LA PRISON
C'est dans la tombe qu'on est à cou- Tert du bruit qu'excitent les impies.
C'est là que ceux qui étaient enchaînés ne souffrent plus , et qu'ils n'entendent plus la Toix de l'exacteur. Job.
« O ne TOUS jouez plus d'un yieillard et d'un prêtre! » Passager dans ces lieux , comment les reconnaître ? » Depuis une heure au moins cet importun bandeau » Presse mes yeux souffrans de son épais fardeau. » Soin stérile et cruel ! car de ces édifices » Ils n'ont jamais tenté les sombres artifices. » Soldats ! TOUS outragez le ministre et le Dieu^ » Dieu même que mes mains apportent dans ce lieu. » Il parle ; mais en Tain sa crainte les prononce : Ces mots et d'autres cris se taisent sâ&s réponse. On l'entraîne toujours en des détours saTans : Tantôt craque à ses pieds le bois des ponts mouTans; Tantôt sa toîx s'éteint à de courts interTalles , Tantôt fait retentir l'écbo des yastes salles ;
D'un escalier rapide ou avertit ses pas :
Il monte à la prison que lui seul ne Toit pas ;
Et les bras étendus , le vieux prêtre timide
D'un mur qui le conduit tâte l'obstacle humide.
On s'arrête ; il entend le bruit des pieds mourir,
Sous de bruyantes clefs une porte s'ouvrir.
Il descend quelques pas sur la pierre glissante ;
Et , privé du secours de sa vue impuissante ,
L^ chaleur l'avertit 'qu'on éclaire ces lieux^;
£lnfin de leuï* bandeau l'on délivre ses yeux.
Dans un étroit cachot dont les torches funèbres
Ont peine à dissiper les épaisses ténèbres ,
Un vieillard expirant attendait ses secours.
Du moins ce fut ainsi qu'en un brusque discours
Ses sombres conducteurs le lui firent entendre.
Un instant , en silence , on le pria d'attendre.
«. Mon prince, dit quelqu'un, le saint homme est venu.
» — £h ! que m'importe à moi ! » soupira l'inconnu.
Cependant vers le lit que deux lourdes tentures
Voilent du luxe ancien de leurs pâles peintures ,
Le prêtre s'avança lentement et sans voir.
Le malade caché , se mit à son devoir.
LE PRixaK.
Écoutez-moi , mon fils.
LE MOURAITT.
Hélas ! malgré ma haine , J'écoute votre voix , c'est uue voix humaine .
J'étais né pour Fenteodre , et je ne sais pourquoi Ceux qui m'ont fait du mal ont tant d'attraits pour mot. Jamais je ne connus cette rare parole Qu'on appelle amitié , qui , dit-On , vous console ; Et les chants matemeb qui charment vos berceaux N'ont jamais résonné sous mes tristes arceaux ; Et pourtant , lorsqu'un mot m'arriva moins sévère , Il ne fut pas perdu pour mon cœur solitaire.
Mais puisque vous m'aimez , ô vieillard inconnu ! Dites, pourquoi déjà n- êtes- vous pas venu?
Vous m'appelez mon fils ? Si vous ét^ez mon père , Vos pas seraient tardifs en ces lieux. Et ma mère Ne viendra-t-elle pas me regarder mourir?
Aujourd'hui que leur fils va cesser de souffrir. Qu'ils viennent tous les deux voir ma recQnoaissance. Mais ne les a-t-cm pas punis de ma naissance ? Ils ont du l'expier , car, devant votre loi , Sx je sw$ ^iminel ils le sont plus que moi.
JA psâxRE.
\ O qui que vous soyez ! vous que tant de mystère
Avant le temps prescrit sépara de la terre ,
Vous n'aurez plus de fers dans l'asile des morts ;
Si vous avez failli , rappelez les remords ,
Versez-les dans le sein du Dieu qui vous écoute ,
Ma main du repentir vous montrera la route ;
Entrevoyez le ciel par vos maux acheté :
Je suis prêtre , et vous porte Ici la liberté.
De la confesMon j'aecomplis l'oeuvre sainte , Le tribunal divin siège dans cette enceinte.
Képondez , le pardon déjà vous est offert , Dieu même....
LE MOUKAST*
li est un Dieu ! j'ai pourtant bien souffert !
LE PRixEE.
Vous avez moins souffert qu'il ne Fa fait lui-même. Votre dernier soupir sera-t-il un blasphème?
Et quel droit avez- vous de plaindre vos malheurs , Lorsque le sang du Christ tomba dans les douleurs ? O mon fils ! c'est pour nous,tout ingrats que nous sommes, Qu'il a daigné descendre aux misères des hommes. A la vie , en son nom , dites un mâle adieu.
LE SCOURAET.
Tétais peut-^tre roi.