‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 21 sur 67 · LE DUEL DU PRÉCIPICE · texte numérisé non relu

LE DUEL DU PRÉCIPICE

( Poésie etse*.)

Je t'atteindrai^ je te frapperai de mon ^pée , et ton crâne me servira dans les festins , dit le Danois.

Mes chiens ont faim, répondit le Saxon; ils demandent du sang, et ce ne sera pas la première fois que mes chiens auront été servis avant le fils de tes aïeux.

Il dit , et il ricane comme un corbeau qui croasse à l'aspect d'un cadavre. Attends-moi seulement , dit le Danois; et il parcourt le bord de l'abîme , cherchant un passage. La place où je t'attenyds , tu y attendras les vautours , répond le Saxon , toujours immobile et debout dans ses armes.

Mais l'abîme qui les sépare est large et pro-

* Ce morceau est traduit d*nn ouvrage peu connu en France^ publié à Stockiiolm en i8o5 par le savant professeur M. Merner, et intitulé : EsqiùsiUones phiUsophicce»

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fond^ il est semé de rochers , et un torrent rojile au fond comme un tonnerre. C'est en vain que le Danois cherche un passage : il rugit de fureur. Cependant y à l'aspect A\jl combat des deux barbares , les armées s'arrêtent , les trompettes fontsilence^ les coursiers frappaient du pied la terre, et le sang ruisselait le long des piques.

Un sapin était là, un vieux sapin qui avait étë abattu par les tempêtes. Les esprits de la nuit l'avaient roulé du haut de la montagne, afin qu'il descendît vers les mers , et qu'il conduisît dans les contrées lointaines les Jléros , leurs en-* fans; mais le sapin s'était arrêté sur le bord de l'abîme , sachant qu'il ne verrait jamais de combat plus terrible que celui dont il allait être témoin.

Le Danois s'avance rapidement , plié sous l'horrible fardeau , le Saxon / son glaive nu à la main , se lient prêt à s'élancer sur le pont que son ennemi lui prépare. Tout à coup Je Danois s'arrête, et le sapin tombe en retentissant sur les deux bords.

Ils se sont rencontrés au milieu du pont frar gile; ils se sont saisis^ ils se tiennent , ils se pressent, pied contre pied , poitrine contre poitrine j

( io6) tous les deux ils veulent s'enlever et se précipiter dans le gouffre; tous tes deux ils sont immobiles : on dirait qu'ils ne combattent que des yeux.

Tout à coup un cri se fait entendre , un cri terrible. Le Saxon a enlevé son ennemi ; il le tient entre ses bras au-dessus de sa tête ; il le balance en rugissant de triomphe ; il va le lancer dans le précipice.

Alors on vit les bergers^ qui s'étaient enfuis par crainte de ta bataille , s'avancer sur le haut des rochers ; on entendit les loups hurler dans la solitude des forêts , et l'on aperçut distinctement dans les airs les fantômes emportés par les vents qui se penchaient sur le bord des nuages.

Mais le Danois d'une main a saisi son vainqueur par sa rouge chevelure ^ de* l'autre il le frappe aH visage de son poignard. Les\ris de joie se changent en cris de détresse. La tête du Saxon se rejette en arrière ; il chancelle , le pied lui manque , ils vont tomber.

Epargne-moi , crie-t-il au vaincu. Regagne la terre , répond le Danois. Et le Saxon s'avance , aveuglé parle sang; il marche à pas lents suspendu sur l'abîme , tenant toujours entre ses bras son ennemi qui le guide.

En&a il a franchi l'abîme ; il a mis le pied sur la lerre , ils sont sauvés. Tout à coup , emporté par la douleur , il se retourne et yeut lancer son ennemi dans le gouffre. Meurs , s'écrie le Danois. Il le frappe ; le Saxon frappé chancelle ^ U tombe et il entraîne le Danois avec lui.

Ils roulent, ils roulent de roc en roc. Bardes, chefs , soldats , tout est accouru sur le bord du précipice. On les voit se saisir , se frapper , se combattre encore. Tout à coup ils arrivent à un endroit où le roc est à pic , ils disparaissent , et on entend leurs corps se briser sur un rocher qui s'avance en esplanade au-dessus du torrent.

Ils restent quelque temps sans mouvement :

peu à peu on voit les cadavres se ranimer et se chercher encore à coups de poignard. Arrêtez ! criaient les Senécions ^ les Senécions dont l'aspect doit être assez puissant pour faire rentrer au fourreau les glaives déjà tirés; vaines clameurs ! ils se relèvent , iîs se frappent , ils se roulent. Tout à coup , chose horrible ! un ours énorme sort de dessous les glaces , il ^e jette sur les deux guerriers , et , aux cris de toute l'armée , Il les entraine en rugissant dan» sa cayerne.

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