‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 24 sur 67 · LA PRISON · texte numérisé non relu

LA PRISON

C'est dans la tombe qu'on est à cou- Tert du bruit qu'excitent les impies.

C'est là que ceux qui étaient enchaînés ne souffrent plus , et qu'ils n'entendent plus la Toix de l'exacteur. Job.

« O ne TOUS jouez plus d'un yieillard et d'un prêtre! » Passager dans ces lieux , comment les reconnaître ? » Depuis une heure au moins cet importun bandeau » Presse mes yeux souffrans de son épais fardeau. » Soin stérile et cruel ! car de ces édifices » Ils n'ont jamais tenté les sombres artifices. » Soldats ! TOUS outragez le ministre et le Dieu^ » Dieu même que mes mains apportent dans ce lieu. » Il parle ; mais en Tain sa crainte les prononce : Ces mots et d'autres cris se taisent sâ&s réponse. On l'entraîne toujours en des détours saTans : Tantôt craque à ses pieds le bois des ponts mouTans; Tantôt sa toîx s'éteint à de courts interTalles , Tantôt fait retentir l'écbo des yastes salles ;

D'un escalier rapide ou avertit ses pas :

Il monte à la prison que lui seul ne Toit pas ;

Et les bras étendus , le vieux prêtre timide

D'un mur qui le conduit tâte l'obstacle humide.

On s'arrête ; il entend le bruit des pieds mourir,

Sous de bruyantes clefs une porte s'ouvrir.

Il descend quelques pas sur la pierre glissante ;

Et , privé du secours de sa vue impuissante ,

L^ chaleur l'avertit 'qu'on éclaire ces lieux^;

£lnfin de leuï* bandeau l'on délivre ses yeux.

Dans un étroit cachot dont les torches funèbres

Ont peine à dissiper les épaisses ténèbres ,

Un vieillard expirant attendait ses secours.

Du moins ce fut ainsi qu'en un brusque discours

Ses sombres conducteurs le lui firent entendre.

Un instant , en silence , on le pria d'attendre.

«. Mon prince, dit quelqu'un, le saint homme est venu.

» — £h ! que m'importe à moi ! » soupira l'inconnu.

Cependant vers le lit que deux lourdes tentures

Voilent du luxe ancien de leurs pâles peintures ,

Le prêtre s'avança lentement et sans voir.

Le malade caché , se mit à son devoir.

LE PRixaK.

Écoutez-moi , mon fils.

LE MOURAITT.

Hélas ! malgré ma haine , J'écoute votre voix , c'est uue voix humaine .

J'étais né pour Fenteodre , et je ne sais pourquoi Ceux qui m'ont fait du mal ont tant d'attraits pour mot. Jamais je ne connus cette rare parole Qu'on appelle amitié , qui , dit-On , vous console ; Et les chants matemeb qui charment vos berceaux N'ont jamais résonné sous mes tristes arceaux ; Et pourtant , lorsqu'un mot m'arriva moins sévère , Il ne fut pas perdu pour mon cœur solitaire.

Mais puisque vous m'aimez , ô vieillard inconnu ! Dites, pourquoi déjà n- êtes- vous pas venu?

Vous m'appelez mon fils ? Si vous ét^ez mon père , Vos pas seraient tardifs en ces lieux. Et ma mère Ne viendra-t-elle pas me regarder mourir?

Aujourd'hui que leur fils va cesser de souffrir. Qu'ils viennent tous les deux voir ma recQnoaissance. Mais ne les a-t-cm pas punis de ma naissance ? Ils ont du l'expier , car, devant votre loi , Sx je sw$ ^iminel ils le sont plus que moi.

JA psâxRE.

\ O qui que vous soyez ! vous que tant de mystère

Avant le temps prescrit sépara de la terre ,

Vous n'aurez plus de fers dans l'asile des morts ;

Si vous avez failli , rappelez les remords ,

Versez-les dans le sein du Dieu qui vous écoute ,

Ma main du repentir vous montrera la route ;

Entrevoyez le ciel par vos maux acheté :

Je suis prêtre , et vous porte Ici la liberté.

De la confesMon j'aecomplis l'oeuvre sainte , Le tribunal divin siège dans cette enceinte.

Képondez , le pardon déjà vous est offert , Dieu même....

LE MOUKAST*

li est un Dieu ! j'ai pourtant bien souffert !

LE PRixEE.

Vous avez moins souffert qu'il ne Fa fait lui-même. Votre dernier soupir sera-t-il un blasphème?

Et quel droit avez- vous de plaindre vos malheurs , Lorsque le sang du Christ tomba dans les douleurs ? O mon fils ! c'est pour nous,tout ingrats que nous sommes, Qu'il a daigné descendre aux misères des hommes. A la vie , en son nom , dites un mâle adieu.

LE SCOURAET.

Tétais peut-^tre roi.

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