‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 25 sur 67 · I.E PRiT&E · texte numérisé non relu

I.E PRiT&E

Le Sauveur était Dieu ; Mais y sans immm 4A»yer jusqu'à ce divin nakre ^ Si j'osais après lui nommer encor le prêtre , Je vous dirais : £t moi , pour combattre l'enfer , J'ai resserré mou sein dans un corSfet de fer ; Mon corps a revêtu l'infleuble cîlke Où chacim de mes pas trouve un nouveau supplice. Au cloître est un pavé que, durant quarante ans, Ont usé , dans les pleurs , mes genoux pénitens , Et c'est encore trop peu que de tant de souffrance

Pour acheter du ciel Tineffable espérance.

Au creuset douloureux tout notre être épuré

S'envole en bienheureux vers le séjour sacré.

Le temps nous presse : au nom de vos douleurs passées.

Par des larmes montrez vos fautes effacées ;

£t devant cette croix , où Dieu monta pour nous ,

Souhaitez comme moi de tomber à genoux.

Sur le front du vieux moine une rougeur légère

Fit ren;iître une ardeur à son âge étrangère ;

Ses yeux gonflés de pleurs , fixés avidement ,

Au chevet du captif il tomba pesamment ,

£t ses mains présentaient le crucifix d*ébène ,

Et tremblaient en Foffrant , et le tenaient à peine.

Pour le coeur du chrétien demandant des remords ,

n murmurait tout bas la prière des morts ,

Et sur le lit , sa tête avec douleur penchée ,

Cherchait du prisonnier la figure cachée.

Un flambeau la révèle entière : ce n*est pas ^

Un front décoloré par un prochain trépas ,

Ce n'est pas Tagonie et son dernier ravage ,

Ce qu'il voit est sans traits , et sans vie , et sans âge

Un fantôme immobile à ses yeux est offert,

Et les feux ont relui sur un masque de fer.

Plein dTiorreur , à l'aspect de ce sombre mystère^ Le prêtre se souvint que , dans le monastère ,

( 1^3 ) Une fois , en tremblant , on se parla tout Bas D'un prisonnier d'état que Ton ne nommait pas ; Qu'on racontait de lui des choses merveilleuses , De berceau dérobé, de craintes orgueilleuses , De royale naissance , et de droits arrachés , Et de ses jours captifs sous un masque cachés. Quelques pères disaient qu'à sa descente en France , De secouer ses fers il conçut l'espérance ; Qu'aux geôliers uù instant il s'était dérobé, Et quoiqu'entre leurs mains aisément retombé , L'on avait vu ses traits , et qu'une Provençale , Arrivée au couvent de Saînt-François-de-Sale Pour y prendre le voile, avait dit, en pleurant. Qu'elle prenait la Vierge et son fils pour garant Que le Masque de fer n'avait point fait de crime , Et que son jugement était illégitime ; Qu'il tenait des discours pleins de grâce et de foi , Qu'il était jeune et beau , qu'il ressemblait au roi , Que de vertus c'était un céleste mélange.

Et que c'était un prince , ou que c'était un ange. H se souvint encore qu'un vieux bénédictin S'étant acheminé vers la tour, un matin, Pour rendre un vase d'or tombé sur son passage , N'était pas revenu de ce triste voyage :

Sur quoi l'abbé du lieu pour toujours défendit Les entretiens touchant le prisonnier maudit : « Cet homme de l'enfer était une imposture ; » Le ciel avait puni la coupable lecture

» Des mystères gravés sur le vase indiscret. » Le temps fit oublier ce dangereux secret.

Le prêtre regardait le malheureux célèbre ; Mais ce cachot , tout plein d'un appareil funèbre , Et cette mort voilée , et ces longs ebeveux blancs Nés captifs et jetés sur des membres tr emblans , L'arrêtèrent long-temps en un sombre silence. Il va parler enfin ; mais, tandis qu'il balance , L*agonisant du lit se soulève et lui dit :

Vieillard , vous abaissez votre front interdit , Je n'entends plus le bruit de vos conseils frivoles , L'aspect de mon malheur fait taire vos paroles. Oui , regardez-moi bien, et puis dites après Qu'un Dieu de l'innocent défend les intérêts ; Des péchés tant proscrits où toujours l'on succombe , Aucun n'a séparé mon berceau de ma tombe , Quand les vivans au jour montraient des attentats , Mon enfance au cachot ne les soupçonnait pas. Du récit de mes maux vous êtes bien avide :

Pourquoi venir fouiller dans ma ménK>ire vide , Où stérile de jours le temps dort effacé ?

Je n'eus point d'avenir et n'ai point de passé ; J'ai tenté d'en avoir , et long-temps mes journées Ont tracé sur les murs mes lugubres années ; Mais je ne pus les suivre en leurs douloureux cours : Les murs étaient remplis et je vivais toujours.

Tout me devint alors obscurité profonde ; Je n'étais rien pour lui , qu'était pour moi le monde ? Que m'importiaient des temps où je ^e comptais pas ? L'heure que j'ii^vqquAis , c'est l'heure du tarées. Écoutez y écoutez : 4jpiand je tiendrais la vie De l'homme qui toujaors tijot la XQienne asservie , J'hésiterais 9 je crois, à le fijapper des maux Qui rongèrent mes jours , lM*Hlèii^it mon repos ; Quand lecX^ae. inconjau d'vpe io^pMiissante ivKesse Saisit mon ccBur oisif d'vme vftgue jteudresse , rappelais le bonheur , et ces étees amis Qu'à mon âge brûlant m^ songe avait promis.

Mes larmes oj^t ^of^SSà mon, masque de tovture , J'arrosais de mes pleurs ma muve aonxriture , Je déchirais mon sein par vo^ gémissemens y J'effrayais mes geôliers 4e mes longs hudemens ; Des nuits , par mes soupirs » je n^eaurai» l'espace ; Aux hiboux des créneaux je disputas leur place, Et y pendant aux barreaux .où s'arrêtaient mes pas , Je vivais liors des pnurs d'qv je ne sortais pas. Ici tomba sa voix. Gomme après le tonnerre De tristes sons encore épouvantent la terre Et , dans l'antre sauvage où l'effroi l'a placé. Retiennent , en grondant , le voyageur gkcé.

Long-temps on entendit ses larmes retenues Suivre encore une fois des routes bien connues ; Les sanglots murmuraient dans ce cœur expirant. Le Tieuz prêtre toujours priait en soupirant ,

Lorscpi'un des noirs geôliers se pencha pour lai dire Qu'il fallait se hâter , qn^il craignait le délire. Un nouyeau zèle alors ralluma ses discours :

« O mon fils ! criait-il , votre vie eut son cours : » Heureux , trois fois heureux celui que Dieu corrige ! » Gardons de repousser les peines qu'il inflige : « » Yoici l'heure où vos maux vous seront précieux ; » n vous a préparé lui-même pour les cieuz.

» Oubliez votre corps , ne pensez qu'à votre Ame ; » Dieu lui-même l'a dit : L'homme né de la femme * » Ne vit que peu de temps , et c'est dans les douleurs. » Ce monde n'est que vide et ne vaut pas des pleurs ! » Qu'aisément de ses biens notre Ame est assouvie ! » Me voilà , coipme vous , au bout de cette vie : » J'ai passé bien des jours , et ma mémoire en deuil » De leur peu de bonheur n'est plus que le cercueil. » C'est à moi d'envier votre longue souffrance , > Qui d'un monde plus beau vous donne l'espérance ; » Les anges à vos pas ouvriront le saint lieu : » Pourvu que vous disiez un mot à votre Dieu , » U sera satisfait. » Ainsi , dans sa parole / Mêlant les saints propos du livre qui console. Le vieux prêtre engageait le mourant à prier , Mais en vain : tout à coup on l'entendit crier y D'une voix qu'animait la fièvre du délire , Ces rêves du passé : « Mais enfiin je respire.

* Job, Chap. XXT , V. r.

( 127 ) , O bord^ de la Provence ! 6 lointain horizon î Sable jaune où des eaux murmure le doux son I Ma prison s'est ouverte ; oh ! que la mer est grande î Est-il vrai qu'un vaisseau jusque là -bas se rende? Dieu ! qu*on doit être heureux parmi les matelots ! Que je voudrais nager dans la fraîcheur des flots ! La terre vient , les pieds à marcher se disposent , Les mâts baissent leurs bras , les voiles s'^ reposent. Ah ! j'ai fiii les soldats ; en vain ils m*ont cherché ; Je suis libre, je cours , le masque est arraché ; De l'air dans' mes cheveux j'ai senti le passage , £t le soleil un jour éclaira mon visage.

Oh ! pourquoi fuyez-vous ? restez sur vos gazons » Vierges ! continuez vos pas et vos chansons : Pourquoi vous retirer aux cabanes prochaines ? Le monde autant que moi déteste donc les chaînes ? Une seule s'arrête et m*attend sans terreur : Quoi, du Masque de fer elle n'a pas horreur?

Non , j'ai vu les beautés de sa démarche , et celles Qui venaient de ses yeux en vives étincelles. Soldats ! que voulez- vous ? encor ce masque firoid ? Que vous ai-je donc fait? Le soleil est à moi. Il ranime ma vie. Oh ! voyez-la , c'est elle Avec qui je veux vivre , elle est là qui m'appelle ; Je ne fais pas le mal ; allez , dites au roi Qu'aucun homme jamais ne se plaindra de moi ; Que je serai content si , près de ma compagne , Je puis mener nos jours de montagne en montagne ^

Sans jamais arrêter nos loisirs voyageurs ;

Que je ne chercherai ni parens ni veogeurs ;

Et si Ton me demande où j*ai passé ma vie ,

Je saurai déguiser ma liberté ravie ;

J'inventerai des jours où je vous cacherai :

Ah ! laissez-moi le ciel , je vous pardonnerai.

Non... , toujours des cachots... Je suis né votre proie...

Mais je vois mon tomheau , je suis ravi de joie ,

Car vous ne m'aurez plus , et je n'entendrai plus

Les verrous se fermer sur l'étemel reclus.

Que me veut donc cet homme avec sa robe somhre?

De quelque prisonnier sans doute que c'est Fonbre ;

Il pleure. Ah! malheureux! est-ce ta liberté?

ILE P&At&S.

Non y mon SU , c'est sur tous ; voici l'étenotté.

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