‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 23 sur 67 · BATAILLE DE SALAMINE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE SALAMINE

.... Le trouble, la consternation, lé désespoir qui régnaient alors à Athènes ne sauraient se peindre. Les frontières forcées, les étrangers prêts à pénétrer dans le cœur de l'Etat, des soulèvemens dans plusieurs provinces , tout paraissait inévitablementperdu. Pour comble de maux, une division fatale d'opinions parmi les amis de la patrie achevait d'éteindre jusqu'au moindre rayon d'espérance. Tous les citoyens tombaient d'accord de la défense , mais personne ne s'entendait sur le mode. Les Lacédémoniens opinaient à se renfermer dans le Péloponèse ; un . pafli des Athéniens voulaitqu'on défendît la cité 5 un autre , qu'on mît toutes ses forces^ dan» la ma rine. L'ambition des particuliers venait à la traverse. Des hommes sans talens prétendaient à des places auxquelles les plus grands génies suf-r

iisaient à peine. Thémistocîe écarta ses rivaux , détermina les citoyens à se porter sur leurs galères, et la patrie fut sauvée.

Cependant des diversités de sentimens , non moins fatales à leurs causes , frappaient l'armée conquérante d'imbécillité et de faiblesse. Xerxès^ épouvanté du combat des Thermopyles , flottait incertain de la conduite qu'il devait tenir. Il apprenait qu'une partie de la Grèce- était assise tranquillement aux jeux olympiques , tandis qu'il ravageait leur contrée , et il ne savait qii'en croire. Dans son conseil, le roi de Sidon se déclarait en faveur d'une attaque immédiate sur les galères athéniennes. Arlémise , au contraire , représentait qu'en tirant la guerre en longueur, les ennemis étaient infailliblement perdus.

Le sentiment de la reine d'Halicarnasse fut rçjeté et les opinions contraires adoptées. Ainsi par cette destinée qui dispose des empires , des diverses mesures en délibération , les Grecs choisirent celles qui pouvaient seules les sauver; les Perses , celles qui devaient nécessairement les perdre.

ussitot Xerxès se prépare à la célèbre action

( ii3 ) de Salamine. Il se passait alors sur la flotte réunie des Grecs , de ces grandes choses qui peignent les siècles , et qu'on ne retrouve qu'à des intervalles considérables dans l'histoire. La division s'était mise entre les généraux. Les Spartiates, toujours obstinés dans leurs projets , voulaient abandonner le détroit de Salamine , et se retirer sur les côtes du Péloponèse. A cette mesure qui eût perdu la patrie , Thémistocle s'oppOsait de tous ses efforts. Le général , s'emportant, lève la canne sur l'Athénien. « Frappe, mais écoute , » lui crie le grand homme , et sa magnanimité ramène Eurybiade à son opinion.

C'était la veille de la bataille de Salamine. La nuit était obscure. Les cœurs sur la petite flotte des Grecs , agités par tout ce qu'il y a de cher aux hommes , la liberté , l'amour , l'amitié , la patrie , palpitaient sous Un poids d'inquiétudes , de désirs, de craintes, d'espérances. Aucun œil ne se ferma dans cette nuit critique , et chacun veillait en silence les feux des galères ennemies. Tout à coup on entend le sillage d'un vaisseau qui se glisse dans le calme des ténèbres. Il aborde à Salamine 5 un homme se présente à

Thëmistocle. « Savez^vous, lui dit-il, que «vous êtes enveloppé et que les Perses font le tour de Tîle pour vous fermer le passage ? Je le sais , répond le général athénien , cela s'exécute par mon avis*. Aristide admira Thémistocle : celuici avait reconnu le plus juste des Grecs. ^

Xerxès , assis sur un trône élevé pour contempler sa gloire , fait placer des soldats dans les iles adjacentes , afin qu'aucun des Grecs y sauvé de la ruine de ses vaisseaux , ne puisse échapper à sa vengeance.

Entre la cote orientale de l'ile de Salamine et le rivage occidental de l'Attique se forme un détroit en spirale d'environ quarante stades ** de long et de huit *** de large. L'extrémité du dé-

* Les Grecs ét^nt prêts à se retirer , Thémistocle en fit donner avis à Xerxès , qui «'empressa de bloquer lel passages par où la flotte eauemieeùt pu s'échapper. Ainsi les Grecs se Tirent obligés de combattre dans ce lieu favorable , ce qui leur procura la victoire. Aristide , en passant à Salamine , s^perçut du mouvement que faisaient les galères persanes pour envelopper celles d'£urybiade , et ignorant le stratagème de Thémistocle , il donna avis du danger à celui-ci.

** Environ deux lieues.

*** Un peu plu» d'un tiers de lieue.

(ii5) Iroit «e trouve presque fermée par le promoii^ toire Trophée ^ de File , qui se jette à travers. les flots dans la forme d'une lance. La p^e•^ raière ligne des galères grecques s'étendait depuis cette pointe au port Phoron , qui lui correspond sur la c6te du continent opposé. La seconde ligne, parallèle à la première , se pla^ çait immédiatement derrière, et ainsi successif vement des autres, en remontant dans l'intérieur du détroit.

La première ligne des galères peréanes, faisant face à celles des Grecs , se formait en demilune, depuis la pointe Trophée jusqu'au port Phoron , et les autres se rangeaient derrière , en dehors du détroit. Non seulement , par cette disposition , lea Perses perdaient l'avantage du nombre , n^is encore leur ordre de bataille se trouvait coupé par la petite île Psyttalie , qu gît un peu au-dessous et en avant de Tembouchure du canal.

A l'aile droite de l'armée navale des Perses étaient placés les Phéniciens, ayant en tête les Athéniens^ à l'aile gauche, les Ioniens qui devaient combattre leis Lacédcmoniens , les Mé-

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gariens, les Eginètes. Ariabiguès * avait le commandement général des galères médiques 3 Eurybiade avait celui des vaisseaux grecs.

Xerxès ayant donné le signal de la bataille , les x\théniens attaquèrent avec impétuosité les Phéniciens qui leur étaient opposés. Le combat fut opiniâtre et soutenu long- temps avec une égale valeur. Mais enfin l'amiral persan Ariabiguès , s'étant élancé sur une galère ennemie , y demeura percé de coups. Alors la confusion , augmentée par la multitude des vaisseaux que la position locale rendait inutile, devint générale chez les Mèdes. Tout fuit devant les Grecs victorieux y et la flotte innombrable du grand roi , qui , un moment auparavant obscurcissait la mer, disparut devant le génie d'un peuple libre.

C'est ainsi que la flotte persane , composée de diverses nations : ces coalisés, les uns traîtres^ les autrçs pusillanimes , ceux-ci craignant des

* Il ne paraît pas , d*aprè6 Hérodote et Diodore , que la ilotte persane eût un amiral en chef. Mais Ariabiguès , frère de Xerxès , semble aToîr eu le commandement prlucipal.

( "7 ) succès qui refléteraient trop de gloire sur tel ou tel général, telle ou telle nation, toute cette masse indigente d'alliés fut brisée à Salamine. Le grand roi repassa dans une petite barque , en fugitif, cette même mer à laquelle il ayait donné des chaînes.

M. le vioomte de CHi.TEA.UBiiiÂND.

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