‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 22 sur 67 · UN MONOLÇGUE DE JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

UN MONOLÇGUE DE JEANNE D'ARC

TRAOÉpZE DE SCHILI.KB.

(Le moment est celui où rkéroïne quitte pour la predûère foi» son village et va se rendre au camp de Charles tu.)

Adi£u , mon beau pays , douce paix des campagne; Vallous , sentiers déserts , mes forêts y mes montagnes , Adieu , pour les combats je you« fuirai demain. Prospérez , jeunes fleurs qui croissiez sous ma main; Vous ne me verrez plus sous Taulne des prairies Assise , et m'enivrant de longues rêveries.

Écho , dont la voix pure embellissait mes chants , Je n'irai plus troubler la nuit calme des champs. Vous pleurerez long-temps votre bergère absente. Hameaux où j'ai caché ina jeimesse innocente i^ 'Je les fuis à jamais -ces chaumes protecteurs I Recherchez d'autres soins , suivez d'auti^es pasteurs > O mes agneaux plaintifs , errans sur la bruyère, Dieu des sanglans combats va m*ouvrir la carrière ; Un belliqueux troupeau m'entraîne dans ses rangs !

Non , ce n'est point l'orgueil aux songes délirai» ^ Ce n'est point le désir de la terrestre gloire

Qui m'appelle aux vieux murs défendus par la Loire ? C'est la voix qai jadis , à Moïse exalté , Sur les sommets d'Horeb , promit la liberté; Le Dieu qui , de David armant la main timide , Fit tomber sous ses coups le géant homicide , Purgea les champs d'Hébron des soldats étrangers ; Car mon Dieu fut toujours favorable aux bergers.

n m'a dit : Prends ce glaive et pars ; va sur la terre Promener de mon nom la terreur salutaire.

Du casque des combats couvre ce front serein , Que ton cœur virginal palpite sous Taîrain; Nul mortel de ce cœur n'obtiendra la conquête , Le bandeau de l*hymen n'ornera point ta tête ; Sur tes chastes genoux , jamais d'enfans chéris Ne rendront un sourire à ton joyeux souris ; Mais seule de ton sexe , objet d'un pur hommage , La palme des héros deviendra ton partage.

Quand la patiie en deuil voit son heure approcher , Contre ses oppresseurs c'est toi qui dois marcher. Du courage français s'éteint la noble flamme ; C'est toi qui dans les rangs portera l'Oriflamme ; Devant la vierge armée Albion doit pâlir.

Crois aux prodiges saints que tu vas accomplir : Comme au temps des moissons sous l'ardente fauciUe Se courbe des épis l'innombrable famille^

( ïio ) Tu verras , sans retour, à tes pieds prosternés Ces conquérans d'un jour de leur gloire étonnés. De rinsulaire altier le succès m'importune :

Ta main renversera le char de sa fortune ; Ta main des lys brisés relèvera l'orgueil, £t des héros français fermera le cercueil ; Ta main soutiendra seule un roi qui s'abandonne » £t dans Reims délivré lui rendra sa couronne.

Dans la nuit prophétique ainsi Dieu m'a parlé : J'accomplirai cet ordre à ma foi révélé.

O guerriers ! prêtez-moi c6 casque , cette épée ; La volonté de Dieu ne sera point trompée.

Vous me verrez , pareille aux fougueux aquilons , Renverser l'épaisseur des nombreux bataillons. N'entends-je pas des cris , le signal des alarmes ? Nos coursiers ont frémi; le clairon sonne. Aux armes ! M. H. Ds Latouche.

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