat du rire et de la fierté. Luc grosse dame de la halle , couverte d’un cha- * M
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peau de Florence un peu sale , jette sur moi un œil de dédain, parce "que je suis assis dans le parterre. Pour me dédommager des mépris de la grandeur, j'entre eu conversation avec une fille de seize ans, vêtue élégamment de son corset de dimanche; à sa droite sont assises ciiiq de ses sœurs , qui se suivent d’année en année ; puis vient la mère, jeune femme de trente-deux ans, fort jolie. Elle me sourit avec grâce, en voyant que je trouve sa famille à mon gré ; et vraiment Raphaël - n’a, rien peint de plus frais que cette couvée de petits minois respirant la joie et la santé. Le père , dans la force de l’âge, termine 'le tableau ; il jette un œil de satisfaction sur sa' progéniture , et l’on peut lire sur sôn front couvert : Intérêt dans le calme. Bientôt je suis mis au fait des affaires de famille : le père exerce la charge de frigitore , ce qui signifie faiseur de fritures publiqubs en plein vent; sa femme est rempailleuse de chaises, et toutes ses filles, jusqu’à la plus petite , aident leur, mère ; les unes trient , les autres préparent, celles-ci tressent la paille : car, ajoute l’aînée , personne n’est oisif dans la maison.
Soudain tous les yeux prennent la même direction : le spectacle commence. Je n’ai pas été trompé dans mon attente : les acteurs ont joué avec beaucoup d’ensemble et de précision ; personne n’a été tenté de les siffler ; il semblait que tous ces petits automates fussent animés , tant leurs moyvemens étaient rapides et leurs gestes
pleins il<: justesse. Ils ont représenté nue corne die Jouée sur un des grands théâtres .de Rome : ils fout la caricature des mauvais comédiens, eu imitant leur diction et en gesticulant comme eux. Ainsi les marionnettes ont un but critique, et contribuent à corriger les défauts des grands théâtres. Aussi lit-on sur la toile : Deîectando dixcitur. Après la comédie vient le ballet qui est très-bien exécuté. Il serait à désirer qu’on établit à Paris des marionnettes , pour servir d’école de correction aux acteurs des théâtres royaux. Que de facéties , que de lazzis inspireraient à Polichinelle et à Arlequin les hoquets , les gestes saccadés , les contre-sens de M lle Du. . ! les attitudes ignobles , la diction emphatique d’un M. Da,. ! les rodomontades gasconnes de M. La..! Les marionnettes auraient fort à faire $i elles représentaient tQut ce qu’il y a de comique dans le jeu de nos acteurs tragiques , et elles obtiendraient une grande vogue en égalant le talent de celles de Rome. Peut-on s’étonner quelles soient si perfectionnées ici ? Cette ville n’a-t-elle pas eu l’art de peupler l’univers d’êtres passifs, auxquels elle a attaché des fds imperceptibles, pour les faire mouvoir à son gré ? Ces fils , il est vrai, commencent à se roqipre ; mais c'est un grand tour de force de les OVoir fait durer si long- temps.